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Ce n’était rien que la mort d’un élément perturbateur… ?!

mardi 17 juin 2008

[marron]Dans son édition du 7 juin 2008, le quotidien La Presse, reproduisant fidèlement le communiqué d’une source « officielle », évidemment anonyme, faisait état de la « mort d’un élément perturbateur » dans la ville de Redeyef. Ledit communiqué, dans ses deux versions, arabe et française, a été publié par la quasi-totalité quotidiens de la place.

Depuis ce jour, pas un mot ou même une virgule n’ont été changés dans le compte-rendu « officiel ». l’auteur du communiqué n’a même pas cherché à atténuer la violence de son texte. Pour être franc, on s’y attendait.

Même si on aurait souhaité que certains reconnaissent l’esquisse de la possibilité d’un zeste d’une maladresse de langage qu’ils auraient pu attribuer à une mauvaise traduction ou à une « faute de frappe » commise par une secrétaire trop fatiguée par une charge de travail harassante. Rien, niet, nada… Le vendredi 6 juin 2008 une « particule perturbatrice » a rendu l’âme et basta.

D’ailleurs, puisque nous sommes à ce niveau de vocabulaire, on aurait pu parler de « trublions », de « sauvageons » et autres qualificatifs tout aussi désobligeants, les seuls à pouvoir évoquer et qualifier, dans l’esprit des rédacteurs du communiqué, la mort d’un jeune Tunisien de Redeyef de par le sang qui coulait dans ses veines et la carte d’identité nationale délivrée par les services compétents.

Il est vrai que le lendemain, dans une conférence de presse sur les acquis de La Tunisienen matière de droits de l’homme, le ministre de la justice, commentant les événements de la veille, disait « regretter » la mort de ce jeune Tunisien. Ce regret public exprimé à demi-mot par l’un des ministres les plus importants de la république demeure insuffisant et n’efface pas l’affront que le communiqué de la veille a fait subir aux proches du regretté jeune manifestant, à nos concitoyens du bassin minier et à tous les Tunisiens.

Tout dans ce communiqué est rageant. Du choix regrettable de l’expression « élément perturbateur » à la volonté de travestir la réalité pourtant criante par l’omission volontaire de mentionner le recours aux armes à feu, en passant par le mutisme total sur l’état de tension qui règne, depuis des mois, sur cette partie de La Tunisie et sur les problèmes qui en sont la cause.

Comme s’il s’agissait d’un simple fait divers, le communiqué n’a rien rapporté quant à la nature des événements les confinant au statut de simples « actes de violence ». Ceux qui ne seraient pas très au fait de la situation dans le bassin minier auraient ou imaginer, sinon croire, au total, que ces jeunes, sûrement par ennui, ont fini par concocter des cocktails Molotov en lieu et place du chocolat chaud et des paninis mayonnaise jambon de bœuf qu’ils avaient coutume de partager dans les confortables salons de thé d’Oum Larayess, de Redeyef et de Metlaoui.
Par modestie et beaucoup par pudeur, la source « offinyme » s’est gardée de faire étalage du rôle bienfaiteur et de la sollicitude constante de l’Etat pour cette région de La Tunisie et le train de vie de prince dont bénéficient ces jeunes « sauvageons », « pourris et gâtés » qui, au lieu de s’ingénier à confectionner des cocktails Molotov, auraient dû apporter leurs contributions au cycle de débats avec les jeunes à partir des nombreux et luxueux cybercafés des villes du bassin minier ou par sms.
Mais que veulent ces jeunes ? S’interrogeraient certains. Ne leur suffit-il pas d’avoir le plaisir d’effectuer d’agréables excursions sur les 4/4 de la Garde Nationale ? Ne les asperge-t-on pas, à s’étouffer, du dernier parfum lacrymogène de chez Dior ? Quelle ingratitude et quelle insouciance ! Et ce jeune « élément perturbateur », qu’avait-il à charger les forces de l’ordre… en fuyant à toutes jambes ?

Certes, ce type de communiqué n’est pas tout à fait nouveau dans son genre. Certes, encore, avons-nous lu, les yeux désorbités moult communiqués « offinymes » où la désinformation se disputait avec le mépris de l’intelligence des citoyens. Mais là, c’est vraiment trop : « balagha essaylou al zouba ». les citoyens, les autochtones plutôt, ont eu à avaler des couleuvres, des boas, même. Cette fois, c’est un diplodocus qu’on cherche à leur faire passer dans les entrailles. Il y a un risque d’indigestion ! Nos sources « offinymes » exagèrent. Et, malheureusement, c’est incurable ![/marron]

M. B. J.

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