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Olympiades du Système D : Les oubliés du podium

lundi 8 septembre 2008

Mehdi Ben Jemaa

[bleu]Bravo Oussama pour cette seconde médaille olympique en or offerte à la Tunisie et qui nous a remplis de bonheur et de fierté.

Pour ne bouder ni ton plaisir ni le nôtre, nous nous abstiendrons de commenter la récupération « enrageante » de ton exploit sportif, qui ne serait selon les médias officiels que le produit d’une politique éclairée de l’Etat et de sa constante et bienveillante sollicitude. C’est vraiment à se demander si les deniers affectés aux besoins de la préparation de ce champion ne seraient pas ceux de la collectivité nationale !! et qu’à ce titre on n y aurait pas, tous, un peu droit. [/bleu]

Après ce clin d’œil à notre médaillé, venons-en aux vrais champions locaux, ces millions de tunisiens anonymes qui, chaque jour, font de la très haute compétition pour pouvoir joindre les deux bouts.

Qu’ils appartiennent à la classe très démunie ou à la fameuse classe moyenne en voie de paupérisation massive et ultra rapide, survivre aux difficiles conditions de la vie est devenu le sport national par excellence.

Comme dans le concours complet en gymnastique, vivre décemment est devenu un parcours fort exigeant et qui requiert des aptitudes extrêmement variées : courir, sauter, faire des acrobaties et autres roulades, des saltos doubles et triples sans jamais vaciller et, surtout, terminer les jambes biens adossées au sol .

Dans la catégorie figures imposées, il y a bien le besoin de faire bouillir la marmite, de s’assurer un logis, de payer la scolarisation de ses enfants, de se soigner, de s’habiller et d’assurer son transport. Au chapitre figures libres, nous pouvons énumérer les vacances et les loisirs, la culture, le téléphone, l’Internet.

Alors quid des performances de nos concitoyens dans cette gymnastique de survie ?

Je vous le garantis de suite, les tunisiens ne sont pas des tocards en la matière.

Endettés jusqu’au coup à force de crédit logement, de crédit automobile, de crédit consommation, de crédit première installation, de micro-crédit, de mini-crédit et de maxi-crédit, ils y arrivent extenués et paralysés par de multi-crampes mais y arrivent quand même.

Le recours au crédit n’est pas la seule des armes utilisées par les tunisiens. Le système D, le marché parallèle, le boulot à côté et la friperie sont autant de vitamines qui viennent « doper » quasi légalement l’athlète de la vie qu’est le tunisien.

Les ménages tunisiens sont pressés comme des citrons, laminés par la cherté de la vie, la stagnation des salaires, le désengagement de l’Etat et le recul des services publics dont ceux de la santé et de l’éducation, mais ils continuent à courir comme des fous, caddy ou couffin à la main, faisant des kilomètres dans les rayons ou dans les dédales des souks.
Plus champions que ça, tu meurs !

Vacillant comme des marathoniens extenués par 42,195 km de course, nos ménages-athlètes continuent à tenir le coup.

Pourront-ils résister longtemps ? La politique de dope par voie de crédit et les stratégies estampillées système D sont t-elles inépuisables ?

Nul doute qu’un jour ou l’autre, la fatigue viendrait à l’emporter, mais, pour le moment, tirons un coup de chapeau à nous-même.
Dans le concert des olympiades de la vie en surrégime, nous, classes moyennes paupérisées et classes défavorisées, sommes médaillées et du plus beau métal de surcroît.

Toutefois, nos victoires ne feront point les unes des journaux ni ne nous vaudront les honneurs de la République- l’Etat tunisien ne pouvant y trouver le moindre mérite… tout au contraire !

Mehdi Ben Jemaa

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