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De retour d’ Al-andalous

dimanche 21 juin 2009

A l’occasion du 500ème anniversaire de l’expulsion des Musulmans d’Espagne, notre fidèle collaborateur, Dr Salem Sahli, nous propose ses impressions à la suite d’un voyage qu’il a accompli en Andalousie, il y a deux ans.


De retour d’un voyage en Andalousie qui m’a mené de Malaga à Sevilla en passant par Granada et Cordoba, je dois dire mon enchantement devant la splendeur des sites et des monuments visités. Mais au fur et à mesure de mes déplacements, je ne pus m’empêcher, en contemplant le palais d’Alhamra, la mosquée de Cordoue ou l’Alcazar de Séville, de rêver au destin tragique des musulmans d’Espagne : les Maures.

Durant près de huit siècles, ils occupèrent cette terre d’Andalousie qu’ils aimèrent.

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Ils y édifièrent peu à peu un empire d’une prospérité inégalée dans toute la chrétienté et jetèrent la lumière du savoir sur les régions occidentales d’une Europe encore plongée dans la nuit du moyen-âge. Les palais, les minarets, les médina et les jardins témoignent encore aujourd’hui de la puissance et du raffinement de ce peuple. Ces monuments nous racontent aussi la longue coexistence qui faisait du juif, du chrétien et du musulman, parfois des ennemis, mais souvent des interlocuteurs.

Mais où sont les Maures d’al-Andalous ? Où sont les descendants de Moussa Ibn Noussayr et de Tarik Ibn Zied ? Celui-là même qui traversa en 711 le détroit qui portera son nom.

Après avoir été pendant près de 800 ans un peuple connu, ils n’ont même pas laissé de nom derrière eux. La terre qu’ils adoptèrent et occupèrent pendant des siècles refuse de les reconnaître sous un autre titre qu’envahisseurs et usurpateurs.

Il n’y eut jamais à mon sens un anéantissement plus total que celui des Maures en Espagne. L’Eglise intolérante et sanguinaire s’acharna sur eux. Ils furent convertis par la force ou montés sur le bûcher. Les autres furent expulsés, chassés de ce qu’ils considéraient comme leur patrie et jetés sur les routes de l’errance. Certains ont tentés, dans le secret de leur cœur, de conserver leur foi. Ils furent les victimes d’une abominable institution : l’Inquisition. Quelques monuments sont tous ce qui reste pour raconter l’histoire de ce peuple brave, intelligent et raffiné qui conquit l’Espagne, gouverna et disparut.

Tous les Espagnols ne partagèrent pas l’attitude aveugle et cruelle de leur Eglise. Il y eut des hommes courageux pour dénoncer, plus ou moins ouvertement

( car l’Inquisition était vigilante surveillant les hommes et contrôlant leurs livres ), l’intolérance et le fanatisme religieux.

Un des plus beaux textes fut écrit par un Valencien, Fadrique Furiol Ceriol, et imprimé à Anvers en 1559. Il doit être relu sans cesse, médité et enseigné : « Il n’existe pas plus de deux pays dans le monde : celui des bons et celui des méchants. Tous les bons, qu’ils soient Juifs, Maures, Chrétiens ou d’une autre secte, font partie d’un même pays, d’une même maison, d’un même sang ».

Franchement, entre le message que véhicule cette pensée, et celui de l’obscure citation du XIVe siècle que nous a pondue le Pape, en septembre 2006 devant des universitaires et des étudiants de Ratisbonne en Allemagne, c’est sans nul doute du côté du premier que je me range.

Dr Salem SAHLI

Hammamet

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