attariq aljadid

Accueil > Français > Actualités nationales > Quelle compétition électorale dans des conditions médiatiques déplorables (...)

Quelle compétition électorale dans des conditions médiatiques déplorables ?

samedi 23 mai 2009

Larbi Chouikha

Une vingtaine de journalistes exerçant dans des agences de presse étrangères et dans quelques titres nationaux assistaient à la conférence de presse que le candidat aux présidentielles, M. Ahmed Brahim, avait organisée ce mercredi 20 mai au siège du Mouvement Ettajdid pour déplorer l’état du paysage médiatique et de l’information et ce, à quelques mois des prochaines échéances électorales. Bien évidemment, ni les stations de radio ni les télévisions (publiques et privées confondues) n’avaient daigné répondre à l’invitation, et même notre Agence « publique » TAP était subitement inscrite aux abonnés absents.

Et pourtant, la raison même de cette rencontre avec les journalistes portait sur le traitement inéquitable, voire l’ignorance totale des grands médias à l’égard du candidat aux présidentielles Ahmed Brahim. En effet, plus d’un mois après l’annonce de sa candidature, toutes les chaînes nationales de télévision, qu’elles soient publiques ou privées, feignent de l’ignorer complètement. Idem, pour les stations de radio, plus promptes à ne parler que d’une frange de l’opposition, et l’agence TAP, si l’on excepte la dépêche publiée le jour de l’annonce de sa candidature, semble avoir décidé de le mettre « sous embargo ». Même les publications indépendantes redoutent de parler abondamment de lui, de peur que les foudres ne s’abattent sur elles. Finalement, dans ce paysage médiatique aussi diversifié et libre si l’on en croit les déclarations officielles qui célébraient la journée mondiale de la liberté de la presse, c’est toujours la voie unique qui prédomine : celle qui s’exprime au nom de l’Etat et du parti au pouvoir, celle qui a la grâce divine de demeurer infaillible et irréprochable puisqu’elle ne peut être ni contredite, ni critiquée, celle qui doit être adulée comme du temps des éclaireurs du peuple !

Drôle de situation dans ce pays qui est censé vivre depuis 28 ans sous le régime du pluralisme politique et de la pluralité des opinions ! Triste sort que celui des journalistes qui exercent dans ces médias et qui se trouvent à chaque fois frustrés de ne pouvoir exprimer au grand jour leur attachement aux principes professionnels et à la déontologie ! Pauvre citoyen tunisien qui, 53 ans après l’indépendance de son pays, se trouve encore soumis au diktat de la voix et de la pensée uniques ! Mais avec cette différence qu’aujourd’hui, il peut toujours assouvir sa soif d’élections libres par procuration, en se projetant dans d’autres univers bien éloignés du nôtre, par le truchement des chaînes satellitaires !

Comment peut-on parler de médias autonomes et de journalistes libres et indépendants quand les principaux canaux d’émissions et de diffusion sont tous accaparés par l’appareil de l’Etat/parti ? Comment peut-on garantir au citoyen tunisien le droit de pouvoir accéder sans discrimination aux médias et de s’exprimer en toute liberté, en l’absence de toute instance - publique - réellement autonome et crédible aux yeux de tous ? Quel sens peut-on encore donner aux mots « élections libres, équitables, honnêtes, loyales… » alors que les règles de la compétition, les mécanismes de supervision, le pouvoir d’interprétation des lois, la couverture et le traitement médiatiques… se trouvent tous entre les mains d’une même partie, qui accapare déjà tous les rouages de l’Etat et qui exerce sa mainmise sur les médias ? Amère réalité que nous soyons encore acculés à débattre des conditions minimales exigées pour que les élections se déroulent librement et dans la transparence, et qui nous ramène au triste souvenir de celles de novembre 1981, au lieu de nous attaquer aux questions de fond en opposant les différents projets de société des candidats en lice !

Les partisans de la non participation sont plus que réconfortés par cette douloureuse réalité qui se perpétue, et Ahmed Brahim lui-même ne cesse de proclamer son refus de voir sa participation servir de décor à un simulacre de compétition !

Ce quoi est réconfortant, c’est de voir des voix de plus en plus nombreuses et résolues s’élever pour dire d’une manière de plus en plus ferme : « Çà suffit ! »

Ainsi, des signes de tels changements apparaissent chez des journalistes, qui affirment, haut et fort, à travers leur syndicat, leur refus à toute instrumentalisation et surtout, leur ferme volonté de dénoncer toutes les dérives et les atteintes à l’honneur de la profession. Nous rendons hommage au courage de ces journalistes et leur réaffirmons toute notre solidarité : leur mouvement peut être le précurseur des changements démocratiques profonds auxquels nous aspirons tous pour notre pays.

LC

SPIP | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
Habillage visuel © Andreas Viklund sous Licence free for any purpose