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A la suite des attaques de M. Bsaiess et d’autres

Pourquoi la candidature d’Ahmed Brahim dérange-t-elle autant ?

dimanche 7 juin 2009

Dans une chronique intitulée Non aux pleurnicheries, oui au travail !, M. Bsaiess, brillant chroniqueur à Assabah et habile avocat, sur des chaînes satellitaires arabes, de causes assez délicates, s’est attelé à discréditer la démarche du candidat aux présidentielles, M. Ahmed Brahim et, accessoirement, à s’en moquer, en ironisant à son propos.

Comme le montre le titre de sa chronique, il invite le candidat à cesser de « se plaindre » des conditions inéquitables de la bataille électorale, surtout concernant l’accès aux médias nationaux, et à « travailler plus » pour renforcer son parti et l’opposition en général.

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C’est son droit le plus absolu et c’est, à la limite, de bonne guerre. Sauf que, cette fois, M. Bsaiess n’est pas aussi convaincant que d’habitude. Car les arguments qu’il nous sert pour étayer sa thèse sont faibles, pour ne pas dire irrecevables.

Ainsi, à le croire, M. Brahim n’a pas le droit d’accéder à la télévision et à la radio nationales, cela n’étant possible que durant les quinze jours de la campagne électorale officielle, et ce, contrairement au candidat sortant, dont les activités seraient couvertes « en sa qualité de président de la république ». Or, doit-on rappeler à M. Bsaiess que les médias nationaux sont censés couvrir régulièrement les activités des partis de « l’opposition » mais qu’ils le font de manière extrêmement sélective, en ne montrant que certains autres candidats aux présidentielles – sans doute, moins gênants ? C’est toujours le même argument qu’il nous sort pour justifier l’interdiction d’accrocher une affiche de M. Brahim sur le balcon du local d’Ettajdid. Il faut veiller, à le lire, au respect de la loi, et cela sera possible que durant ces fameux quinze jours de campagne officielle ! Or, il suffirait à M. Bsaiess de faire un petit tour en ville pour voir des centaines d’affiches du candidat Ben Ali, faisant clairement référence à l’échéance électorale de 2009. Il pourrait difficilement nous convaincre que la vocation de ces affiches, c’est la couverture de l’activité présidentielle… !

En fait, ce qui précède montre bien que ce que M. Bsaiess appelle « pleurnicher », c’est, au fond, le fait de revendiquer un traitement sur le même pied d’égalité de tous les candidats à l’élection présidentielle. C’est là que gît le scandale, le péché originel, de la candidature d’Ahmed Brahim, et que d’aucuns ne sont pas prêts à accepter !! Car cela heurte profondément leur mentalité, qui rejette le principe même d’une vraie compétition et qui n’admet, en fin de compte, en guise de candidats, que de simples comparses dans une pièce à la mise en scène bien rodée.

Ainsi, cette petite mise au point, en apparence anodine, révèle le fond du problème et l’origine de la gêne manifeste que suscite cette candidature – et M. Bsaiess a le mérite de ne pas l’éluder – il s’agit clairement de son intention d’assumer une candidature « d’égal à égal » avec le candidat sortant.

Certes, notre chroniqueur a beau jeu d’ironiser là-dessus, en faisant mine de croire que, par cette expression, M. Brahim parlait d’égalité dans les moyens matériels et humains. Non M. Bsaiess !

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Nous sommes particulièrement bien placés pour savoir que le candidat de la Moubadara n’a pas à sa disposition les moyens de l’administration, ni les bus de la TRANSTU (et les milliers de sandwichs destinés à rassasier leurs occupants enthousiastes etc.). Non ! Il ne compte pas sur « les masses de travailleurs et de paysans brandissant des drapeaux rouges » – la couleur de la Moubadara, au demeurant, c’est le bleu et le discours de la gauche moderne que Ettajdid veut incarner ne ressemble pas à celui, facile et dogmatique, des années 60 et 70 ! En affirmant son intention d’entrer avec le candidat du parti au pouvoir dans une compétition d’égal à égal, Ahmed Brahim dit aux Tunisiens qu’il n’entend nullement faire de la figuration ou, comme d’autres, défendre une « candidature pédagogique » ou encore « se battre pour la deuxième place ». L’expression D’égal à égal veut aussi dire que sa candidature est porteuse d’un programme, pour les Tunisiens avides de changement, tout aussi respectable, sinon plus attrayant, que celui du statu quo et de l’éternel retour du même.

Pour conclure, on peut dire qu’il est clair que notre chroniqueur n’est pas à son aise cette fois. Sans doute, à sa décharge, est-il plus performant dans les figures libres que dans les figures imposées… Toujours est-il que la récente multiplication des attaques contre Ahmed Brahim et sa volonté de mener une compétition d’égal à égal avec le candidat officiel le révèle, paradoxalement, à l’opinion publique comme un candidat crédible et digne d’intérêt. Puissent ces attaques continuer… De ce point de vue, elles sont les bienvenues !

Baccar Gherib

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