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Les journalistes de la presse gouvernementale se rebiffent de nouveau !

mercredi 23 juin 2010

La situation ne cesse de se détériorer dans la presse gouvernementale, et des journalistes de ces rédactions bravent la peur et les intimidations de toutes sortes pour exprimer - publiquement - leur ras-le-bol à l’égard de leurs conditions de travail et de la manière dont ils sont traités.

Journalistes de La Presse et d’Assahafa tirent, en effet, le signal d’alarme et alertent l’opinion publique sur l’état de dégradation continue de la situation dans leurs entreprises. Leur appel de détresse, diffusé la semaine passée sur le web, et qui rappelle bien d’autres (voir, Attariq n°74, du 5 au 11 avril 2008), connaîtra t-il le même sort que celui qui fut réservé aux appels précédents ?

Une réunion a eu lieu vendredi 11 juin au sein de la rédaction d’Assahafa, au cours de laquelle des journalistes se sont exprimés pour déplorer leurs conditions de travail de plus en plus délétères et pour dénoncer le harcèlement qu’ils subissent de la part de certains responsables. Ils ont de même regretté l’absence de canaux de concertation avec la direction en vue de cerner les problèmes qu’ils affrontent. Cette réunion s’est tenue en l’absence du directeur général de la société éditrice qui s’était, pourtant, engagé à organiser une journée de réflexion avec tous les journalistes afin d’examiner, ensemble, les moyens d’améliorer la situation dans l’entreprise et les conditions de travail au sein de la rédaction.

A l’issue de cette réunion, les journalistes ont décidé d’entreprendre plusieurs actions en vue de défendre leurs droits et pour préserver leur entreprise, et ce, « conformément aux lois en vigueur et aux principes qui régissent la profession ». Un comité de suivi, animé par M.Mahmoud Dhaouadi, a été constitué à cet effet.

Dans le même temps, dans un appel au titre alarmiste : « SOS La Presse de Tunisie », huit journalistes du quotidien gouvernemental La Presse ont adressé une lettre au ministre de la communication dans laquelle ils déplorent « la dégénérescence inouïe du climat social et professionnel prévalant depuis peu au journal » et constatent « une généralisation systématique des pratiques de harcèlement moral des journalistes de différentes générations et relevant de divers services », tout en prenant soin de préciser que ces pratiques se déploient dans un « climat qui s’inscrit en porte-à-faux des orientations générales du pays, notamment en matière d’information, telles que réitérées à maintes reprises par son Excellence Monsieur le Président de la République Zine El Abidine Ben Ali ».
« Nous déplorons, également », écrivent-ils, « la politique de représailles systématiques adoptée par la Direction générale à l’endroit de tout journaliste "osant" formuler des critiques, fussent-elles les plus anodines, sur la marche du journal et les conditions de travail. Cela s’est vérifié, notamment ces dernières semaines, par la mise à l’écart brutale, injustifiée et non motivée d’au moins deux chefs de services de la rédaction et par les menaces, réitérées ouvertement par le PDG, de mettre à l’écart d’autres responsables de services.

Bien pis, tous les journalistes ou presque, qui avaient signé récemment une requête interne sur les modalités de leur travail, ont été menacés de diverses rétorsions et de représailles, dont la limitation des parutions de leur signature sur les colonnes du journal ». Sur cette même lancée, ils soulignent : « Nous constatons, par ailleurs, l’installation et la propagation, progressivement, d’une atmosphère viciée, basée sur les suspicions entretenues délibérément par les responsables du journal, les allégations tendancieuses touchant aux réputations des journalistes et à leur honnêteté et les règlements de comptes dignes de "milieux" autres que journalistiques, autant de pratiques alimentées délibérément par les responsables du journal ».

Les signataires déclarent, en outre, avoir remarqué aussi « une politique de marginalisation des compétences internes, largement reconnues par ailleurs sur la place. Cela s’accompagne d’une irruption en bonne et due forme de "compétences" étrangères au journal, et qui n’ont, le plus souvent, rien à voir avec le domaine des médias. L’anachronisme a atteint un degré tel que les compétences internes sont mises en berne et ignorées tandis que les personnes étrangères au journal occupent par moments les devants de la scène ».

Un nota bene en bas de page indique que : « Nombre de collègues, quoique souscrivant au contenu et à la lettre de cette requête, se sont abstenus d’y apposer leur signature, par peur des représailles massives ».

Toute la question est de savoir maintenant quelle réponse le ministre de la communication, sollicité par cette requête, y donnera. A l’heure de l’inauguration des « débats francs et ouverts » à la télévision décidés par le Chef de l’Etat, osons avancer une suggestion - d’intérêt public -, à savoir : la tenue d’un débat télévisé portant sur le devenir de la presse gouvernementale, qui réunirait à la fois journalistes signataires, directions des journaux et ministre de la communication, sous le regard attentif (et non complaisant) des téléspectateurs. Est-ce possible ?

L. C.
 

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