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"Jendouba Express"

mercredi 14 avril 2010

Dans cette contribution, notre ami, l’architecte Farouk Ben Miled, livre ses impressions de voyage sur « un train de brousse en quelque sorte », où l’hygiène et la salubrité font largement défauts.


Farouk Ben Miled

Tous les ans à la même époque, j’ai pour habitude de faire un aller-retour Tunis-Ghardimaou, sans pratiquement descendre du train. J’appelle cela ma cure de chlorophylle : c’est la vallée de la Medjerda, dans un sens puis dans l’autre. Deux perceptions spatiales différentes. C’est aussi une magnifique lecture dans le texte du paysage.
21 dinars, première classe : voiture vieillotte et malodorante, vitres sales d’un côté comme de l’autre, rideaux vénitiens tordus et bloqués, portières déboîtées et grinçantes, buvette dégoûtante et hors service, le « casse-croûteur » à l’identique…Quant aux toilettes, il vaudrait mieux les condamner, et tant pis pour le voyageur…d’ailleurs, ce n’est pas compris dans le prix.

Un train de brousse en quelque sorte !

Et comme le ridicule chez nous ne tue plus, une plaque à l’intérieur de la voiture porte l’inscription : « 24 places assises et 11 debout ». Drôle de conception du confort en première classe de la part de notre société nationale !

Réponse des contrôleurs " Nous n’avons pas le temps de nettoyer les voitures" (sic), trop facile !

Dois-je continuer ? C’est inutile : les réponses sont connues d’avance, toujours les mêmes, toujours la même litote.

Je m’installe donc dans le sens de la marche et m’accommode –difficilement- de cet inconfort pour le spectacle que je me promettais.
Hélas ! Très vite, le long de la voie, les décharges se succèdent sur des kilomètres, et systématiquement à l’entrée et à la sortie de chaque gare, avec, comme animation intermédiaire, une lapidation en règle du convoi par des garnements. Pourtant, je me suis laissé dire qu’il existe bien un service de la voie prévu à cet effet !
Serait-ce là une réponse légitime, au mépris du citoyen et du patrimoine roulant ? Quelque part cela semble en être une. Le citoyen est-il en droit d’avoir de vraies réponses, alors que " l’excellence" est sans cesse claironnée ?

Le retour sur Tunis coïncidait avec la rentrée du Mouled.
Dans la même voiture, que je n’ai pas quittée, de peur de perdre ma place, 24 voyageurs assis et… 85 debout dans les allées ! On étouffe, littéralement.

Où est le contrôle sur les quais de l’accès aux voitures ?

En cas d’accident, je n’ose même pas penser à ce que cela pourrait être, en dehors des excuses de circonstance.

La permanence de la clochardisation du matériel roulant constaté depuis longtemps déjà est devenue une espèce de nouvelle culture. Elle ne choque plus personne. Tout le monde est content. C’est la faute à la routine.

La rumeur parle de rajeunir le matériel. C’est bien, mais ce n’est pas suffisant : les mentalités auraient tout autant besoin de changer, elles aussi.

Après ce constat peu reluisant, et décourageant, j’ai remisé mon militantisme pour la réhabilitation de la ligne Mateur-Tabarka, si belle et si utile pour la région des " Khmir", qui en ont pourtant réellement besoin.

Franchement, Monsieur le PDG, un peu d’efforts !!
D’ailleurs, à propos, vous est-il arrivé de prendre le train ? Je parie que non. 
 


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