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Le Sommet du G20 : un échec annoncé ?

samedi 21 mars 2009

Slim Ben Taleb

C’est le 2 avril à Londres que vont se retrouver les chefs d’Etats et de gouvernement des 20, connu aujourd’hui sous le vocable du G20, pour se pencher sur le sort de l’économie mondiale après ce tsunami financier et les ravages qu’il a laissés dans l’économie mondiale. Cette réunion est très attendue à plusieurs titres. D’abord, c’est la première vraie sortie de ce nouveau directoire de l’économie mondiale depuis le début de la crise.

Certes, il y a eu le premier sommet du 15 novembre dernier, qui était une sorte de prise de contact entre les responsables de ces pays. Ils n’ont pas pris de décision. Ils se sont plutôt limités à indiquer des pistes de travail et de réflexion pour leurs experts et leurs ministres des finances qui devaient leur proposer des pistes pour des solutions. Donc, ce sommet de Londres est important dans la mesure où les pays doivent prendre des résolutions et montrer à une opinion publique internationale inquiète et à des marchés aux bords de la crise de nerfs qu’ils sont décidés à agir de manière forte pour faire face à la crise.

Ce sommet est aussi attendu car beaucoup avaient pronostiqué l’incapacité de ce directoire à prendre des décisions et de les mettre en œuvre, dans la mesure où il regroupe des pays que rien ne rassemble et qu’il serait difficile, par conséquent, de construire des consensus entre les pays émergents et les puissances économiques traditionnelles.

D’autres n’ont pas hésité à mettre en avant le manque de légitimité d’un groupe qui s’est autoproclamé comme directoire d’une économie mondiale en pleine déroute après le passage de ce tourbillon financier. Beaucoup avaient d’ailleurs suggéré de revenir aux Nations Unies et de mettre en place le G192, du nombre des pays membres de l’organisme onusien, qui sera représentatif de l’ensemble des pays de la planète. D’ailleurs, Ban Ki Mon, le Secrétaire Général des Nations Unies, n’a pas hésité à mettre en place un comité d’experts présidé par le très volubile prix Nobel d’économie et critique véhément de la globalisation, Joseph Stiglitz. Ce Comité devra remettre au Secrétaire Général un rapport sur la refonte de l’architecture internationale qui servira à réunir un sommet des Nations Unies sur cette question. Une guerre de légitimité s’annonce entre le G20 et le G192 !

Pour ces raisons, le prochain Sommet du G20 sera suivi avec beaucoup d’attention par tous. Et beaucoup ne cachent pas leurs inquiétudes quant à l’échec de ce sommet du fait d’un ordre du jour complexe et sujet à débats, et parfois à controverses. Certains n’hésitent pas à évoquer l’ombre de la Conférence de Londres de 1933 et son échec, suite au départ prématuré du ministre américain des finances qui a été à l’origine de la plus grande déflation dans l’histoire avec une explosion du chômage et de la misère. Beaucoup ne sont pas prêts d’oublier que le désespoir et la détresse ont conduit aux aventures les plus folles et ont ouvert notre monde à la haine de l’Autre.

Ces inquiétudes se sont renforcées ces derniers jours par les divergences qui sont apparues entre les différents pays dans le cadre des travaux préparatoires de ce Sommet. Il faut souligner que deux questions essentielles seront à l’ordre du jour du sommet : la relance de l’économie mondiale et la définition d’un nouveau cadre réglementaire du fonctionnement des marchés financiers afin de mettre fin aux excès qui ont conduit à ce tourbillon financier sans fin, nourri par les prises de risques démesurés sur les marchés financiers. Or, cet ordre du jour fait l’objet de controverses très fortes entre les Etats-Unis et la Grande Bretagne d’un côté, et les pays européens de l’autre. Pour ce qui est des plans de relance, les Etats-Unis, forts d’un plan ambitieux de 787 milliards de $, estiment que l’Europe doit faire plus et que la sortie de crise n’est pas possible sans une véritable relance concertée au niveau global. Ainsi, Larry Summers, le conseiller économique du Président Obama, indique dans une interview au Financial Times que "le G20 doit se concentrer sur la demande mondiale. Le monde a besoin de plus de demande et d’une action extraordinaire des pouvoirs publics". Même son de cloche de la part de Alistair Darling, le ministre britannique des finances, qui souligne dans une tribune au quotidien britannique The Guardian, que vingt-sept pays européens se sont engagés, lors du Sommet du G20 le 15 novembre dernier à Washington, à définir des plans de relance à la hauteur de 1,5% du PIB et qu’ils "devraient être préparés à en faire davantage".

Or, les pays européens ne sont pas du même avis et viennent de lancer une fin de non recevoir aux Américains et aux Britanniques. Ainsi, Jean Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, a déclaré à la suite de la réunion des ministres des finances des pays européens tenue le 9 mars à Bruxelles que "les récents appels américains consistant à exiger des Européens un effort budgétaire supplémentaire ne nous conviennent pas, dans la mesure où nous ne sommes pas prêts à augmenter les paquets conjoncturels que nous avons ficelés". Plusieurs raisons expliquent la position européenne. La première est liée à une analyse et à des prévisions différentes et les Européens estiment que la sortie de la crise devrait se situer en 2010. Jean-Claude Trichet, le patron de la Banque Centrale européenne, affirme "nous disposons d’un certain nombre d’éléments qui laissent penser que nous approchons du moment où nous aurons un redressement". Par ailleurs, les Européens et la BCE, dont la philosophie est plus marquée par la lutte contre l’inflation et les déséquilibres, ne cessent de rappeler que ces plans de relance ambitieux seront à l’origine d’un accroissement de l’endettement public. Enfin, les Européens ajoutent l’argument que l’Etat providence est moins développé aux Etats-Unis qu’en Europe, et que, par conséquent, les Américains doivent mettre plus d’argent pour venir en aide à leurs système de santé, d’éducation et de protection sociale.

Donc, les divergences s’expliquent par l’opposition entre le volontarisme américain et la prudence européenne. Pas aussi simple ! Car certains observateurs pensent que si les Américains mettent l’accent sur les programmes de relance, c’est pour passer sous silence les questions du renforcement de la réglementation et des contrôles sur les marchés financiers ! Donc, Américains et Britanniques ne seraient pas revenus de leur croyance dans la suprématie et le rôle du marché, en dépit de la débâcle sans précédent et des déclarations fracassantes sur le retour de l’Etat. Or, c’est là que les Européens estiment qu’ils en ont assez de subir les aventures et les risques pris par les agents financiers et es banques américaines, et estiment qu’il faut saisir cette occasion pour en finir une fois pour toute avec le néo-libéralisme anglo-saxon ! Du coup, pour les Européens, la priorité doit aller à la réglementation car les plans de relance aussi ambitieux ne changeront rien au problème si les règles, les standards n’ont pas changé pour tordre le coup au marché !
Ainsi, il apparaît clairement que le prochain sommet du G20 sera animé ! Certes, les divergences portent sur des questions de politique économique, mais elles renvoient à des sujets plus importants et d’ordre philosophique entre le laisser-aller et la croyance dans la liberté individuelle en Angleterre et en Amérique, et la régulation et le rôle de la puissance publique dans la vieille Europe. Au final, dommage que les questions liées au développement, qui nous concernent directement, ne fassent pas l’objet d’un débat aussi passionné !

Slim Ben Taleb.

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