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Essai de contribution à la compréhension de la crise à la lumière du « Manifeste »

mardi 3 mars 2009

" Depuis des dizaines d’années , l’histoire de l’industrie et du commerce n’est autre chose que l’histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production , contre le régime de propriété qui conditionnent l’existence de la bourgeoisie et sa domination. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour périodique, menacent de plus en plus l’existence de la société bourgeoise.

Chaque crise détruit régulièrement non seulement une masse de produits déjà crées , mais encore une grande partie des forces productives déjà existantes elles mêmes. Une épidémie qui , à toute autre époque, eut semblé une absurdité, s’abat sur la société, -l’épidémie de la surproduction .La société se trouve subitement ramenée à un état de barbarie momentanée ; on dirait qu’une famine, une guerre d’extermination lui ont coupé tous ses moyens de subsistance ;l’industrie et le commerce semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance,trop d’industrie,trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le régime de la propriété bourgeoise ; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce régime qui alors leur fait obstacle ; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle,elles précipitent dans le désordre la société bourgeoise tout entière et menacent l’existence de la société bourgeoise. Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses crées en son sein. –Comment la société bourgeoise surmonte-t-elle ces crises ? D’un coté,en détruisant par la violence une masse de forces productives ; de l’autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. A quoi cela aboutit-il ? A préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir."

Cette description des crises de surproduction capitaliste faite en 1847 par K .Marx et F .Engels dans « LE MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE » montre à l’évidence l’actualité du marxisme et le caractère scientifique de l’analyse qu’il fait du système de production capitaliste, de ses contradictions et de ses limites historiques.

La crise actuelle que certains qualifient de financière et que le grand capital a tout intérêt à présenter comme le résultat d’excès incontrôlés de certains financiers et spéculateurs sans morale et sans scrupules n’est en fait qu’une nouvelle crise de surproduction,telle que décrite par anticipation dans le paragraphe cité plus haut et qui démontre une fois de plus que les forces productives ne sont plus en mesure de se développer dans le cadre des rapports de production capitalistes.
Seul le travail vivant est source de profit

Inversant volontairement la cause et l’effet,économistes et politiciens bourgeois s’entêtent à nier l’évidence à savoir que le crash financier n’est que le résultat de la saturation du marché réel, de l’épuisement de la demande solvable . Si l’immobilier ne se vend plus c’est qu’il a été construit trop de logements par rapport à la demande solvable . Si les industries automobiles et autres licencient et réduisent leurs activités c’est que la production a dépassé les besoins solvables, et ce, au niveau mondial vu l’ouverture du marché à cette époque de la mondialisation . Personne ne peut nier que seul le travail vivant est source de valeur ajoutée et donc de profit et si ce travail pouvait encore assurer un taux de profit suffisant dans le cadre du système capitaliste, le capital n’aurait aucune raison de s’en passer en licenciant et en fermant les entreprises . Bien au contraire il aurait tout intérêt à le généraliser .

Comment le capitalisme surmonte-t-il ses crises ?

« Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’un côté en détruisant par la violence une masse de forces productives ; de l’autre en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens .A quoi cela aboutit-il ? A préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir »

Cette thèse des fondateurs du Marxisme est aujourd’hui d’une importance capitale : les crises de surproduction capitaliste bien que périodiques ne peuvent se répéter avec la même acuité et se résoudre indéfiniment dans le cadre du système .Chaque crise dépassée prépare une crise beaucoup plus grave et diminue les moyens de la dépasser . Aussi est-il important aujourd’hui d’essayer de rechercher si le capitalisme dispose encore de moyens non encore exploités. Pour ce, il est à notre avis nécessaire de revenir sur l’histoire de ce système du moins depuis le début de l’après guerre.

La crise des années 70 

La politique de régulation adoptée au lendemain de la deuxième guerre mondiale et après la crise des années trente a commencé à montrer ses limites dès le début des années 70 avec une accentuation de la tendance à la stagnation, une nette augmentation du chômage, un ralentissement des investissements et même l’arrêt d’une partie de la production. Cette situation a amené les Etats-Unis à recourir à l’abandon de l’étalon Or ouvrant ainsi la voie à la domination sans partage du Dollar au niveau du commerce international et au début du capitalisme « à crédit » Cette situation nouvelle a permis aux Etats-Unis de relancer l’emploi par l’investissement dans l’industrie de l’armement et de continuer la guerre du Vietnam .Par la suite était venue la politique Reaganienne , dans les conditions de l’existence du système socialiste et a consisté à résoudre les problèmes de la crise par le déclenchement d’une nouvelle étape dans la course à l’armement et en mobilisant l’occident contre « l’empire du mal » en lançant « la guerre des étoiles » tout en renforçant par le biais du F.M.I et de la B.M le pompage des richesses du Tiers Monde . Cette fuite en avant du système capitaliste au bord de l’effondrement lui a permis non seulement de survivre mais surtout de mettre à genoux puis de détruire le système socialiste et d’éloigner ainsi l’échéance finale en trouvant de nouveaux marchés et de nouvelles sources de matières premières et d’énergie .

Toutefois cette expansion géographique du capitalisme ne pouvait à elle seule suffire à dépasser la crise qui était due non seulement à une saturation quantitative du marché mais surtout à l’accumulation du capital en particulier dans les branches technologiques de pointe qui sont incompatibles avec le système capitaliste lui-même car ne pouvant assurer le taux de profit requis et qui n’ont pu se développer dans la période de régulation que grâce à la redistribution des profits par l’état et depuis les années 70 grâce à l’abandon de l’étalon or et au pouvoir acquis par les états unis de faire de la planche à Dollars le moteur de l’économie capitaliste , ou plutôt l’ultime moyen d’en prolonger l’agonie .

L’endettement, ultime solution.

Ceux qui accusent aujourd’hui la politique d’endettement sans limite des Etats-Unis pendant ces dernières décennies sont incapables de présenter la moindre alternative à cette politique. Eux-mêmes aujourd’hui, abstraction faite de leurs déclarations concernant la « transparence » et la « moralisation » de la finance, ne font qu’appliquer cette même politique en inondant de milliers de milliards banquiers et industriels . Car en fait la politique de crédit des Etats-Unis et la spéculation financière qui en a résulté et qu’on impute à la fraction néolibérale de l’oligarchie capitaliste n’était pas un choix gratuit mais la seule et ultime solution à la crise du système. Cette politique a permis à l’économie capitaliste mondialisée de continuer à fonctionner, à investir et à produire et de retarder ainsi les effets catastrophiques de la crise et l’effondrement du système de plus de trois décennies.

Le système dispose-t-il encore de moyens pour dépasser la crise ?

Que la crise ait éclaté dans un monde caractérisé par la mondialisation capitaliste oừ toutes les frontières ont été pratiquement ouvertes pour le mouvement des capitaux et des marchandises prouve que la solution ne peut consister ni dans de nouveaux marchés ni dans une exploitation plus intensive des marchés existants . L’incapacité du système à se reproduire est le signe de l’arrivée à son terme de la contradiction entre le développement des forces productives et les rapports de production .L’accumulation du capital surtout dans les branches les plus avancées technologiquement a conduit malgré l’accentuation de l’exploitation capitaliste à une baisse du taux de profit à une limite au-dessous de laquelle il ne peut plus servir de moteur au système . La situation actuelle est le résultat de l’arrêt du cœur du système , cœur maintenu artificiellement en fonctionnement depuis des décennies d’ abord grâce à la politique « régulationniste » et une fois épuisées les possibilités de cette dernière par la planche à dollars, la politique du crédit généralisé et de la financiarisation du capital . Aujourd’hui tous ces moyens ont atteint leurs limites et le cœur s’est arrêté.

Conclusion : dangers de guerres.

Tout ce qui a précédé, ajouté à l’absence de la moindre esquisse de solution proposée par les économistes et politiciens bourgeois nous conduit à penser qu’il n’existe plus de solution à la crise et que la réanimation du système ne peut plus se faire autrement que par la destruction d’une grande partie des moyens de production et un recul de l’humanité et de la civilisation plusieurs décennies en arrière. Cette destruction ,nous y assistons déjà, elle se fait spontanément, et s’exprime par les fermetures d’entreprises , les licenciements et la régression des P.I.B .Toutefois , les défenseurs du système ne pourront résister à la tentation de l’accélérer , d’autant plus que le temps presse pour eux sachant que les travailleurs et les peuples ne pourront subir les conséquences de cette crise sans réagir et sans chercher une alternative à ce système . Consciente de ce danger l’oligarchie capitaliste n’a pas d’autre choix que la guerre pour écraser la résistance des peuples, accélérer la destruction des forces productives et créer par la régression historique des conditions favorables à une « renaissance » du système.

ABDELWAHEB BELHAJ

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