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Evénements du 9 avril 1938

A-t-on les moyens de cultiver cette mémoire ?

dimanche 18 avril 2010

Baccar Ghrib

A l’occasion de la célébration de la « fête des martyrs », Hannibal TV a eu l’heureuse initiative de sortir des sentiers battus, des phrases convenues et ressassées, pour aller dans la rue interroger de jeunes Tunisiens à propos de cet épisode clé de notre histoire contemporaine. Et ô stupeur ! on a constaté, sur le plateau de l’émission, que le micro-trottoir a révélé l’ignorance quasi-totale chez nos jeunes des événements du 9 avril et, plus généralement, de l’histoire du mouvement national tunisien, de ses grandes figures et de ses martyrs.

Alors, sur le même plateau, on a déclaré sa consternation, on s’est indigné, on a évoqué une culture générale défaillante, on a accusé les programmes scolaires et, impuissants, on a fini par exprimer, solennellement, sa tristesse ! Mais il n’est venu à l’esprit d’aucun participant au débat de dire que le problème posé par cette absence de mémoire était sans doute plus profond qu’une culture lacunaire ou des programmes mal pensés… que ce qui est en jeu n’est rien de moins qu’une question de valeurs !

Oui, de valeurs ! car pour cultiver la mémoire des martyrs et honorer leur sacrifice, encore faut-il porter soi-même haut et fort la valeur de l’engagement, donner un peu de son temps et de ses efforts pour une cause d’intérêt général et accepter de courir des risques pour elle. Hélas ! Il n’est pas besoin d’être particulièrement perspicace pour constater que cette vertu est en train de disparaître de notre horizon mental et qu’on assiste, chez nous, surtout parmi les jeunes, à une vague implacable de dépolitisation et, corollairement, à un repli sur la sphère domestique.

Dès lors, il ne sert à rien de feindre la surprise, de crier au scandale ou de stigmatiser cette jeunesse sans mémoire. Celle-ci n’est en fin de compte qu’une victime. Elle est le produit de tout un dispositif – politique et social – efficace et diffus l’invitant sans cesse à s’occuper exclusivement de … ses affaires ! On ne peut, donc, exiger d’elle de chérir l’engagement et, dans le même temps, l’en détourner par tous les moyens. Pour faire court, disons que seule une société vraiment libre est à même de cultiver la mémoire de ceux qui se sont battus pour elle.

C’est peut-être aussi simple que cela !

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