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EDITO :

L’opposition, unie, face à ses responsabilités !

mercredi 28 avril 2010

Par Larbi Chouikha

Dans la perspective des échéances de 2014 et des incertitudes qui planent sur le devenir du pays, le risque est grand pour que, une fois de plus, nous assistions en spectateurs passifs aux événements qui pourraient surgir. Pour faire face aux dangers et aux périls possibles, les formations de l’opposition sont-elles capables de s’entendre pour peser, ensemble et de tout leur poids, sur les évènements, en vue de créer les conditions d’un changement radical et profond ?

Un rapide récapitulatif sur l’état de l’opposition entre hier et aujourd’hui, serait utile pour tenter de répondre à la question. Du temps de Bourguiba, les formations de l’opposition, toutes confondues, étaient logées à la même enseigne ! Elles se débattaient toutes dans les mêmes difficultés et affrontaient les mêmes obstacles qui étaient érigés par le pouvoir d’alors. La ligne de démarcation qui les séparait de l’Etat-parti PSD était claire, et chaque formation de l’opposition ne pouvait compter que sur ses moyens – propres – pour perdurer et pour se déployer dans un environnement tout autant hostile, certes. Leurs journaux remplissaient tant bien que mal leur rôle d’agitateur, en révélant des scandales qui couvaient dans les arcanes du pouvoir et en dénonçant - ouvertement - toutes sortes de malversations et de corruption avérées chez les responsables publics.

Pour se remémorer quelques uns de ces moments de « hardiesse », citons, par exemple, l’illustre « J’accuse ! » lancé par voie de presse par le fondateur du MDS, M. Ahmed Mestiri, au visage des responsables des truquages des élections de novembre 1981… qui n’ont jamais été inquiétés ! Ou encore, les dénonciations des actes de torture et des malversations et dilapidations des deniers publics révélées au public par des publications tout aussi audacieuses, telles qu’Erraï, Le Maghreb, le Phare, mais aussi, Attariq Aljadid et Al Mostaqbal (mais de l’époque, bien évidemment !).

Aujourd’hui, on se demande ce qui est advenu de ces années de résistance au pouvoir et de fermeté des militants. Certes, les temps ne sont plus ce qu’ils étaient, et avec eux, les « techniques » de gouverner, et par voie de conséquence, la nature même de ce qu’il convient d’entendre par opposition ! Tout d’abord, nous nous devons de distinguer entre l’opposition clientéliste, mue essentiellement par la quête de reconnaissance et de gratifications de la part du pouvoir, des quelques formations de l’opposition indépendante, qui se débattent toutes, mais chacune de son côté, dans d’inextricables problèmes de tous ordres.

En effet, le cadre légal et institutionnel dans lequel elles se meuvent est, lui-même, étriqué, à géométrie variable, soumis aux aléas des « humeurs » du moment. Ensuite, l’environnement national subit aussi les effets de ce « changement », si bien que, de nos jours, le fait même d’oser critiquer le pouvoir politique, ou de mettre à nu certaines pratiques de milieux influents devient un exercice particulièrement périlleux, aux risques incalculables pour ceux qui s’y hasardent. Car, en plus de la répression et du contrôle, le plus redoutable est ce que d’aucuns appellent ces « douceurs insidieuses » qui agissent pour diviser, neutraliser, effrayer, apeurer, mais aussi séduire, dévoyer… tous ceux qui se réclament de l’opposition indépendante. Dans ce climat hostile à l’action politique oppositionnelle, la publication des journaux devient un véritable casse-tête ? Cela commence par la recherche de ces « perles rares » que constituent les plumes qui osent écrire et s’afficher en tant que telles ! Puis, quand celles-ci émergent contre vents et marées et abordent les thèmes qui « fâchent », il arrive souvent que le numéro en question disparaisse subitement des kiosques à journaux ou que sa diffusion soit retardée de plusieurs jours…

Quant aux élections, qui devraient être un moment fort de la vie politique, ne représentent presque plus d’enjeux et suscitent de moins en moins d’enthousiasme pour ces formations, tant les conditions sont… peu propices et les moyens dont elles disposent complètement dérisoires. Mais le plus déconcertant dans cette configuration, c’est l’état même de ce qui constitue l’opposition indépendante et l’absence de véritable concertation en son sein. En effet, les relations entre ces formations sont, dans la plupart des cas, pratiquement inexistantes, exceptées des actions ponctuelles qui apparaissent, épisodiquement, en période électorale ! De plus, il n’existe même pas de cadre de concertation permanent entre l’ensemble des formations de l’opposition sont quasi absentes.

Ainsi, dans la perspective des échéances de 2014 et des grandes incertitudes qui planent sur elles, certaines de ces formations ont publié un communiqué pour appeler de leurs vœux la tenue d’une conférence nationale, mais cet appel demeurera illusoire et sans effet s’il ne découle pas d’une réelle volonté d’union et de concertation avec toutes les sensibilités politiques qui aspirent réellement au changement ! Car, face à l’omnipotence des structures de l’Etat-parti, aucune formation de l’opposition, aucun leader de cette opposition, ne peut agir seul, en voulant regrouper sous son unique bannière toutes les composantes de l’opposition ou en voulant susciter, à lui tout seul, un mouvement populaire dans le sens d’un changement profond.

A quatre ans des prochaines échéances, les formations de l’opposition indépendante sont, plus que jamais, « acculées » à agir ensemble sur les événements en cours en vue d’impulser les véritables conditions pour une alternative démocratique dans le pays. En cas de ratage, ce sera la faillite de toute l’opposition , et encore une fois, nous contemplerons les événements se produire à notre insu, contre notre gré, avec le risque qu’ils emportent avec eux toutes nos aspirations démocratiques, et probablement aussi, les valeurs qui les sous-tendent !

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