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Penser la transition démocratique dans notre pays

dimanche 4 juillet 2010

Mahmoud Ben Romdhane

Sans répit, depuis maintenant trente cinq ans, le monde assiste à une vague de démocratisation sans précédent. Commençant par le Portugal, l’Espagne puis la Grèce, elle a intégré tous les pays d’Amérique latine, puis un grand nombre de pays d’Afrique et d’Asie et la quasi-totalité des pays d’Europe centrale et orientale.

Aujourd’hui, plus des deux tiers des pays de la planète sont des pays démocratiques et la majorité de ceux qui ne le sont pas sont désignés par le qualificatif de « semi-démocratiques ». Seul un petit nombre -une trentaine- est clairement identifié comme « autoritaire ». Ce qui caractérise ces derniers, de manière générale, c’est un état économique et social arriéré ou une situation de rente. La Tunisie, qui s’est, pourtant, modernisée et a accompli des progrès remarquables en matière de développement, fait partie de ce groupe. Elle est présentée comme un « paradoxe ».

La privation de libertés affecte notre vie individuelle de tous les jours ; elle est devenue de moins en moins tolérable, ressentie comme une atteinte, un affront à notre intelligence et à notre dignité. La démoralisation s’est emparée de notre pays et, telle une gangrène, s’étend à des couches de plus en plus larges de notre population. Les institutions qui ont été le fer de lance de notre développement économique, social et culturel connaissent un processus d’érosion ; un affairisme, au caractère gigantesque, s’étale devant nous avec de plus en plus d’arrogance. Le sentiment que notre pays assiste à une descente irrésistible, sans retenue, sans perspective alternative, gagne les esprits.

Face à cette tentation de la démission et du découragement, il nous appartient d’opposer l’espoir et la raison. Il nous faut envisager ce qui semble aujourd’hui relever de l’impensable : la transition démocratique.

Envisager la transition démocratique, c’est, d’abord, comprendre, analyser les raisons pour lesquelles elle ne s’est pas, jusqu’ici, accomplie. Cela veut dire comprendre les mécanismes et les processus à traves lesquels se réalise l’assujettissement ; cela veut dire identifier les forces et les intérêts qui concourent au maintien de ce système, mettre à nu les modalités de la régulation économique, sociale et politique.

Envisager la transition démocratique, c’est ensuite penser, envisager, en s’armant des expériences historiques, les scénarios de sa réalisation et de son phasage, les conditions de sa réussite et de son inscription dans la durée.

Construire l’avenir, c’est s’y projeter. Passer à la démocratie, c’est l’envisager. Ce travail, nous ne l’avons pas fait. Il nous faut le faire. Même si, pour certains, il semble relever de la subversion.

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