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Annulation d’élections légales à l’Université : Quelle logique ?

lundi 16 juin 2008

A l’université tunisienne, le climat ne cesse de se détériorer et le malaise ne cesse de s’approfondir. La quasi-absence de dialogue, depuis plusieurs années entre l’autorité de tutelle et les universitaires y est pour beaucoup. Ces derniers constatent, impuissants, les dégâts occasionnés, réforme après réforme, dans l’Université publique.

Ils ont combattu, tant bien que mal, avec tous les moyens dont ils disposent, la dernière réforme en date, celle contenue dans la si décriée loi-cadre porteuse de lourdes menaces et d’une évidente frustration de leurs attentes de démocratisation de la gouvernance de l’Université.

Cette lutte n’a pas abouti. Les universitaires n’ont pas obtenu, malgré l’appui d’institutions telles que le Conseil Economique et Social, le principe de généralisation de l’élection à tous les directeurs, doyens et autres recteurs. Ils en ont pris acte. Mais ils étaient loin de penser que le SMIG démocratique actuellement existant allait être mis en cause.

C’est du moins ce que nous laisse penser l’annulation par le Ministère de l’Enseignement Supérieur des élections, organisées sous son égide, des conseils de départements des Facultés des sciences et de médecine de Tunis. Ces élections se sont, en effet, déroulées dans la plus parfaite légalité, conformément à la circulaire ministérielle n° 08/35 datée du 29 avril 2008 et à l’arrêté du rectorat d’el Manar daté du 10 mai 2008.

Quelle mouche a donc piqué les services du ministère pour annuler ces élections ? Les conseils de départements ne seraient pas prévus par les décrets d’application à venir ? Alors pourquoi la circulaire en question les prévoit-elle et organise-t-elle leur élection ? Les conseils de départements ne seraient pas des structures assez démocratiques et rien ne vaudrait le suffrage universel ? Mais alors pourquoi continue-t-on à élire des conseils scientifiques qui élisent, à leur tour – du moins ceux qui ont ce privilège – les doyens ? Ou bien les conseils élus n’ont pas eu le don de plaire… ?

Toujours est-il que l’annulation de ces élections parfaitement légales, en plus de révolter les universitaires – électeurs et élus, en particulier – trahit un important dysfonctionnement dans les services du ministère et représente un camouflet au rectorat qui a pris en charge les élections du 29 mai dernier.

L’annulation des élections ayant été manifestement une erreur, pourquoi ne s’est-on pas rétracté ? Il n’y aurait eu aucun mal à la faire. Une erreur avouée est à demi pardonnée…

Or, le ministère a choisi la fuite en avant, la logique du pouvoir brut. Et à ce niveau, il peut laisser penser que le but de la démarche, c’est finalement d’humilier les universitaires dans leur citoyenneté. On aurait voulu le faire qu’on ne s’y serait pas pris autrement !

Mais les universitaires présents à l’AG du 5 juin dernier à la faculté des sciences, ont choisi de résister, de s’attacher à la légalité et de ne pas céder à la politique du fait accompli. La réussite éclatante du boycottage des élections du 10 juin dernier, notamment dans les départements de mathématiques, d’informatique et de géologie et l’instruction d’une action en justice auprès du Tribunal Administratif montrent la solidarité des universitaires et leur haut degré de conscience civique t démocratique. Ils continuent de résister. C’est une question de dignité.

I. K

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