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La nouvelle série ramadanesque qui fait du bruit

Le feuilleton "Mektoub"

samedi 13 septembre 2008

Slim ben Cheikh

[bleu marine]Il semblerait que pour son cru du mois de Ramadhan 2008, notre TV7 nationale ait décidé de se montrer enfin à la hauteur des attentes d’un public lassé du ronron des feuilletons ramadanesques de ces dernières années, et qu’une énième reconduction de la sit-com à succès, Choufli hall, risquait de laisser, disons, quelque peu sur sa faim. Mektoub le nouveau soap diffusé en prime time, a en effet créé la surprise, non pas tant grâce à la signature du talentueux chroniqueur/scénariste à succès, Tahar El Fazaa, qu’à « l’abattage » impressionnant de cette nouvelle production.[/bleu marine]

Sami El Fehri tape fort

Rappelons d’abord que cette série est produite et réalisée par Sami El Fahri, connu jusqu’ici pour ses prestations d’animateur vedette dans les fameuses émissions-machines à sous de la toute-puissante Cactus Productions. Il nous revient donc cette année derrière la caméra, avec l’intention clairement affichée de frapper fort (à coups de plusieurs milliards, dit-on), de nous en mettre plein la vue. Et on peut dire, à cet égard, qu’à l’instar des programmes dans lesquels s’était commis jusque là notre Arthur national, strass, paillettes et démesure sont de rigueur : décors et cylindrées de luxe, casting « valorisant » (des interprètes à la plastique de top-modèles aux collaborateurs techniques « importés »), effets branchés de mise en scène, générique « novateur »… Mais la thématique n’est pas en reste, et notre ambitieux producteur-réalisateur se veut tout aussi percutant au niveau du « fond » : adultère, enfant illégitime, racisme, drogue… Ce qui n’a pas manqué de susciter la polémique. En effet, beaucoup d’encre a déjà coulé au sujet de deux aspects, épinglés par nombre de commentaires, voire de critiques, le plus souvent sévères : les « excès » de la série en matière de thèmes soi-disant sulfureux, et sa « non représentativité », à savoir, l’exclusivité de l’univers qu’elle dépeint, celui de l’élite des villas somptueuses, des salons de thé à la mode, et des Hummer, Mustang et autres X5. En revanche, peu ont relevé cette fâcheuse et non moins « opportune » coupure publicitaire, apposée telle un sceau au milieu de chaque épisode, hélas révélateur de ce qui s’apparente –cette production occupant de surcroît la tranche horaire la plus convoitée des annonceurs ! – iavant tout à une opération commerciale habilement cosmétisée…

Un effet de nouveauté

Néanmoins, si l’on prend la peine de traverser la surface du clinquant, qu’en est-il réellement de ce soap ?

Deux remarques s’imposent d’abord, concernant les critiques sus-mentionnées, car il faut en finir avec la sacro-sainte « représentativité » et son cortège immuable de dialectes ruraux et d’accents « à couper au couteau », dont la première chaîne publique se faisait un devoir de nous servir immanquablement sa livrée annuelle, et dont on ne saurait trop remercier les concepteurs de Mektoub de nous avoir soulagés cette année. Ce qui compte, en matière d’idées, ce n’est pas tant ce qui est représenté que ce qui en est fait. Et il en va de même pour les thèmes, lesquels, comme chacun sait, et aussi choquants soient-ils, ne mangent pas de pain en tant que tels. A présent, et cela dit, il est vrai qu’il y a un effet indéniable de nouveauté tant le « lavage du linge sale de la société tunisienne » semble ici poussé à un degré jusque là inusité, à l’instar de cette évocation du racisme atavique qui gangrène encore notre société. Mais le mérite de la série consiste surtout à montrer qu’il est trans-générationnel. Et ce mérite, nous semble-t-il, n’est pas le seul.

Ainsi, Mektoub, dont l’histoire est globalement centrée sur trois familles de la bourgeoisie tunisoise aisée, assiégées par une flopée d’ambitieux (des prétendants au dealer, tous plus ou moins arrivistes), est articulé, comme la plupart des soaps, autour de la question du conflit entre amour et pouvoir familial. Sa singularité consiste en ce qu’il nous décrit un monde où la figure du père est étrangement en retrait, sinon absente, monde où la prédation débridée et l’arrogance suffisante des fils le dispute désormais à la volonté de puissance des mères, la série se livrant à cet égard, à une démystification impitoyable de l’amour maternel : chantage affectif, pression financière, ultimatums iniques, rien ne fait reculer nos charmantes mamans, dont l’amour n’est qu’une caution pour régenter la vie de leur progéniture. Et les hommes ne sont pas en reste, à l’instar du personnage de Lyes (campé par un nouveau-venu prometteur, Yassine Ben Gamra), l’arriviste à la Hummer, pendant masculin des figures despotiques maternelles, chez qui l’hypocrisie de la jalousie machiste fait écho à celle de l’amour maternel tyrannique ; ou encore celui de Dali, Don Juan sans cœur et sans remords (interprété avec brio par l’excellent Dhafer Labidine, encore un inconnu !).

A travers ces deux figures emblématiques, la liberté sexuelle est irrémédiablement déconnectée de la modernité, et le sexe est déconnecté de l’amour, lequel amour, précisément, figuré par le couple hors normes composé par les jeunes Mehdi et Yosr (cette dernière est métisse), pris en étau entre ces forces destructrices, semble bien précaire. A cet égard d’ailleurs, l’épisode du Mercredi 10/9 nous a offerts, avec la séquence du règlement de comptes entre les deux frères, Mehdi et Dali, après la fugue de ce dernier, et en présence de l’aîné Mourad, un des moments les plus bouleversants de l’histoire de la production audiovisuelle tunisienne !!

L’idée maîtresse du feuilleton apparaît ainsi progressivement comme étant celle d’un monde où le clinquant, le luxe ostentatoire et la dolce vita ne sont que les trompe-l’œil de son irrémédiable hostilité à l’égard de la quête de l’absolu (dont l’amour est l’emblème). Et la figure inquiétante de Choko, mi-commerçant, mi-dealer, qui rôde autour de tout ce joli monde, n’augure rien de bon. Doté, lui aussi, à l’instar de tous les prétendants de la série, d’une cylindrée de choc (de même que Lyes, le fiancé de la douce Inès, celui, désigné, de Yosr, arbore sereinement sa Porsche Cayenne dans l’attente de cueillir sa promise, telle un fruit mur, sitôt expiré le délai de l’ultimatum imposé par sa mère), on comprend que le défilé des voitures de luxe, qui en a irrité beaucoup, ne sert qu’à en désigner la fonction d’armes de siège, à l’image de ces béliers qui servaient naguère à investir les citadelles convoitées.
Indubitablement, il faut reconnaître que Mektoub touche là à quelque chose qui nous concerne de près.

Une mise en scène maladroite

Malheureusement, toutes ces vertus sont gâchées par une mise en scène par trop erratique, oscillant trop souvent entre le copiage servile de ce dont elle prétend se démarquer (champs contre-champs interminables, inévitablement accompagnées par l’inusable lamento au violon), et les effets destinés à impressionner le téléspectateur moyen, complètement incongrus (changements d’axes abscons, tripatouillages gratuits de la profondeur de champ, plans de coupe accélérés et « jinglisés » aussi opportuns que la guillerette sonnerie d’un portable au milieu d’un enterrement…). Tout cela fait que la série aurait sombré corps et milliards dans le ridicule le plus complet, n’étaient les qualités du scénario et la fraîcheur des dialogues et des nouveaux venus.
Que pouvons-nous dire alors de Mektoub, si ce n’est qu’il laisse un sentiment mitigé entre la reconnaissance de l’audace réelle et l’impression d’une production qui sent trop son produit marketing, et qui a du mal à cacher, trop pressée qu’elle est de se démarquer en jouant la carte de « l’épate », un certain opportunisme et, disons-le, un arrivisme un brin vulgaire.

Ainsi, étrange ironie, Mektoub se retrouve-t-il pris (à son corps défendant ?) dans les rets de son propre dispositif critique, illustrant cruellement l’adage fameux : tel est pris qui croyait prendre.

Slim ben Cheikh

5 Messages

  • Le feuilleton "Mektoub" Le 18 septembre 2008 à 02:30, par SnoBinarD

    A la lecture de l’article, on pourrait croire que le feuilleton " Mektoub " est une bonne surprise compte tenu de ce que diffusent les télévisions tunisiennes dans leur ensemble. Je ne suis pas de cet avis. Je trouve la série trés moyenne pour ne pas dire qu’elle ne sort pas de la médiocrité générale. Ce n’est pas à coups de milliards et de voitures de luxe qu’on peut toucher un téléspectateur, surtout quand ce même telespectateur a les poches vides et qu’il arrive à peine à terminer ses fins de mois. Sami Fehri a essayé d’en mettre plein la vue à des gens qui ne vivent et ne vivront jamais jamais dans le cadre de vie que le feuilleton décrit. En effet, le réalisateur_producteur de la série est un nouveau riche et il est apparemment trés sensible aux problémes que rencontrent les riches en Tunisie. Alors, je veux dire "Assez", il faut arrêter de se moquer des pauvres gens à qui il faut faire croire que les riches sont malheureux et qu’ils n’ont que des problémes car c’est faux les riches sont heureux d’avoir beaucoup d’argent et heureux d’avoir les problémes qui en découlent.

    • Le feuilleton "Mektoub" Le 24 septembre 2008 à 16:18

      Tu préfères peut être voir un énième feuilleton avec le traditionnel conflit "riche-pauvre" ?
      Je ne vois pas où est le mal à montrer la "bourgeoisie" tunisienne et ses problèmes, n’ont-ils pas eux aussi des problèmes ? N’ont-ils pas eux aussi le droit de se sentir concerner par un feuilleton qui essaye de relater des faits quotidiens ?
      Les Tunisiens se plaignent de la monotonie et de la redondance des feuilletons ramadanesque, mais lorsque qu’on lui apporte quelque chose d’autre, de nouveau, et bien il n’est toujours pas satisfait...
      A bon entendeur.

    • Le feuilleton "Mektoub" Le 24 septembre 2008 à 18:15, par Wafa

      Je viens de lire cette critique que j’ai trouvé fort pompeuse. Je ne vous parle même pas du style (très lourd) qui nous empêche de réelement percevoir le sens de ce texte sans compter l’utilisation de mots ou d’adjectifs si recherché qu’on a l’impression de passer pour des abrutis.

      Je suis une tunisienne vivant en Europe et quelle fut pas ma surprise de découvrir que cette année, nous avions droit à un feuilleton télévisé qui ne se passera pas dans nos villages tunisiens perdu au fin fond du désert. Ahh, on l’attendait cette série avec impatience ! La dernière fois que je suis resté suspendue aussi longtemps devant la chaine tunisienne date de "khatab al beb".

      Je vais vous passer les critiques concernant le mauvais jeu de certains acteurs (même si on a droit à de nouveaux visages, il m’est arrivé à plusieurs reprises de me dire "oh-mon-Dieu-qu’est-ce-qu’ils-jouent-faux !). Par contre, j’en profite pour féliciter le jeu d’acteur de la maman folle dont j’ai oublié le nom. On fait un procès d’intention à Maktoub car il parle de sujet tabous et oui, la drogue, les relations amoureuses, l’adultère, le racisme sont des sujets qu’on n’ose pas abordées à la tv et pourtant ils sont bien réels. Il ne s’agit pas de fermer les yeux et d’espèrer que rien de tout ça n’existe. Notre jeunesse a dû et fait toujours face à ce type de problèmes et c’est la premiere fois qu’ils sont abordés dans ce type de programme. On ne peut que féliciter Sami El Fehri pour son audace.

      Maintenant que toute l’histoire se déroule au sein d’une jeunesse doré, il ne faut pas oublié que ca reste une fiction et que tout ce luxe fait toujours rêvé.

      Concernant les coupures publicitaires, c’est une véritable horreur mais ca on est tous d’accord la-dessus !

  • Le feuilleton "Mektoub" Le 27 septembre 2008 à 19:03, par cahlouche

    pour le feuilleton mektoub helas c est du n importe quoi franchement nous saoule pendant 30 jours comme cela merci la television tunisienne et surtout le nouveau dirigent j espere qu il feras quelque chose pour ces horreurs.pour le realisateur il aurais du en faire un film de son feuilleton comme ca au moins les pauvres spectateurs que nous sommes nous aurions eu le choix

    • Le feuilleton "Mektoub" Le 14 février 2009 à 16:43, par san

      sincerment sami el fahri a bien fais maktoub personelment j aime participe dan cette seri

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