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Journée Mondiale de la Femme 2009 :

La politique et les femmes

samedi 14 mars 2009

Neila Jrad

Selon le rapport UNIFEM, le progrès des femmes dans le monde 2008-2009 intitulé « Qui est responsable envers les femmes » bien que la participation des femmes à la vie politique tend à augmenter un peu partout dans le monde, elle demeure encore extrêmement faible et varie selon les régions, les régimes politiques, l’ethnicité ou la religion.

A titre d’exemple, ce sont les états arabes qui, selon ce rapport, ont le taux de représentativité parlementaire féminine le plus bas du monde (10%) et cela ne saurait surprendre : le manque de démocratie et la mauvaise gouvernance d’une part, la force des conservatismes religieux et patriarcaux d’autre part constituent en effet un des obstacles majeurs à la participation des femmes à la vie politique, à la prise en charge par elles de postes de décision et de responsabilité. à l’exercice d’une citoyenneté pleine et entière.

Depuis 2002, la Tunisie (avec l’Algérie, la Jordanie, le Maroc), appliquent à l’assemblée nationale une politique de quotas en faveur des femmes ce qui a fait passer la représentation parlementaire des femmes de 6,7% en 1997 à 22,8% en 2008. Mais cela est-il suffisant pour affirmer que les femmes tunisiennes participent plus qu’il y a dix ans à la vie politique de notre pays, occupent plus qu’auparavant des postes de décision, voient leurs revendications mieux entendues et mieux portées par les programmes politiques des partis, davantage prises en compte dans les décisions de l’Etat ?

Selon l’étude menée par le Collectif Maghreb Egalité sur le « degré d’adhésion des tunisiens et tunisiennes aux valeurs égalitaires » (mars 2008), la participation des deux sexes à la vie politique et associative est faible mais ce sont les femmes qui ont les pourcentages les plus bas : seules 9% des femmes sont adhérentes d’ associations et 10% de partis politiques contre respectivement 25% et 20% des hommes, elles participent au syndicats avec 13% alors que les hommes représentent 32% Les raisons essentielles invoquées par les hommes et les femmes sont le manque d’intérêt et de volonté ; les femmes y ajoutent le manque de temps et d’expérience de la vie politique.

Féminisation syndicale et machisme dirigeant

Selon un rapport de synthèse sur la participation des femmes à la vie économique, politique et syndicale présentée récemment par Madame Radhia Belhaj Zekri dans le cadre d’un colloque de L’USTMA sur « Réforme et syndicalisme dans la région du Sud de la Méditerranée », l’auteure signale « l’entrée massive des femmes dans le secteur de la production et des services au point que l’on a pu parler d’une féminisation de certains de ces secteurs ». En dépit de cela sur les 24,2% qui sont syndiquées seules 13,2% sont présentes dans les délégations et 3,7% dans les fédérations. Ce qui tend à montrer que plus on s’élève dans la hiérarchie syndicale plus la participation des femmes s’affaiblit jusqu’à devenir quasi inexistante. Ainsi aucune femme ne figure ni dans le bureau exécutif de l’UGTT ni dans son bureau exécutif élargi. En 2007, elles ne représentaient que 1,8% dans les syndicats nationaux (en baisse depuis 2004 où le taux était de 2,1%), 0,8% dans les fédérations sectorielles, 1,3%dans les unions régionales et 0,15% dans les unions locales.

Les facteurs qui peuvent expliquer ces pourcentages infimes de participation des femmes dans les structures de décision de l’UGTT sont sociaux et culturels, estime-t-on dans le rapport de synthèse cité : sociaux, car les femmes prisonnières de la double journée de travail ne peuvent dégager que peu de temps voir aucun pour l’activité syndicale ; pour les quelques rares qui le pourraient, c’est une triple journée de travail qu’elles devront affronter ; culturels, car l’espace syndical est considéré par les hommes et les femmes comme un espace masculin, porteur de surcroit d’une vision patriarcale et dévalorisante des femmes d’où la difficulté pour les femmes de marquer leur présence dans cet espace mixte. L’enquête du Collectif de son coté, dégage que si une majorité des syndicalistes voteraient pour une femme, « ils la verraient plutôt dans un syndicat local (55%) à la limité régional (28%) et seule une minorité de 17% envisagerait son accès au Bureau exécutif ». Ce machisme ambiant de l’univers syndical qu’illustrent bien les horaires et la durée des réunions ainsi que la présence de courants conservateurs hostiles à la participation des femmes et le fonctionnement peu démocratique des structures éloignent les femmes de l’activité syndicale.

Or, ce sont les femmes qui sont, en période de récession et de mondialisation, les premières victimes de la crise : en effet, la précarisation des travailleuses du fait du chômage et des licenciements abusifs, des bas salaires et des mauvaises conditions de travail sans parler des violences dont elles font l’objet sur le lieu de travail, sont autant d’éléments qui tendent à remettre en cause leur droit au travail . Face à cette situation, la Commission de la femme travailleuse, limitée dans ses prérogatives puisqu’elle n’a qu’un rôle consultatif, ne peut porter la revendication de celles qu’elle représente et l’appareil syndical, malgré certaines avancées, a encore du mal à intégrer les luttes pour la défense des revendications spécifiques des travailleuses dans son programme revendicatif.

La vie politique et les femmes

Selon l’étude du Collectif citée plus haut, les tunisiens et tunisiennes seraient favorables à la participation des femmes à la vie politique et les jugeraient capables de se présenter aux élections dans les municipalités, les parlements et les syndicats mais seule une femme sur trois choisirait de se présenter : « les deux tiers s’y refusent ou bien à cause de leur niveau d’instruction, ou parce qu’elles se considèrent comme peu compétentes ou tout simplement parce qu’elles ne s’intéressent pas à la politique ou par manque de disponibilité ». Cela semble bien signifier que, selon les représentations que les femmes et les hommes en ont, la participation des femmes à la vie politique semble réservée à une élite féminine instruite, compétente en politique et relativement disponible par rapport aux contraintes que la société fait peser sur les femmes.

Cette représentation montre bien le déficit de citoyenneté qui pèse particulièrement sur les femmes, du fait non seulement du manque de démocratie qui touche l’ensemble du peuple tunisien mais aussi de l’instrumentalisation que l’idéologie dominante à toujours fait des femmes : requises depuis des décennies pour déposer un bulletin de vote dans une urne quand les hommes de la famille ne le dépose pas à leur place, les femmes ne sont pas interpellées par les programmes politiques parce qu’ils ne s’adressent pas à elles, parce qu’elles ne participent pas à leur élaboration et parce que l’espace politique leur demeure encore une sphère peu accessible en raison des archaïsmes et des représentations dévalorisantes qui pèsent sur elles et qui font obstacle à leur participation effective à l’espace public mixte.

Cela explique en partie importante la faiblesse de la participation des femmes dans les partis politiques et particulièrement dans leurs structures dirigeantes.

Les militantes des droits des femmes et les partis politiques

Les militantes des droits des femmes qui appartiennent à cette catégorie de femmes instruites dont il était question plus haut susceptible d’investir la scène politique ont, elles aussi, une réticence certaine à s’engager dans les partis politiques même s’ils s’inscrivent dans un projet démocratique et moderniste. Mais il serait erroné de croire qu’elles n’investissent pas la vie politique pour autant. Désirant participer au changement social, elles se passionnent certes peu pour les programmes politiques des partis alors que, par ailleurs, elles entament des luttes parfois très dures au sein des associations autonomes de femmes (en faveur de l’égalité des droits ou de la lutte contre les violences sexistes par exemple) ou en toute indépendance par leurs écrits pour défendre leurs droits de femmes et leurs droits citoyens. Le combat mené par les militantes des droits des femmes, à titre individuel ou associatif, est un combat éminemment politique car les changements sociétaux que leurs revendications induisent, la volonté de remise en cause des rapports de pouvoir qui s’exercent sur elles dans le cadre d’une société très patriarcale, sont porteurs d’une transformation de la société tout entière et des rapports qui la régissent ; Ce sont elles qui constituent aujourd’hui le front du refus le plus ferme aux conservatismes sociaux, à l’intégrisme et à ses visées politiques.

Mais il est vrai que pour porter ce projet politique d’une société réellement égalitaire et non discriminatoire à l’égard des femmes, les programmes politiques alternatifs des partis qui s’inscrivent dans le changement social en faveur de la démocratie et de la modernité sont nécessaires dans la mesure où ils proposent un nouveau type de gouvernance. Mais un double mouvement s’impose alors : en premier lieu, les formations politiques doivent manifester une volonté clairement déclarée d’intégrer le projet égalitaire comme une composante indissociable et fondamentale de tout projet réellement démocratique et progressiste parce que les revendications des femmes ne sont pas seulement « féminines »mais concernent la société toute entière. Cela exige une participation réelle des femmes dans les instances dirigeantes pour leur permettre d’intégrer leurs revendications dans les programmes politiques et un changement de fonctionnement à l’intérieur des partis consacrant une égalité réelle entre les militants et les militantes en vue de porter la voix des femmes et leur candidature avec les mêmes atouts que les hommes ; c’est pourquoi, en second lieu, celles qui défendent les droits des femmes doivent intégrer massivement les partis politiques dont les valeurs et les référents permettent de porter les revendications d’égalité et de non discrimination ; ce qui ne signifie nullement renoncer aux associations autonomes de femmes : bien au contraire, elles peuvent constituer des groupes de pression en vue de soutenir l’action des militantes dans les partis politiques et de permettre d’orienter le débat général dans le sens d’une intégration toujours plus réelle de l’égalité et de la non discrimination dans les programmes politiques et dans l’opinion en général.

Ce double mouvement est à même de créer « la redevabilité démocratique », expression onusienne pour désigner le processus par lequel les programmes politiques sont évalués de manière égale par les hommes et les femmes et corrigés « en vue de modifier l’ordre du jour politique et de veiller à ce que les promesses faites aux femmes soient tenues ».

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