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Traduction du discours intégral d’ Ahmed Brahim du 22-03-2009 à El Hamra :

Je suis résolu à entrer avec le candidat du pouvoir dans une compétition d’égal à égal

jeudi 2 avril 2009

Chers amis,

Mesdames et Messieurs,

Merci à vous tous pour votre sympathie ; merci d’être venus aussi nombreux ! Votre présence massive à cette réunion montre que le désespoir que certains veulent installer dans les esprits ne s’est pas insinué dans vos cœurs et n’a pas atteint votre grande combativité ni entamé votre détermination à relever les défis quelle qu’en soit l’ampleur.

Merci aux journalistes et aux représentants des médias et à la télévision tunisienne que nous n’avons pas vue dans nos réunions et manifestations depuis le siècle dernier et j’espère qu’elle ne se contenteras pas de diffuser quelques séquences muettes qui durent quelques secondes.

Merci à toutes celles et tous ceux qui se sont adressés à vous avant moi - militants non organisés et représentants des partis, tous unis au sein de l’Initiative Nationale pour la Démocratie et le Progrès – et à qui j’exprime ma reconnaissance pour leur décision de faire leur ma candidature aux élections présidentielles et la confiance qu’ils ont placée en moi en tant que porte-drapeau de l’Initiative et porte-voix de toutes les militantes et militants attachés aux valeurs de liberté, de modernité et de progrès, ainsi que de toutes les femmes et de tous les hommes de notre patrie, désireux de vivre comme des citoyens libres dans une patrie libre et une société juste !

Cette réunion est celle du coup d’envoi sérieux de notre bataille commune pour faire des prochaines élections soient une occasion sérieuse pour commencer le passage du verrouillage de la vie politique à la démocratie.

C’est dans ce but que nous avons décidé de participer à ces élections tout en étant pleinement conscients des difficultés que présente ce combat du fait de la détériorisation que connaît la situation politique nationale à cause de l’accumulation des signaux négatifs, notamment l’entêtement de certains partisans du blocage et fanatiques du statu quo à vouloir faire de ces élections une simple réédition des consultations précédentes.

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Parmi les indices de l’entêtement des ultras du blocage, il y a cette campagne électorale anticipée qui se déroule depuis près de deux ans ; ce discours de plus en plus fréquent qui martelle qu’il n’existe pour les électeurs qu’un choix et un seul ; cet envahissement croissant des espaces publics et cette monopolisation continue des médias nationaux au service d’une propagande unilatérale. Tout cela a lieu alors que se poursuivent les restrictions sur notre liberté de mouvement et notre activité politique à nous et aux autres partis d’opposition par notre exclusion des moyens d’information, par l’interdiction qui nous est imposée sous divers prétextes de tenir nos réunions dans les salles publiques. Par les entraves imposées à notre presse, par la nouvelle atteinte que le pouvoir s’apprête à porter à notre droit à l’expression même pendant les quelques jours de la « campagne électorale » en présentant un projet de loi imposant la censure préalable aux interventions des candidats à la radio et à la télévision... Sans parler du refus d’introduire le moindre changement positif sur les diverses modalités et les divers textes qui semblent avoir été minutieusement conçus pour vider le processus électoral des conditions minimales de compétition, d’objectivité et de transparence.

Malgré tout cela, nous avons décidé la participation dans un esprit militant car nous refusons la dualité que certains semblent vouloir nous imposer, en nous plaçant devant une curieuse alternative : soit accepter de marquer notre présence comme des figurants ou des sortes de fantômes dans un spectacle au scénario et à la mise en scène tout à fait médiocres ; soit rester dans nos locaux où nos maisons à assister impuissants à une opération qui s’apparente davantage à une caution ou un plébiscite qu’à une élection libre et crédible !

Cette dualité, nous la refusons catégoriquement, car nous refusons la soumission au désespoir. Nous refusons la renonciation à notre droit de participer, en tant qu’opposition indépendante, à inscrire dans les faits la réforme politique, à réaliser le tournant démocratique et à défendre, dans ce but, le droit des Tunisiennes et des Tunisiens de décider de leur destin et de celui de leur pays en exerçant pleinement leur droit de choisir leurs représentants en toute liberté.

Nous avons décidé la participation parce que nous autres, au sein de l’Initiative Nationale, nous ne sommes pas des impuissants, parce que notre rôle n’est pas de nous contenter de protester contre la répression, l’autoritarisme et l’injustice sociale malgré l’importance d’une telle protestation : notre rôle est d’agir pour influer sur le cours des choses, non de nous mettre sur le bas-côté ou de nous asseoir dans un coin et de dire « nous boycottons ! ». Ce que certains appellent « le choix du boycottage » ne saurait être autre dans le moment présent qu’un appel à se replier sur soi, dans l’isolement par rapport à la société, cette société où l’accaparement de toute chose par le pouvoir et les expériences répétées d’élections vidées de toute crédibilité ont poussé la majorité à se désintéresser de la chose publique !

Chers amis,

Nous avons décidé de participer à cette bataille dans un esprit militant parce que nous refusons la confiscation des élections par le pouvoir et son parti, parce que nous voulons donner aux urnes toutes leur crédibilité. C’est pour cette raison que la priorité des priorités est aujourd’hui pour nous la lutte pour garantir les conditions politiques, juridiques et pratiques qui permettent aux prochaines élections de se dérouler dans une atmosphère de libre compétition, d’égalité entre les candidats et de respect de la liberté des électeurs et des résultats du scrutin, loin de toute manipulation et de tout truquage.

Tel est l’enjeu principal que nous voulons nous employer dès à aujourd’hui gagner ; c’est aussi l’enjeu que nous voulons que notre pays gagne dans la diversité de ses sensibilités et de ses orientations.
C’est pourquoi nous sommes prêts à discuter de cet objectif national pressant avec toutes les parties concernées sans exception, qu’elles soient dans l’opposition ou au pouvoir, car nous pensons que la persistance de la manière actuelle de traiter le dossier électoral n’est dans l’intérêt de personne, encore moins dans l’intérêt du pays.
A ce propos, je voudrais, du haut de cette tribune, réagir à ce qu’a dit le chef de l’Etat dans son discours d’avant hier à propos de sa volonté de faire de sorte que les prochaines élections soient « une étape politique privilégié dans l’histoire du pays » et de fourni aux partis légaux, au pouvoir et dans l’opposition, tous les moyens et toutes les possibilités pour qu’ils assument leur rôle dans la préparation de leurs campagnes électorales ».

Je suis entièrement d’accord avec cette volonté clairement exprimée et j’appelle à sa traduction dans les faits. Je pense qu’il n’est pas trop tard pour tirer les leçons des expériences du passé et rompre avec leurs caractéristiques négatives dans le sens positif, de sorte que les prochaines élections puissent constituer effectivement une étape privilégiée dans l’histoire de la Tunisie, c’est-à-dire une étape radicalement différente de tous les rendez-vous électoraux précédents et une réelle occasion pour concrétiser sur le terrain la démocratie et le pluralisme.

Pour ce faire, je propose que soit constituée tout de suite une commission nationale ouverte à toutes les parties concernées et présidée par une personnalité indépendante choisie par consensus et ayant pour fonction de présenter les propositions juridiques et politiques et les modalités pratiques pour la refonte fondamentale du système électoral. Je demande aussi la levée des entraves qui empêchent l’activité normale des partis, et l’ouverture dès maintenant des moyens d’information nationaux aux divers candidats et aux divers partis et courants pour qu’ils fassent connaître à l’ensemble des citoyens leurs points de vue et leurs programmes. Il est également urgent que soit retiré le projet de loi relatif à la censure préalable des interventions des candidats pendant la campagne électorale, parce que c’est un projet qui est en contradiction totale avec les intentions récemment exprimées.

D’autre part il ne fait aucun doute que, pour réussir à faire des prochaines élections une étape vraiment privilégiée dans l’histoire de notre pays, il est nécessaire et urgent d’assainir le climat politique en prenant des mesures audacieuses et globales à même de substituer à la méthode sécuritaire un traitement politique des questions qui se posent au pays. Parmi ces mesures, je citerai en particulier : la libération des prisonniers d’opinion, notamment les prisonniers du Bassin minier, et tous ceux qui ont été jugés pour des raisons politiques ; la promulgation de l’amnistie générale ; la levée des restrictions sur l’exercice de la liberté d’expression et de la liberté d’organisation et d’activité indépendante des divers partis et associations ; la solution juste des affaires pendantes – dont celle de la Ligue de Droits de l’Homme ; la cessation des tentatives de domestication de l’UGET ; la séparation entre les structures du parti au pouvoir et les organes de l’Etat.

Ceci en plus d’autres mesures et dispositions immédiates susceptibles de mettre fin à l’atmosphère de peur et de pousser les citoyens à sortir de leur indifférence et à participer activement à la vie politique.

Quoi qu’il en soit, nous continuerons le combat pour que les prochaines élections soient l’amorce véritable de la réalisation du tournant démocratique, objectif qui constitue une nécessité nationale trop longtemps différée et qui ne peut plus souffrir aucun retard.

Chers amis, Mesdames et Messieurs,

C’est pour agir en vue de faire des prochaines élections l’occasion pour notre pays d’accomplir un pas décisif sur le chemin du tournant démocratique dans toutes ses dimensions politiques, économiques, sociales et culturelles ; c’est dans ce but que j’ai l’honneur d’annoncer mon intention de présenter ma candidature à la présidence de la République. Cette candidature, je voudrais dire en toute clarté qu’il ne doit venir à l’esprit de qui que ce soit, où qu’il soit, qu’l s’agit une candidature symbolique ou purement formelle. Je suis fermement résolu à entrer avec le candidat officiel du pouvoir dans une compétition d’égal à égal, malgré cet état où se trouve la situation politique et l’absence quasi totale de la moindre égalité des chances et le déséquilibre patent du rapport des forces. Car on est dans une sorte de compétition pour une course des cent mètres dans laquelle un des compétiteurs se place d’emblée à dix mètres ou moins de la ligne d’arrivée et place son concurrent à la ligne de départ, puis lui dit : « à vos marques ! »
Je suis déterminé à entrer dans une compétition d’égal à égal, dans une démarche qui est celle de la responsabilité et du dialogue civilisé, ce dialogue auquel nous avons constamment appelé, mais sans résultat ! Ma méthode sera celle du dialogue qui évite les considérations personnelles, les surenchères démagogiques et toutes formes de jugements absolus qui ne voient que les aspects négatifs et ferment les yeux sur ce qu’il peut y avoir de positif.

Je débattrai de manière argumentée sur la base d’une approche qui ne se cantonne pas dans l’opposition mais présente des propositions fondées pour traiter les déficiences et résoudre les problèmes nationaux à partir d’une vision alternative globale adossée à notre projet démocratique, moderniste intégral.

Les caractéristiques de ce projet réformateur intégral sont bien connus de vous, et elles sont détaillées jusqu’à un certain point dans la déclaration de l’Initiave Nationale pour la Démocratie et le Progrès que vient de lire, maître Ben Moussa, président de la réunion. Les camarades qui ont parlé avant moi ont évoqué plusieurs points de notre projet, que nous allons nous employer à mieux élaborer et préciser davantage afin de le transformer en un programme détaillé, et ce dans le cadre des forums, des ateliers de réflexion et d’action et des commissions régionales et sectorielles qui cerront le jour après cette réunion. Ce sont des structures ouvertes à votre participation à tous, à celle de toutes les compétences et toutes les énergies, plus largement, à toutes les citoyennes et tous les citoyens qui partagent nos orientations modernistes, démocratiques et progressistes, fût-ce dans leurs grandes lignes.

C’est pour cela que je n’insisterai pas davantage. Il suffit que je vous dise avec force : Nous vaincrons !

Chers amis,

Je m’étonne que certains journalistes, quand on leur laisse la latitude de m’interviewer, me posent la question : « Votre objectif dans ces élections, est-il électoral ou politique ? ». Curieuse question et curieuse dualité que je n’ai vues nulle part ailleurs... Comment des élections peuvent-elles être politiques sans avoir d’objectif électoral ? Comment peuvent-elles être « électorales » sans avoir d’objectif politique ?
La vérité est que certains ultras du blocage politique semblent avoir réussi à inoculer l’idée, intériorisée par pas mal de monde, selon laquelle le challenge est impossible.

Le challenge est possible. Quant à moi, je défendrai mon programme, le programme de l’INDP, avec toute la vigueur, toute l’audace et toute la détermination dont je dispose. J’ai pleine confiance en notre capacité de vaincre, en notre capacité de réussir à faire bouger les choses, à insufler l’esprit combatif, à mobiliser les bonnes volontés et à donner à notre peuple des raisons d’espérer ! Une Initiative telle que la nôtre, qui a commencé de cette manière, avec ce succès, ne peut avoir qu’un avenir prometteur, car le peuple attend – malgré toutes les déceptions qu’il a connues. Il attend que voie le jour dans le pays une force unie et responsable qui ne nie pas les acquis mais veut les défendre et leur garantir la pérennité contre les risques de dérapage et de régression, risques qui viennent non seulement de ceux qui instrumentalisent la religion politiques, mais aussi de la manière dont sont gérées les affaires du pays sous le régime politique actuel. Jusqu’à tout récemment nous entendions des analyses à propos de ce qu’on appelle le « paradoxe tunisien », c’est-à-dire le fait que la Tunisie se trouve parmi les pays en développement de tête pour ce qui concerne l’économique et le social tout en étant parmi les pays en queue du peleton pour ce qui est du développement politique, ceux dont le système politique est encore arriéré. Aujourd’hui, notre pays se trouve à la croisée des chemins non seulement sur le plan de la situation politique caractérisée par l’absence de perspective de changement démocratique, mais aussi sur le plan économique et social. En effet la relation entre les deux plans est une relation dialectique : il n’y a pas de développement susceptible de durer sans démocratie, et pas non plus de démocratie véritable qui ne soit fondée sur la justice sociale ! Dans la conjoncture actuelle marquée par cette crise économique mondiale qui s’étend, nous ne devons pas croire que nous sommes à l’abri de ses conséquences, surtout que nous sommes déjà face à de nombreux problèmes sans précédent dans notre histoire, comme le chômage des diplômés, ou ce déséquilibre devenu insupportable entre les régions du pays, ou encore la stagnation des investissements, qui est la cause de tous les problèmes sociaux, y compris ceux de l’enseignement, de la santé, etc. En effet, le facteur principal à même d’impulser les investissements, c’est l’existence d’un climat politique qui soit un climat de confiance, lequel suppose que la transparence soit totale, que la loi soit au-dessus de tous, qu’il puisse être demandé à tous ceux qui exploitent leur proximité des centres de décision pour assurer un enrichissement rapide aux dépens de l’intérêt national. C’est la souveraineté de la loi et son application égale à tous, quels que soit leur proximité ou leur éloignement par rapport au pouvoir qui est le meilleur moyen de rétablir la confiance chez les investisseurs !

Pour terminer, je voudrai dire seulement une chose.

Une Initiative nationale comme la nôtre, qui possède ce degré d’unité et d’ouverture, ces énergies enthousiastes et loyales, ces cadres expérimentés, en plus des milliers de militantes et de militants qui vont nous rejoindre. Une telle force, dis-je et capable de contribuer d’une manière marquante à la réalisation du changement démocratique véritable dans l’intérêt de notre patrie et de notre peuple. En tout cas, nous autres militants habités par le souci de servir note pays, nous avons le souffle long, et le souffle de notre détermination est bien plus long encore !!

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