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A quelque chose, malheur est (parfois)…utile !

mercredi 3 février 2010

Hichem Skik

Une réunion très inhabituelle que celle qui s’est tenue mercredi 27 janvier à la Faculté des sciences humaines (9 avril) de Tunis, à l’appel du syndicat de base de la faculté !

Il n’y s’agissait, en effet, ni de salaires ni de conditions de travail ni des rapports avec la Centrale syndicale ou avec l’administration, sujets habituels des réunions syndicales. Non, cette fois-ci, il s’agissait de livres, de bibliothèque : en fait, il s’agissait de l’incendie de la bibliothèque de l’IBLA, le 12 janvier dernier. Les universitaires étaient réunis pour exprimer leur émotion devant cette catastrophe, dans laquelle est décédé un religieux qui s’occupait de la bibliothèque et plus de la moitié des 32.000 ouvrages qu’elle contenait ont été endommagés –irrémédiablement ou partiellement !

Ils se proposaient, en même temps, d’examiner les moyens de concrétiser leur solidarité afin d’aider à réparer, autant que faire se peut, les dégâts.

L’atmosphère de la réunion, le contenu des interventions – tant celles des organisateurs (les professeurs Abdessattar Sahbani, Farouk Omrani, Sami Awadi et Kmar Bendana, ainsi que le Père Jean Fontaine) que des Universitaires présents (venus pour la plupart des facultés des lettres et sciences humaines et sociales de Tunis, mais aussi de celles de Sousse, Sfax…)

Tout cela était à la fois grave, souvent émouvant, et en même temps, c’était très réconfortant.

Certains d’entre nous le savent, bien sûr ! Mais d’autres, plus ou moins de bonne foi, méconnaissant la vraie nature des vrais universitaires ou cherchant à ternir leur image pour des raisons politiciennes, ne pouvaient pas les imaginer parlant de livres, de bibliothèque…, avec passion, la voix parfois brisée par l’émotion, au bord des larmes, se mettant à la disposition de l’équipe qui a pris en main ,autour de Madame Kmar Bendana et du Père Jean Fontaine, la gestion des séquelles de l’incendie, donnant leurs coordonnées et demandant à être convoqués « n’importe quel jour de la semaine, y compris l dimanche », afin d’aider à trier les ouvrages, à les nettoyer, à dresser l’inventaire de ceux qui sont devenus irrécupérables, etc.

A une époque où tout le monde était convaincu que seuls les aspects matériels, individuels … mobilisaient les Tunisiens, universitaires compris, voici qu’une mobilisation spontanée s’est faite, dès l’annonce de la nouvelle du drame de la bibliothèque de l’IBLA et des dommages causés à des trésors culturels dans lesquels ont puisé, depuis les années 20 du siècle dernier, des générations d’intellectuels, de chercheurs, d’universitaires, d’étudiants … voici que de très nombreux volontaires se présentent quotidiennement rue Jamaâ Lahoua, siège de l’IBLA, pour témoigner leur sympathie et offrir leurs services, que des dons commencent à affluer pour aider à réparer les dégâts.
Bref, un bel exemple de foi en la culture et au savoir, qui mérite d’être mis en exergue et largement diffusé, en particulier auprès de la jeunesse !

Il est réconfortant aussi d’apprendre que l’administration, habituellement assez tente à réagir, s’est, elle aussi, inquiétée de la situation : la Bibliothèque nationale a mis à disposition des moyens matériels et humains, l’Ambassade de France s’est saisie du dossier, etc.
Sauver ce qu’on peut sauver de la bibliothèque de l’Institut des Belles lettres arabes, réparer ce qui est réparable, remplacer ce qui doit l’être afin de reconstituer une belle bibliothèque des sciences humaine, axée principalement- mais non exclusivement- sur la Tunisie, le Maghreb et le monde arabe, voici une noble lâche autour de laquelle pourront se rassembler toutes les bonnes volontés, publiques et privées, au-delà des clivages religieux, politiques ou idéologiques !

Ce drame a, cependant, révélé au grand jour un grave problème que la plupart d’entre nous ignoraient : à savoir qu’aucune de nos bibliothèques n’est à l’abri d’une catastrophe comparable et que les trésors qu’elles contiennent peuvent, subitement, partir en fumée ! Il s’avère, en effet, qu’aucune de nos bibliothèques n’est protégée sérieusement contre le feu, y compris la bibliothèque de l’Ambassade de France et, plus grave encore en raison des manuscrits rares qu’elle conserve, la Bibliothèque nationale, où des travaux auraient été entrepris, mais n’auraient pas été achevés !

De ce point de vue, l’incendie de la bibliothèque de l’IBLA peut avoir servi quand même à quelque chose en attirant l’attention sur ce danger grave qui guette, à tout instant, toutes nos bibliothèques (peut-être aussi nos musées ?).

Une action de grande envergure s’impose donc afin de procéder d’urgence à la protection efficace, sérieuse, de notre précieux patrimoine, contre tous les risques qu’il encourt  : le vol, l’incendie, les dégâts des eaux etc.

On pourra alors dire « à quelque chose malheur est (parfois)... utile ! »

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