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Précarité de la presse d’opposition indépendante.

mardi 5 mai 2009

Larbi Chouikha

En cette journée mondiale de la liberté de la presse, il nous échoit de méditer, tant soi peu, sur le sort réservé, aujourd’hui, à la presse de l’opposition indépendante dans le paysage médiatique du pays et précisément, dans notre espace public. En d’autres termes, il s’agit de nous interroger sur la manière dont celle-ci s’efforce de se déployer en dépit des nombreux obstacles qu’elle rencontre et surtout, de la manière dont l’Administration publique et ses responsables la traitent, en comparaison au traitement réservé aux autres médias .

Or, un regard rétrospectif sur cette même presse d’opposition, mais dans les années 1980, nous permet de nous remémorer que celle-ci était animée par des journalistes et des intellectuels qui brillaient par leurs écrits au style percutant, par des enquêtes audacieuses, par la diffusion de pétitions et de communiqués de dénonciations en tous genres… !

A titre d’exemple, notre journal « Attariq » s’était fait remarquer dès 1983 par des investigations journalistiques qui avaient débouché sur des révélations de scandales nationaux portant sur des cas de malversation, de détournement ou de dilapidation des derniers publics… ! Bien évidemment, notre journal payait le lourd tribut de son audace en subissant régulièrement des saisies et des interdictions. Mais dans le même temps, ses rédacteurs et ses militants s’en enorgueillissaient et des mouvements de solidarité spontanés, impliquant les organisations politiques et de la société civile de l’époque, se formaient aussitôt ! Dans ce même ordre d’idées, il faut de même avoir en mémoire les débats d’idées contradictoires impulsés par les journaux de l’opposition - de l’époque - auxquels se joignaient souvent des personnalités de tous les horizons, et pas nécessairement des opposants irréductibles au pouvoir de Bourguiba.

Et le débat qui s’instaurait n’opposait pas nécessairement les partisans de l’opposition à ceux de l’élite dirigeante, mais s’articulait et se déployait au gré des questions de l’actualité du moment, de la question de la démocratie à celle de l’autonomie syndicale, de la politique étrangère du pays à la préservation de ses acquis modernes et progressistes… Et il n’était pas rare aussi que des convergences apparaissent sur des questions cruciales pour notre devenir national.

Même un média public comme la télévision nationale organisait de temps à autre des débats contradictoires auxquels étaient conviés des opposants notoires face à des dirigeants résolus. Le ton était certes vif, parfois même très vif, mais cela ne dérapait guère eu égard des limites que chacun se fixait. Le public était ravi et notre télévision - nationale - se réconciliait le temps de ces débats avec son audience nationale.

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? L’Administration publique devient frileuse aussitôt qu’un journaliste qui exerce dans un de ces titres la sollicite, le responsable préfère tourner la tête que de répondre - ouvertement - aux questions qui lui sont posées, la quête d’un document officiel, pourtant public, en principe, se transforme, en ce cas d’espèce, en une denrée très précieuse, les médias nationaux, tant publics que privés, feignent de nous ignorer, nous rayant complètement du paysage politique… Au silence des sources officielles, s’ajoutent les surprises désagréables engendrées par une « mauvaise » distribution du journal ou carrément, parfois, par une « non diffusion » qui prend des allures de saisie déguisée-quand il ne s’agit pas d’une véritable saisie- et dont les tenants et les aboutissants nous échappent complètement, le plus souvent.

De surcroît, pour cette presse militante, les temps, aujourd’hui, sont plus que difficiles ! Les journalistes audacieux et les intellectuels intrépides se font rares, n’osent plus s’afficher publiquement, ont souvent recours aux pseudonymes et pour cause… !

Par conséquent, le bouillonnement intellectuel et les débats passionnants des années 1980 tendent à se diluer dans les mœurs dominantes d’aujourd’hui, où se mêlent retenue excessive et prudence anesthésiante, le tout sur fond de « pensée unique » ! Le constat, c’est que les titres de l’opposition indépendante se trouvent confinés dans un espace très étriqué, tout hérissé de balises souvent infranchissables, en plus des nombreuses embûches, parfois insaisissables, qui se dressent de partout. En fait, dans le contexte d’aujourd’hui, la presse de l’opposition indépendante se trouve, malgré elle, face un véritable dilemme : soit elle succombe aux charmes du clientélisme d’Etat, au risque de perdre toute sa crédibilité , soit elle est condamnée à rester à la lisière, c’est-à-dire marginale, infréquentable, voire « pestiférée » ?

Pour nous, la réponse est sans appel et ne fait pas l’ombre d’un doute : nous essayons constamment d’éviter ce dilemme stérile, nous défendons farouchement notre indépendance, tout en essayant de refuser la marginalisation : dans cet effort, il est évident que nous avons énormément besoin du soutien constant de nos lecteurs.

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