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Libre opinion :

Que se passe-t-il à la place Mohamed Ali ?

mardi 3 mars 2009

Je ne peux commencer ce papier que par un constat simple que révèle l’examen de l’actualité de ces derniers mois. Des syndicalistes croupissent en prison. Certains le seront pour une longue période. Les universitaires, toutes catégories confondues, sont en colère. Les médecins le sont également. Des mesures disciplinaires sont prononcées en rafales. On ne peut pas non plus oublier que depuis, quelques temps, des voix dénoncent, ici et là, avec des arrières pensées différentes, une gestion de plus en plus autoritaire et bureaucratique d’une organisation dont le credo unique est la défense des travailleurs. Dans ce contexte, la question est grave, mais il faut qu’on se la pose : où va la centrale des « héritiers » de Farhat Hached ?

Le syndicaliste de base qui vous écrit a intégré l’UGTT, un peu comme beaucoup d’adhérents et de responsables dans les structures de base, parce que convaincu du rôle de « l’illustre » organisation dans la préservation des intérêts des travailleurs et dans la défense des causes nobles, en particulier la cause démocratique. Nos professeurs d’histoire ont appris à beaucoup d’entre nous à quel point les générations de syndicalistes, anonymes ou reconnus et l’UGTT ont compté pour l’indépendance et pour les luttes menées dans notre pays. Une histoire qui fonde un attachement, parfois aveugle chez certains et une incapacité de formuler une critique ou une démarche novatrice. Il n’est plus possible, aujourd’hui, pour un adepte de l’idée de progrès, de ne pas se poser d’autres questions. A quoi sert le fait d’y rester ? Ce serait s’auto-flageller davantage, ruminer des déceptions, retarder une évolution, et prendre le risque majeur de cautionner des pratiques absolument anti-démocratiques. Est-ce qu’il faut envisager le grand départ ?

Le tout dernier épisode à savoir le gel du SG de l’Union régionale de Tunis et de deux de ses secrétaires généraux adjoints est tout sauf un fait anodin, il vient nous interpeller sur le fonctionnement démocratique de la centrale syndicale. En effet, les charges qui pèsent sur le SG de l’union régionale sont éminemment graves et portent atteinte à sa dignité personnelle. Ce type d’accusation peut-il être traité en interne ? La décision de geler ses activités pour 7 ans n’est t-elle pas une présomption de sa culpabilité. Certes, la commission financière ou encore la commission nationale de discipline ont compétence à procéder au contrôle pour la première des finances de l’organisation et d’instruire les cas d’infractions au règlement interne pour la seconde. Toutefois, pour pareils faits et au regard de leur gravité, à la fois la méthode et le cadre dans laquelle ils ont été instruits ne semblent pas avoir garanti le droit de défense des personnes incriminées. En effet, il ressortirait des faits que certaines procédures n’ont pas été respectées, comme il semblerait que la commission par le truchement d’un de ses membres n’ait pas tout fait respecter l’obligation de neutralité .Faits dûment établis si l’on croit les conclusions de la commission financière et la commission nationale de discipline. Non respect des procédures internes et recours abusif à la sanction disciplinaire répondent de leur coté les syndicalistes visés par le gel des responsabilités.

Cette affaire de l’Union Régionale de Tunis pose beaucoup d’interrogations. Est-ce véritablement une affaire de gestion des deniers de l’organisation ou s’agit-il comme dans quasiment toutes les affaires de gel des activités syndicales, un moyen de faire taire les opinions dissidentes ? Notamment et principalement celles qui se sont élevées contre l’abrogation de la décision du congrès de Djerba de limiter les mandats au sein du bureau exécutif. En toute honnêteté, le doute est permis. L’apparent acharnement de la commission nationale de discipline à ne poursuivre que les éléments les plus hostiles à toute révision de la « fameuse » règle des limitations des mandats, le peu de diligence accordée à certaines règles de procédures et enfin le vote négatif de trois membres du BE quand à l’exclusion des syndicalistes de l’URT seraient autant d’indices qui peuvent laisser penser qu’il se passe quelque chose de « pas sain » du côté de la place Mohamed Ali

En conclusion, il me paraît urgent pour le BE de la centrale syndicale de procéder à des gestes d’apaisement en recourant plus volontiers au dialogue qu’aux conseils de discipline. Il en va de l’avenir de cette organisation prestigieuse pour qui de nombreux Tunisiens, ne l’oublions surtout pas, ont sacrifié leurs vies.

Mehdi Ben Jemaa

Secrétaire Général Adjoint du syndicat de base des enseignants – chercheurs de la Faculté des Sciences Juridiques Economiques et de Gestion et de l’Institut Supérieur des Sciences Humaines de Jendouba

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