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Les listes citoyennes marquent des points contre la falsification

lundi 17 mai 2010

Hichem Skik

La triche, la manipulation, la falsification…tout cela, on en a l’habitude, à chaque opération électorale dans notre pays. Que cela se soit répété cette fois-ci, à l’occasion des municipales du 9mai n’a rien de nouveau ni de surprenant en soi.

Ce qui, en revanche, est nouveau, cette fois-ci, par rapport à toutes les expériences précédentes- et elles sont très nombreuses dans notre patrimoine militant !- c’est que toutes les opérations frauduleuses ont été constatées, consignées… et dûment documentées. Comment ? Eh bien tout simplement parce que les listes indépendantes ont réussi à avoir des observateurs dans absolument tous les bureaux de vote, sans aucune exception ! C’est une première, qui mérite d’être soulignée et appréciée à sa juste valeur. Telle est l’impression principale qu’on retient de la conférence de presse donnée par les représentants de ces listes, mercredi 12 mai, au local de notre journal.

Retour sur le contexte politique

Commençons par rappeler quelques données pour situer la bataille menée par les listes citoyennes dans leur contexte politique :

Aux élections présidentielles et législatives de novembre 2009, une coalition, l’Initiative nationale pour la démocratie et le progrès (Mouvement Ettajdid, PTPD et militants progressistes indépendants) a présenté 26 listes aux législatives, ainsi qu’un candidat à la présidentielle – M. Ahmed Brahim, premier secrétaire d’Ettajdid - soutenu par le Forum, le groupe de Réforme et Développement et un nombre très important de personnalités indépendantes du monde politique, associatif, culturel…

Ces élections ont permis à la nouvelle coalition ainsi constituée de mener une bataille d’envergure et de montrer que l’opposition démocratique et progressiste est réellement susceptible d’offrir une alternative crédible, à la fois au système autoritaire en place depuis plus de cinquante ans et à une alternative à orientation politico-religieuse, contraire aux traditions et aux acquis modernistes de notre peuple.

A la suite de ces élections, qui se sont déroulées dans des conditions très difficiles et ont, surtout, abouti à des résultats proclamés conformes, non à la logique du terrain, mais à une « carte politique » fictive que le pouvoir cherche, depuis les débuts de l’indépendance de la Tunisie, à imposer au paysage politique réel et à maintenir coûte que coûte. Une telle « carte » implique, essentiellement, que le parti au pouvoir- Néo-Destour, puis PSD puis RCD- est LE parti du peuple tunisien, qui le soutient unanimement -ou presque(ne compte-t-il pas dans ses rangs le dixième de l’ensemble des Tunisiens- hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux, dans les villes et les campagnes etc.?).

Il s’ensuit qu’il est parfaitement légitime, voire évident, naturel, que ce parti monopolise toutes les sphères du pouvoir- de la présidence de la république au parlement, au gouvernement, aux hautes (et moins hautes !) charges dans l’administration, aux organisations de la société civile etc. Il estime qu’il a le devoir de se préoccuper de tous les aspects de la vie du citoyen, si petits, voire personnels et intimes soient-ils, car il a-ou s’est confié- la mission sacrée de veiller aux intérêts de notre peuple, dans le présent comme dans l’avenir. Et c’est cette vision qui doit être, inlassablement, obstinément, consacrée par chaque échéance électorale : des présidentielles et parlementaires jusqu’aux syndicats, aux ONG, aux associations sportives, etc... D’où, par exemple, la mainmise totale sur la machine électorale, gérée directement par le ministère de l’intérieur( ainsi, quel mal y a-t-il à ce que, en 2009, le Ministre de l’Intérieur soit à la fois responsable des présidentielles et des législatives sur le plan national et…chef de la campagne électorale du RCD ?)

A l’ issue des élections de 2009, la Coalition avait déclaré : « Cette échéance aurait pu constituer une occasion pour faire évoluer la situation politique dans le sens d’un système politique qui réponde aux besoins de notre peuple et aux aspirations de notre jeunesse…Mais l’entêtement à maintenir l’hégémonie du parti au pouvoir sur tous les aspects de la vie politique et sociale a dilapidé cette occasion de réforme, ce qui constitue un signe de l’intention de certains de faire en sorte que la prochaine étape soit identique, voire plus fermée que celle qui l’a précédée »

Il était naturel que, pour les échéances municipales, la position de la coalition découle de cette analyse.

Une certaine vision des élections municipales

Ainsi, elle avait annoncé, dans un communiqué du 3 mars 2010 : « Prenant en considération les diverses difficultés juridiques et politiques dans le cadre desquelles se déroulent les préparatifs pour ces élections, ainsi que les obstacles mis devant une concurrence réelle, les parties…considèrent que la meilleure attitude à observer par elles vis-à vis de cette échéance consiste à dynamiser, encourager et soutenir les initiatives locales…dans le cadre de listes de participation citoyenne souples, ouvertes à tous ceux qui souhaitent contribuer à faire évoluer l’action municipale dans un sens démocratique…dans les municipalités où cette possibilité existe, malgré les limites imposées par la situation actuelle »

C’est cette décision qui a été mise en pratique sur le terrain : les composantes de la coalition n’ont en aucune façon cherché à présenter leurs propres listes, mais, en même temps, ses militants se sont mis à l’écoute de toutes les initiatives locales indépendantes, les ont encouragées à présenter des « listes citoyennes », qu’ils ont soutenues, en en faisant parfois partie et en leur apportant un appui politique, logistique etc.

Des campagnes dynamiques

On connaît le résultat : une vingtaine de listes ont été constituées ou sur le point de l’être. La machine Etat-parti, qui veille au grain, se met en marche, fait « avorter » six listes et, sur les quatorze restantes, elle en invalide huit (pour des raisons le plus souvent très discutables, voire tout à fait fantaisistes) : six listes indépendantes soutenues par la coalition (auxquelles il faut ajouter la liste « Initiative libre », qui s’est constituée de manière indépendante à Ouedhref- Gabès) sont donc rescapées de ce jeu de massacre. Elles mènent, toutes, des campagnes électorales remarquables : distribution massive de tracts, affichage dense, du porte à porte… Elles ont réussi à susciter un intérêt réel chez les citoyens, qui ont parfois surpris les autorités par leur présence massive dans les meetings (comme à Jbéniana, Nefta et Moularès, par exemple, où se sont tenus des meetings auxquels ont assisté plusieurs centaines de personnes, dont de nombreux jeunes, enthousiastes, certains même adhérents d’organisations politiques ayant prôné le boycott de ces élections).

La bataille des observateurs

Le résultat le plus spectaculaire de ces initiatives citoyennes, des campagnes qu’elles ont menées, des soutiens politiques et logistiques qu’elles ont reçus a été, incontestablement, le fait qu’elles ont réussi, chacune, à mettre sur pied un réseau d’observateurs indépendants qui leur a permis de couvrir l’ensemble des bureaux de vote de chaque circonscription, sans aucune exception !

Comme nous le disions plus haut, le fait mérite d’être relevé et apprécié à sa juste valeur : la question des observateurs a, en effet, il faut le reconnaître, toujours constitué le talon d’Achille de l’opposition, dans toutes les élections auxquelles elle a participé. Or, on sait que faute d’observateurs vigilants, beaucoup de choses peuvent se passer - et se passent, effectivement - dans les bureaux de vote et aux différentes étapes du dépouillement.

Cette fois-ci, donc, près de 200 contrôleurs mobilisés par les 7 listes pour 129 bureaux de vote ont pu suivre, en temps et en heure, tout le déroulement des élections dans les bureaux de vote. Et, même s’ils n’ont pas pu accomplir leur tâche jusqu’au bout, ayant, sauf pour une seule circonscription, été empêchés de suivre les opérations finales de décompte de voix dans les Délégations, ils ont, en fait, constitué UN VERITABLE OBSERVATOIRE INDEPENDANT des élections dans ces circonscriptions. Leurs observations, quoique limitées à ces circonscriptions, constituent, incontestablement, un échantillon très parlant de ce qui s’est passé, non seulement lors de ces élections, mais aussi, on peut légitimement le déduire, lors de toutes les élections précédentes dans notre pays.

D’où l’intérêt incontestable avec lequel les journalistes présents (relativement peu nombreux, les medias « nationaux » n’ayant pas jugé utile de se déplacer… peut-être parce qu’ils connaissaient à l’avance les faits qui allaient être présentés ?) ont écouté les témoignages de cet observatoire réellement indépendant.

A suivre

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