attariq aljadid

Accueil > Français > Science et Culture > Morr El Kalam : Une pièce qui porte bien son nom

Morr El Kalam : Une pièce qui porte bien son nom

dimanche 1er juin 2008

Ce n’est certainement pas la première pièce qui traite de l’expérience communiste en Tunisie. On a le souvenir encore frais de celle de Fadhel Jaibi, khamsoun. La vision de Dhafer Néji se voulait différente. Il a choisi de faire mal et de déposer un bilan négatif de cette expérience politique tunisienne. Trois personnages suffisaient pour retracer une longue expérience avec ses hauts et ses bas et surtout de la confronter à son présent. Trois personnages qu’il a choisis pour dessiner son tableau sombre et amer. Samir et Gouchi, camarades d’hier, ennemis d’aujourd’hui se disputent Rosa. Chacun d’eux défend ses choix mais finalement aucun des trois n’est gagnant.

- [fond noir][rouge]Titre de la pièce : « Morr El Kalam »[/rouge][/fond noir]
- [fond noir][rouge]Texte : Dhafer Néji[/rouge][/fond noir]
- [fond noir][rouge]Réalisation : Chadheli Arfaoui[/rouge][/fond noir]
- [fond noir][rouge]Acteurs : Wajiha Jendoubi, Taoufik El Ayeb, Foued Litayem[/rouge][/fond noir]
- [fond noir][rouge]Date : Dimanche 18 Mai 2008[/rouge][/fond noir]
- [fond noir][rouge]Lieu : Théâtre municipal de Tunis[/rouge][/fond noir]


Gouchi, resté fidèle à ses principes de communiste pur et dur, a perdu le seul enfant, Nidhal, qu’il a eu de sa liaison avec sa campagne Rosa, parce qu’ils n’avaient pas d’argent et continuent à souffrir de cette pauvreté. Même après la mort de cet enfant, Gouchi confond encore la date de son anniversaire et la date de la révolution bolchévique. Samir a choisi de suivre la tendance qui a recyclé la poésie de Chebbi en un bon morceau de danse du ventre. Samir possède un cabaret et a fait de Rosa sa principale attraction. Les retrouvailles des anciens camarades font remonter les souvenirs du passé : les manifestations à la faculté, dans la rue, les bombes lacrymogènes, la lutte ouvrière, mais aussi l’inégalité des chances et des droits, même entre camarades. Ces retrouvailles ont leur plus grand impact sur Rosa qui décide de se faire stériliser. C’est elle qui a payé le prix fort en perdant son enfant et en s’offrant chaque soir à une salle pleine d’ivrognes, avec les encouragements de Samir.

Amer est donc ce bilan, tellement amer que ça a fait mal à quelques gouchis présents dans la salle et qui ont vu dans la vision de Néji beaucoup plus un simple règlement de compte personnel qu’un essai de compréhension et d’analyse de l’échec de cette expérience. Car la fin nous a menés à l’impasse, au passé sans lendemain. Sans jouer le rôle de l’avocat du diable, pourquoi ne pas voir dans cet excès un appel à la réflexion et l’autocritique pour ne plus vivre dans le passé et pour recomposer avec le présent avec ses nouveaux défis ?

Amère est aussi la sensation que pourrait avoir le spectateur d’une autre génération, plus jeune, et qui n’a pas vécu ces événements mais chez qui on accentue ce sentiment de rupture avec le passé. Ce maillon de la chaine qui s’est perdu à un moment donné et qui a enfanté l’indifférence et une prédisposition au désengagement.

On se demande aujourd’hui où est le fruit de toute une génération qui a cru changer le visage du pays et donner aux générations futures un monde meilleur. Qu’en est-il aujourd’hui de ces grandes figures dont on nous parle quelquefois et dont on se demande s’ils ont réellement existé. Peut-être qu’on a jugé sévèrement l’effort de certains d’entre eux en mettant toutes les expériences au même niveau mais un fait est indéniable : le relais n’a pas pu être assuré et le cercle s’est enfermé au lieu de s’agrandir.

Rosa a-t-elle vu juste en se faisant stériliser ? N’a-t-on plus le droit d’espérer une nouvelle naissance épaulée par l’expérience du passé mais se donnant ses propres pas, sa propre chance ?

La Candide

SPIP | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
Habillage visuel © Andreas Viklund sous Licence free for any purpose