attariq aljadid

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Le Secrétaire Général du Syndicat de l’Enseignement Secondaire :

Notre école est en crise

lundi 7 juin 2010

C’est le constat fait par le Secrétaire Général du Syndicat de l’Enseignement Secondaire, Monsieur Sami Tahri, lors de l’entretien qu’il nous a accordé.

- Attariq aljadid : Comment vous évaluez-vous la situation dans le secteur de l’enseignement secondaire ?

Sami TAHRI : L’école publique connaît une situation déplorable à tout point de vue, c’est une vérité que tout le monde connaît, excepté le Ministère, qui refuse de reconnaître cette réalité. Nous disposons de plusieurs arguments attestant le bien-fondé de nos affirmations, que ce soit sur le plan local ou international. Pendant les deux dernières décennies, le niveau des élèves a très sensiblement baissé, ils n’ont plus celui de leurs devanciers, cela peut être appréhendé même par les gens ordinaires qui ne sont pas bien informés sur l’école. Pour vous persuader de ce que nous avançons, vous n’avez qu’à procéder à une comparaison entre les compétences des générations anciennes et celles des apprenants d’aujourd’hui : vous allez constater par vous-même que l’écart est incommensurable. Cette régression se vérifie davantage au niveau international : nous occupons un rang très décevant, nous sommes en retard par rapport aux autres pays, nos bacheliers n’ont plus accès facile aux universités européennes comme jadis. Le corollaire d’une telle situation, d’un tel déclassement, c’est, bien sûr, l’abandon, l’échec scolaire, la violence, le développement des cours particuliers…Cet état des choses a donné l’opportunité aux écoles et universités privées de pousser comme des champignons, c’est un terrain qui leur est très fertile.

- Attariq Aljadid : Donc, notre école vit un vrai fiasco ? Quelles en sont les raisons, selon vous ?

Sami Tahri : C’est le système éducatif dans son ensemble qui est en cause ! J’entends par là le régime des études appliqué et le mode de fonctionnement qui la gouverne : il n’échappe à personne que l’école vit une crise structurelle. L’autorité de tutelle n’a ni idées, ni perspectives, ni programmes pour la développer, elle se contente de traiter les résultats et néglige les causes, elle procède à quelques rectifications partielles et temporaires qui ne résolvent aucunement les problèmes posés, d’une manière radicale. Cette façon d’aborder les choses ne peut que participer à faire empirer la situation, qui s’est déjà aggravée ces dernières années. Il est grand temps de tirer la sirène d’alarme.

- Attariq Aljadid : Quelles sont les solutions que vous préconisez pour dépasser ces difficultés ?

Sami Tahri : Les problèmes de notre école doivent être appréhendés dans leur globalité pour lui redorer le blason en la laissant jouer les rôles qu’elle a toujours assumés et qui sont l’éducation et le savoir ; on doit en faire le flambeau qui éclaire l’esprit des apprenants et développe chez eux l’esprit critique. Nous avons des idées et des conceptions que nous œuvrons à améliorer, et nous invitons le Ministère à réviser le système éducatif d’une manière fondamentale. D’ailleurs, nous adressons la même invitation à toutes les composantes de la société civile, pour participer à un débat national sur l’école, puisque celle-ci concerne tout le monde : n’y forge-t-on pas la société de demain ?

Nous lançons un appel à la négociation à l’autorité de tutelle et nous réitérons notre attachement à une vision stratégique de la question, comme nous dénonçons une vue étriquée des choses par le traitement partiel et temporel des problèmes. L’école publique doit rester un soutien public, et c’est à L’Etat de la financer et d’en assurer la gestion et la direction et de mettre en place des perspectives susceptibles de lui tracer la voie de la réussite pour qu’elle ne fasse pas l’objet d’une vente aux enchères sur le marché. D’autre part, il ne faut pas que l’école continue à subir passivement les influences de l’environnement social, sans réagir ; elle, à son tour, est tenue à jouer un rôle prépondérant sur ce plan, et cela ne serait possible qu’en la dotant de tous les moyens dont elle a besoin, comme je viens de le préciser.

- Attariq Aljadid : Pouvez-vous être plus précis sur ce qui empêche l’école d’occuper une position avant-gardiste ?

Sami Tahri : Il y a, tout d’abord, le système d’orientation qui a ouvert la porte à des écoles privées déguisées. Il a fait de l’école publique une sphère de gain par le biais des activités culturelles rémunérées, les primes et les dons des particuliers et des parents, le slogan levé c’est « dabbar rassek » (débrouille-toi).

Il y a, ensuite, le système disciplinaire, qui ne suit pas les évolutions enregistrées au sein de la société : tout a changé sur le plan technologique, moral, relationnel…, la société connaît une profonde mutation, mais le système reste le même, on garde le statuquo depuis presque vingt ans, la structure de l’école se fige de plus en plus. Il est grand temps que ce système, qu’on veut éducatif et non pas disciplinaire comme son nom le laisse entendre, suive le courant, il doit instaurer des rapports de respect, de discipline et de responsabilité : sans ces trois impératifs, le résultat serait catastrophique : le laisser-aller, la violence et la délinquance.

Le troisième grand problème touche au temps scolaire. A ce propos, le plus déplorable, estimons-nous, c’est le calendrier des examens : il y a un temps assez considérable de perdu. La semaine pré-bloquée, la semaine bloquée et la semaine de correction sont des semaines vides, où il ne se passe rien, il n’y a ni enseignement, ni vraie évaluation, puisque celle-ci est faussée, elle ne reflète pas le vrai niveau des élèves. En témoigne le nombre de ces derniers qui sont traduits devant le conseil d’éducation pour fraude à la fin de chaque trimestre ou bien pour actes de violence perpétrés contre les professeurs surveillants.

Cette période a aussi l’inconvénient de mettre la pression, que ce soit sur les élèves -qui se trouvent dans l’obligation de réviser toutes les matières en même temps- ou sur les enseignants- qui ont à corriger plusieurs copies en un temps record- et la conséquence directe et logique d’une telle situation c’est le bâclage et l’absentéisme. Cela altère très sérieusement l’intérêt des apprenants qui, comme on le sait tous, ne s’intéressent malheureusement qu’à la note, la correction est le dernier de leurs soucis, ils sont déjà en congé à partir de cette date.

Ces semaines engendrent un vide encore plus grave que celui des vacances d’été, c’est une cassure dans le processus d’enseignement, étant donné qu’à la reprise, l’enseignant doit tout reprendre à zéro, il a affaire à des élèves qui reprennent après une longue trêve, qui ont tout oublié de ce qu’on leur a prodigué comme savoir et qui, de surcroît sont complètement démotivés.

Je voudrais enfin parler de quelque chose qui participe au dysfonctionnement de l’école : il s’agit du conseil d’établissement. Je le dis haut et fort : ce type de conseil n’existe pas sur le terrain, en dépit des chiffres très gonflés avancés par l’autorité de tutelle. De par son appellation, ce conseil connote une vocation commerciale de l’école, il représente en fait le noyau de la privatisation de celle-ci, ce que nous dénonçons très clairement et avec virulence : l’école publique ne doit aucunement changer de nature et passer au domaine privé.

- Attariq Aljadid : Et qu’en est-il de la convention concernant le droit syndical signée par votre Centrale ?

Sami Tahri : Notre secteur a exprimé son refus catégorique de cette convention, et c’est ce qu’a confirmé le congrès. Notre droit de réunion dans les établissements est une partie indissociable du droit syndical, et nous déclarons notre détermination à lutter pour la préservation de tous nos acquis, et par la même occasion, nous demandons au Ministère le respect de ce droit inaliénable.

- Attariq Aljadid : Et si vous nous parlez du dossier des enseignants limogés ?

Sami Tahri : Il en existe trois cas. Le premier est celui des trois collègues qui ont fait la grève de la faim en 2007 : nous exigeons leur réintégration dans leurs postes, et nous sommes disposés à entamer des discussions avec l’autorité de tutelle à ce propos. Le second concerne deux autres collègues, du bassin minier de Redayef, qui ont été limogés pour avoir participé à des actions sociales pacifiques. Enfin, nous avons les MACA et les capésiens qui ont été remerciés sous prétexte d’incapacité pédagogique. Chaque année, on en recense des dizaines, notre secteur a pris l’habitude de traiter leur cas et de revoir ces décisions qui se rapportent au droit au travail. De plus, le problème a une dimension humaine que le Ministère devrait prendre en considération. Nous restons persuadés que ces limogeages sont injustes et, pour vous en donner la preuve, je vous cite l’exemple d’un MACA qui n’a pas été titularisé après six ans d’exercice, et ce avec le même inspecteur !!! S’il n’est pas compétent comme on le prétend, pourquoi l’a-t-on laissé toute cette période ?! Il y va de l’intérêt des élèves… tout ce qu’on peut en dire, c’est qu’il y a là une contradiction. On doit mettre fin aux jugements basés sur l’humeur de certains responsables.

Faouzi KSIBI

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