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Un peuple souffre :

Non au blocus, oui à la reconnaissance des droits

samedi 5 juin 2010

par Samir Taïeb

Les peuples libres ont découvert avec effroi les dégâts meurtriers occasionnés par l’opération militaire effectuée en haute mer par l’armée israélienne contre une flottille humanitaire battant pavillon turque et se dirigeant vers Ghaza . Une vague de protestations et de dénonciation, de par le monde, s’en est suivie, dans laquelle la véritable émotion des peuples la disputait à l’hypocrisie de la communauté internationale, et à sa tête les Etats- Unis d’Amérique.

Tout le monde condamne, avec une touche de surprise, la « violence » de l’attaque, voire sa « démesure », tout en glissant au passage quelques mots sur le blocus lui-même. Et là, il faut reconnaître que c’est l’arrogance israélienne, par son recours systématique à la force, qui a ouvert les yeux de l’opinion publique internationale sur le drame d’un peuple qui vit (ou ne vit pas) dans une prison à ciel ouvert.

Le blocus instauré par Israël en 2007, destiné à affaiblir le Hamas, avait la bénédiction des Etats-Unis et du bloc occidental -et même de certains régimes arabes. Le concert de critique présage-t-il de l’éminence de la fin de ce blocus ? Au-delà du refus israélien de mettre un terme à cette punition collective, un certain nombre d’éléments est apparu (ou a refait surface) ; ces éléments risquent de peser lourd quand il s’agira de faire le bilan d’une politique qui, au nom de la sécurité, a toujours privilégié la force militaire. Parmi ces éléments, on peut citer les suivants :

- 1-Israël a toujours profité de la guerre froide, se positionnant comme le gardien du temple occidental au moyen orient. La fin de cette compétition, et surtout la montée de nouvelles puissances sur la scène internationale, qui réclament un rôle régional voire planétaire à la mesure de leur puissance économique(le Brésil, la Chine…) ou stratégique (la Turquie, voire l’Afrique du Sud) sont en train de réduire le rôle de l’allié privilégié des Américains, toujours dévolu jusqu’ici à Israël. D’un allié sûr et tellement précieux, Israël est en passe de devenir un fardeau, non seulement pour le contribuable américain, mais pour la présence américaine dans le monde.
- 2-Le blocus israélien, destiné à anéantir le Hamas, s’est avéré politiquement improductif. En fait, il n’a contribué qu’à délégitimer l’Autorité palestinienne, accusée de brader « les intérêts nationaux palestiniens », et le camp des démocrates et des progressistes palestiniens, marginalisé et affaibli. Israël semble préférer un face-à-face avec le Hamas, susceptible de lui garantir la sympathie de l’Occident, à un véritable challenge pour « la paix des braves », comme aimait à le répéter le leader Yasser Arafat.
- 3-Le blocus israélien, censé « affamer » le Hamas, a jeté 70% de la population de la bande de Gaza sous le seuil de la pauvreté en 2009, selon les chiffres de l’UNRWA. « Le nombre de réfugiés vivant dans une pauvreté extrême dans la bande de Gaza avait triplé depuis le début du blocus, en 2007, d’environ 100.000 à environ 300.000 », toujours selon l’agence onusienne.
- 4-Le blocus israélien et l’opération militaire qui en a découlé sont manifestement illégaux au regard du droit international. La bande de Gaza, malgré le retrait israélien (qui préparait en fait le blocus), et la Cisjordanie sont considérées comme des territoires militairement occupés. L’occupation militaire, à la différence de l’état de guerre, interdit le droit d’établir un blocus des régions occupées. En outre, même légitime, un blocus ne doit pas s’exercer au-delà de la limite territoriale et maritime fixées pour la région soumise au blocus. Une Convention des Nations Unies de 1988, signée par Israël, interdit formellement l’arraisonnage de navires en haute mer ainsi que les actes de violence à l’encontre des passagers. Seul un « Etat voyou », se considérant au-dessus du droit international et bénéficiant d’une totale impunité, peut, à lui seul, amasser tant de violations et de crimes à l’encontre d’un peuple courageux mais seul, car abandonné même par ses « frères ».
- 5-La complicité égyptienne dans le blocus de Gaza est évidente ; l’Egypte bloque le point de passage qui la relie à Gaza, en coordination avec les Israéliens, provoquant une activité souterraine dangereuse, car coûteuse en vies humaines. Mais cette complicité n’est pas perpétuelle, le régime du vieux Raïs est confronté, à l’approche des élections présidentielles, à une vague de contestation de toutes parts, en rapport avec des problèmes internes de pauvreté, de corruption, d’absence de démocratie, mais aussi à ses positions anti- palestiniennes. Cette fin de règne difficile pour le régime égyptien exigera du président Moubarak davantage de souplesse dans la gestion de ses rapports avec ses voisins gazaouis. C’est le sens de l’ouverture, au lendemain de la bavure israélienne, du point de passage de Rafah, après plusieurs mois de fermeture. Le président Moubarak ne veut pas apparaître, au moment où la colère commence à s’emparer de la rue arabe et égyptienne, comme le complice de Netanyahou ou le comptable de l’opération israélienne. Une ouverture permanente et définitive des frontières avec Gaza est nécessaire, notamment, pour contrecarrer la popularité grandissante des dirigeants islamistes turques dans les milieux populaires arabes et égyptiens. Cette ouverture rendra le blocus israélien complètement infructueux.

De tous ces éléments, une vérité se dégage : Israël est perçu de plus en plus par l’opinion publique internationale comme le facteur principal, non seulement de l’instabilité de la région du Moyen-Orient, mais de l’instabilité du monde. Tous les êtres humains libres doivent continuer leur combat pour que le dernier peuple sur terre privé de son droit à la dignité et à l’auto-détermination, puisse un jour accéder à un statut digne des sacrifices consentis par ses enfants.

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