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Le Che et le Foot

mardi 3 mars 2009

Slim Ben Taleb.

Du Che, on sait maintenant tout ou presque ! On connaît l’histoire de sa rencontre avec Fidel et son engagement dans une épopée de guérilla victorieuse qui les emmena de la jungle à La Havane pour mettre en place un régime révolutionnaire qui tient tête aux Américains depuis près d’une demi-siècle !

On sait également que ce révolutionnaire, après quelques années passées à Cuba comme gouverneur de la Banque Centrale puis ministre du Commerce et de l’Industrie, a décidé de quitter Cuba et les arènes du pouvoir, fût-il révolutionnaire, pour aller semer partout les germes de la révolution mondiale !

On connaît également presque tout de son épopée africaine pour venir en aide à une guérilla inspirée par Lumumba, le premier ministre nationaliste du Congo qui venait d’être assassiné. Ses mémoires, publiés il y a quelques années, nous ont permis de connaître ses déceptions et ses critiques vis-à-vis d’un mouvement nationaliste qui avait les plus grandes difficultés à se structurer, ce qui l’a conduit à quitter l’Afrique et à aller poursuivre son engagement pour créer plusieurs "Vietnams", comme il le disait dans son slogan de l’époque. On sait presque tout de son retour en Amérique Latine et de sa volonté de lancer une nouvelle guérilla en Bolivie qui a échoué et lui a coûté la vie !

Récemment, on a eu plus d’informations sur sa jeunesse et ce fameux voyage initiatique qui le mena à visiter avec un de ses amis toute l’Amérique Latine. Ses mémoires et un beau film ont retracé cette épopée ! Par ailleurs, on en sait beaucoup plus sur ses hobbies et ses passe-temps favoris. On connaît bien sûr son amour des cigares, des échecs, pour le golf, le rugby ou l’équitation. Ses origines bourgeoises expliquent largement l’amour du Che pour ces sports de la haute société !

Donc, on sait tout ou presque sur le Che ! Mais, une question persiste et ne cesse de me tarauder l’esprit ! Quel rapport entre le Che et le football ? Le Che était-il amateur du ballon rond ? Certes, ses origines bourgeoises peuvent expliquer un désintérêt pour le sport du peuple ! Mais, tout de même rares sont les Argentins qui se désintéressent du foot ! Mon ami Miguel Benasayag, un ancien militant du groupe de guérilla urbaine les « Montonéros » qui a été arrêté et torturé sous la dictature militaire, me racontait que, dans les moments les plus noirs de la répression au moment de la dictature, les prisonniers politiques, en dépit de la répression qui s’abattait sur eux, se tenaient informés sur les résultats sportifs du week-end et sur les performances de leurs équipes préférées ! Alors, le Che échapperait-il à la règle ? Serait-il hostile au sport de la masse par excellence qu’est le football ?

Eh bien nous disposons aujourd’hui de plus d’informations et une part du mystère a été levée ! En effet, plus de doute : le Che était un grand amateur de foot, et sa passion pour ce sport était démesurée ! Dès son plus jeune âge, l’enfant de Rosario était amoureux de football, et il découpait les photos des stars de l’époque et les collait sur les murs de sa chambre comme le font tous les enfants du monde, a raconté son père il y a quelques années ! Et, comme dans toutes les grandes villes, Rosario avait deux clubs de football. Rosario Central était le Club du peuple et Newell’s Old Boys était celui des riches et des fortunés de la ville. Devinez quel était le Club du Che ? Eh bien oui ! c’était Rosario Central, dont on surnommait les footballeurs « les Canallas » ou les petits voyous, et c’était la première révolution du Che contre sa classe ! A l’âge de 10 ans, il était capable de vous donner les noms des joueurs de son équipe ainsi que des rivaux de la capitale, Boca Juniors et River Plate. Mais le joueur préféré du Che à l’époque était Chueco, une sorte de Georges Best local, qui était un enfant du peuple et qui avait une technique hors du commun pour humilier ses adversaires par ses dribbles. Mais c’était surtout un bohème qui plaisait au Che pour son côté désespéré et qui lui rappelait certains traits de sa propre personnalité ! Il adorait également Torito, un autre enfant du peuple qui jouait bien sûr pour Central ! "Torito avait vécu dans la rue, il passait son temps à boire avec des femmes. Il était surnommé le "petit frère des pauvres et des oubliés" ! Ernesto en parlait toujours", souligne Carlos Ferrer, dit Calica le copain d’enfance du Che ! Et, comment il pouvait en être autrement pour celui qui sera, armes à la main, le défenseur des pauvres et des exploités !

Et même lorsqu’il a quitté l’Argentine et qu’il était devenu ministre à Cuba, le Che continuait à suivre son équipe préférée et demandait de ses nouvelles à tous les Argentins qui passaient le voir ! Ainsi, le journaliste argentin Diego Lucero, qui avait visité le Che à plusieurs reprises à Cuba, raconte " lorsque j’allais le voir au ministère de l’Industrie, nous parlions pendant des heures. Il aimait discuter de Marx, d’Emilio Salgari, de Goethe, mais aussi de Rosario Central. Au ministère, il avait des gens qui le tenaient informé de tous les résultats du football argentin, et en particulier de ceux des Canallas". Un amour qu’il a porté avec lui jusque dans l’au-delà et, aujourd’hui, un maillot de Central de Rosario est exposé dans le musée du Che à Cuba !

Mais le Che pratiquait aussi le football et était, de l’avis de tous ceux qui l’ont vu jouer dans la jungle ou les stades après la victoire de la révolution, un gardien de but moyen ! Beaucoup pensent que c’était lié à son asthme qui ne lui permettait pas de faire beaucoup d’effort ! D’autres pensent que ses prédispositions naturelles étaient limitées ! Mais toujours est-il que même s’il n’était pas un grand footballeur, le Che était un fou de foot et l’adorait au-dessus de tout ! D’ailleurs, une de ses plus grands regrets lors des années passées à Cuba est le manque d’intérêt des Cubains pour le foot, pour eux, c’est le baseball qui est le plus grand sport ! Un désintérêt qui laisse le Che désespéré ! Ainsi, écrit-il dans une de ses lettres à sa mère "personne à Cuba ne joue au rugby ou au football, et je déteste le baseball". Il a certes essayé de lancer le football sur l’île en invitant quelques grands clubs brésiliens à faire des matchs d’exhibition à Cuba. Ainsi, la petite île accueille-t-elle en 1962 le grand Botafogo avec ses grandes vedettes Zagallo, Garrincha, Nilton Santos, Didi et Amiraldo qui venaient juste de gagner la coupe du Monde au Chili, menée à l’époque par un bambin de 18 ans du nom de Edson Arantès Do Nascimento, dit Pelé, et qui sera le plus grand joueur de tous les temps ! Mais rien n’y fait, les Cubains n’aiment pas le foot, à commencer par leur chef le « Lider Maximo » qui formera une équipe de baseball gouvernementale que le Che snobera allègrement ! La mort dans l’âme, le Che laissa de côté le projet de développer ce sport populaire dans une île qui s’est avérée plus réceptive aux principes révolutionnaires qu’à ceux du ballon rond !

Ainsi, une partie du mystère est levée, et cet amoureux de la révolution ne pouvait pas rester insensible à la magie d’un sport qui, plus que tout autre, a illustré le génie, l’imagination et le rêve d’un autre monde !

Slim Ben Taleb.

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