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Ahmed Brahim au Journal Le Temps :

"Personne ne doit sous-estimer la solidité de notre unité"

mardi 25 mars 2008

Le Temps Lundi 24-03-2008 : Interview de notre invité de ce lundi : Ahmed brahim, 1er Secrétaire.

Elu premier Secrétaire du Mouvement Ettajdid lors du Congrès tenu en juillet 2007 par les militants d’Ettajdid et des Indépendants, -un congrès que ses initiateurs voulaient unificateur mais qui a enregistré le mécontentement de certains congressistes ayant décidé de boycotter ses travaux- Ahmed Brabim nous parle ici de l’éventuelle réintégration de ces mécontents, du programme du parti, des élections de 2009 et des dernières mesures présidentielles annoncées par le Chef de l’Etat dans son discours à l’occasion les fêtes de l’Indépendance et de la Jeunesse notamment celles qui concernent la candidature pour l’élection présidentielle de 2009. Interview.


- Le Temps : Près de huit mois après votre dernier congrès, quel bilan faites-vous des objectifs politiques et de la refonte organisationnelle de votre parti ?

Ahmed Brahim :Bien des choses ont été accomplies sur le plan politique pour la mise en œuvre du programme décidé par notre congrès. Depuis la « rentrée » politique, nous avons organisé pas moins de deux manifestations publiques par mois sur des sujets diversifiés (politiques, sociaux, culturels, etc.). Permettez-moi de profiter ici de l’occasion pour annoncer la tenue d’un colloque sur « Gramsci, la Culture et les Intellectuels », et ce vendredi 28 mars à 15h, à la Maison de la Culture Ibn Khaldoun. Nous avons également pris des initiatives en phase avec les luttes, dont celles des populations du Bassin minier de la région de Gafsa, en faveur desquelles notre mouvement a développé une action constante de solidarité et présenté des propositions concrètes, comme celles contenues dans la lettre que nous avons adressée au chef de l’Etat. Nos représentants au sein de la Chambre des députés, du Conseil économique et social, des Conseils Consultatifs Supérieurs se sont distingués par leur dynamisme et leur sérieux. Ils ont montré comment un parti peut être une force à la fois d’opposition ferme et de proposition constructive. En somme notre bilan est tout à fait positif, mais nous devons être vigilants pour éviter toute forme d’autosatisfaction, car ce qui reste à accomplir sur les plans politique et organisationnel est énorme et doit être à la mesure de nos grandes ambitions pour notre mouvement et pour notre pays.

- Le Temps:Un comité a été constitué pour contacter les mécontents du dernier congrès en vue de leur réintégration. Qu’en est-il ?

En effet notre Comité Politique a décidé à l’unanimité la création de cette commission dont il m’a confié la présidence. Cette décision se situe dans la continuité avec l’esprit d’ouverture et la politique de la main tendue adoptée par notre Conseil central dès après le congrès, et poursuivie depuis par des contacts informels. Nous pensons que, passé le temps des réactions à chaud porteuses de crispation, le moment est venu d’entamer avec les camarades qui ont des réserves ou des griefs une discussion sérieuse et sereine. Pour ce faire, chacun doit mettre en avant ce qui nous a réuni par le passé et ce qui nous rassemble toujours, et ce ne sont pas des différences d’appréciation quant au degré de réussite du congrès qui doivent occulter le projet de construction d’un grand mouvement démocratique, progressiste et moderniste. D’ailleurs, quand bien même nous aurions été tous d’accord sur tous les résultats de ce congrès, cela ne nous aurait pas empêché de continuer notre ouverture vers d’autres militant(e)s pour les amener à contribuer plus efficacement à notre activité commune ou à faire un pas décisif dans notre direction. Je pense aux dizaines de cadres qui partagent sans aucune réserve notre appréciation du congrès et de ses résultats mais qui ne sont pas suffisamment associés au travail d’élaboration et de mise en œuvre de notre politique. Je pense également aux dizaines d’observateurs présents lors du congrès et à leur contribution remarquable à ses travaux, ainsi qu’aux nombreux sympathisants qui se sont manifestés depuis : tout cela doit nous inciter à reprendre le dialogue en vue de rapprocher ces amis davantage de notre Mouvement et, pourquoi pas, les voir adhérer organiquement à notre projet.

- Le Temps : Est-ce que les instances d’Ettajdid ont décidé de la manière de cette réintégration ? Seront-ils de simples militants ou occuperont-ils des postes dans les structures dirigeantes ?

Nous n’avons rien décidé, c’est le dialogue entre nous qui nous révélera les prédispositions des uns et des autres. Du reste, le terme de « réintégration » est inapproprié, car on ne réintègre pas chez soi. D’ailleurs, certains de nos camarades « mécontents du dernier congrès » comme vous dites, certains de ces camarades, tout en étant extrêmement critiques, n’ont jamais rompu avec le Mouvement et continuent à participer à nos réunions et activités. Je tiens à souligner qu’à la direction d’Ettajdid, nous avons gardé notre sang froid face à une campagne menée directement ou par journaux interposés dans l’intention de nous déstabiliser et de porter atteinte aux acquis fraîchement réalisés. Mais personne ne doit sous-estimer la solidité de notre unité et l’attachement de l’écrasante majorité de nos militants à cette unité autour de nos structures. C’est parce que nous sommes forts de cet attachement que nous voulons sérieusement parier sur le dialogue ouvert et responsable et sur l’esprit constructif qui doit prévaloir sur toute autre considération. J’aimerais réaffirmer ici que les tâches qui nous attendent sont tellement lourdes qu’il y a de la place pour toutes les bonnes volontés et toutes les compétences, y compris les camarades donc les plus réservés sur le congrès et les plus critiques à notre égard, l’essentiel étant la sincérité de l’engagement. Dans le cadre du respect de nos institutions et de nos instances, en premier lieu l’instance suprême qu’est notre congrès et les structures qui en sont issues, tout peut être envisagé concernant la nature et le niveau des responsabilités à confier à tel ou tel de nos cadres, et ce avec toute l’ouverture et la souplesse nécessaires, dans une perspective constructive tournée vers l’avenir et soucieuse de consolider l’unité et d’accroître le rôle et l’influence de notre mouvement.

-  Le Temps : Est-ce que vous avez arrêté un programme d’avenir pour le parti et quelles en sont les principales lignes ?

Le programme dont les orientations ont été approuvées par le congrès concerne d’abord et avant tout l’avenir de notre pays, et notre mouvement n’est qu’un outil qui doit être le plus performant possible pour servir l’intérêt national. Toutes les commissions qui ont préparé le contenu programmatique du congrès ont continué leur travail ou vont le reprendre incessamment. Je pense notamment à la commission économique et sociale, à la commission des Libertés et des Institutions, à celles de l’Education et de la Culture, etc. D’autres ont vu le jour depuis, comme la commission Femme-Egalité, une commission doublement mixte femmes/hommes et adhérents/non adhérents et qui prépare sa première activité publique pour le 3 mai, ou la commission parlementaire composée de nos trois députés et des experts membres ou amis du parti. Son but est d’assister les députés par des expertises à l’occasion de la discussion des projets de lois qui leur sont soumis comme le projet de loi des finances par exemple. A ce propos, les journalistes, surtout ceux de Dar Assabah, ont relevé l’excellente contribution qualitative de nos trois députés aux débats. Une commission électorale est également en voie de constitution ; elle traitera des volets politique et juridique de cette question. De même, un certain nombre de séminaires et de rencontres politico-culturelles sont programmés. Dans la mise en œuvre de notre programme, nous tenons à lier intimement action et réflexion. Cette réflexion ne concerne pas uniquement les problèmes d’actualité, elle intéresse surtout les grands problèmes de demain. Pour mener à bien cette réflexion, deux projets nous tiennent à coeur en tant que direction : le premier est une sorte de Bureau d’études pourvoyeur d’idées et de propositions ; le second projet est celui d’une Université Ouverte, avec la participation active des penseurs et intellectuels tunisiens qui partagent avec nous les valeurs de démocratie, de laïcité et de modernité. Notre rôle consistera surtout à leur offrir les conditions idoines pour le déploiement d’une réflexion libre et moderne, indépendante des préoccupations de politique immédiate ; c’est là notre contribution à l’essor d’une pensée humaniste et rationnelle authentiquement tunisienne.

-  Le Temps : Et les préparatifs pour 2009 ?

Vous savez, les préparatifs pour 2009 ont constitué, dès les tout premiers mois après notre congrès, une de nos priorités politiques. La première manifestation politique de la rentrée, que nous avons organisée en octobre à la Maison de la culture Ibn Khaldoun, a été exclusivement consacrée à cette question. Tous les observateurs en ont noté le grand succès, non seulement par la présence massive de militants et de sympathisants à cette manifestation, mais aussi et surtout par son caractère rassembleur de l’ensemble des partis et sensibilités démocratiques. Nous avons voulu affirmer par là l’urgence d’une convergence autour de la bataille pour des élections véritables. C’est à ce thème qu’a été dévolue une partie essentielle des travaux de notre Conseil Central et de notre Comité Politique de décembre 2007 : nous avons fait des propositions précises pour une refonte fondamentale du système électoral aussi bien au niveau des textes qu’à celui de la pratique. Comme je vous l’ai déjà dit, une commission est en cours de constitution pour assurer le suivi de ces propositions...

-  Le Temps : A ce propos, comptez-vous nouer des alliances à cette occasion ou redynamiser l’initiative démocratique ?

Justement, j’allais en parler. En même temps qu’une bataille pour la rupture positive avec la routine des pseudo-consultations électorales, notre bataille est aussi et surtout une bataille de projets, et le nôtre est un projet démocratique, moderniste et progressiste distinct à la fois du modèle politico-social dominant et du modèle rétrograde d’inspiration théocratique, réellement présent même s’il avance parfois masqué derrière des revendications démocratiques. Cette bataille implique des alliances claires telles que celle que nous nous employons à renforcer avec nos partenaires soucieux comme nous de présenter au pays une alternative crédible et d’éviter toute compromission avec les forces qui instrumentalisent la religion pour remettre en cause les acquis modernistes. D’où l’action incessante que nous menons avec nos partenaires du PSG et du PTPD - dont nous soutenons fermement le droit à la légalisation - ainsi qu’avec les personnalités progressistes indépendantes en vue de redynamiser l’Initiative/Alliance démocratique. Comme je vous l’ai déjà dit, une rencontre nationale va être bientôt organisée dans ce but... Parallèlement, nous tenons à élargir nos alliances sur la base des orientations démocratiques et modernistes communes dans le respect des spécificités des parties concernées. C’est pour faire mûrir les conditions pour un tel élargissement des alliances que nous somme soucieux de développer et d’approfondir nos relations bilatérales avec tous nos partenaires, notamment avec le Forum démocratique, avec lequel nos convergences sont en train de s’approfondir et de se consolider notablement.

-  Le Temps : Que pensez-vous des dispositions concernant les élections présidentielles annoncées dans le discours du Chef de l’Etat à l’occasion des fêtes de l’Indépendance et de la Jeunesse ?

Il faut attendre d’avoir plus de précisions sur les mesures envisagées avant de se prononcer d’une manière complète et définitive. Je formulerai donc simplement les remarques suivantes :

- Je note d’abord que, jusqu’à ce matin, seul le RCD pouvait présenter un candidat aux présidentielles car la loi constitutionnelle en cours consacre de fait l’unicité de la candidature. Les mesures annoncées par le Président de la République constituent donc une dérogation positive à cette règle injuste contraire aux principes élémentaires de tout régime républicain. Elles montrent surtout qu’on a enfin renoncé à la discrimination entre les partis légaux sur la base de leur représentation ou non au parlement : si j’ai bien compris, le PDP et sans doute aussi le Forum démocratique auraient, comme Ettajdid, le droit de présenter leurs premiers responsables aux présidentielles. On ne peut que se féliciter que cette discrimination infondée ait été abandonnée, même si, en comparaison avec les dispositions transitoires prises pour les élections de 2004, il y a une restriction qui empêche les partis qui le désirent de présenter un des membres de leurs bureaux politiques s’il leur paraît être le meilleur candidat. Cette limitation manifestement « ciblée » de l’autonomie de décision des partis est inacceptable dans son principe et tout à fait dommageable pour le climat politique général qu’il est grand temps d’assainir.

- Ensuite, le dossier électoral est, pour nous, un dossier global qui doit être envisagé dans toutes ses composantes en évitant de tout ramener à la seule liberté de candidature aux présidentielles, malgré l’importance que revêt cette question.. La Tunisie est réellement et gravement malade de ses élections et il n’est pas admissible que celles de 2009 puissent être une reproduction des précédentes. Il est grand temps que notre peuple connaisse enfin des élections qui soient dignes de ce nom. C’est à la réalisation de cet objectif que nous accordons, quant à nous, la priorité. La question essentielle et lancinante aujourd’hui est donc de savoir si le pouvoir va prendre des mesures concrètes et précises pour garantir aux élections futures - présidentielles, législatives et municipales- des conditions qui leur assurent un minimum de crédibilité auprès du peuple tunisien.

- Enfin, s’agissant du droit de se présenter aux élections présidentielles, j’estime que la seule solution réellement démocratique et équitable consisterait à reconnaître à tout citoyen tunisien répondant à un certain nombre de critères (essentiellement d’ordre moral et juridique) le droit de briguer les suffrages de ses concitoyens, les élections constituant le moyen décisif pour séparer « le bon grain de l’ivraie »...à condition, bien entendu, que ce soient des élections véritables !

Si des formules transitoires peuvent être - à la rigueur- envisagées, cela doit s’inscrire dans un contexte général favorable, dénué, notamment de toute volonté d’exclusive à l’égard de X ou deY.

-  Le Temps : Et vous-même, êtes-vous candidat aux présidentielles ?

Comme vous le savez, je suis le premier secrétaire d’un parti - et j’ajouterai : d’un parti démocratique ! Toute décision concernant les élections doit donc être prise par les militants et les instances de notre parti - qu’il s’agisse de la participation aux élections ou de la candidature à ces élections. En tout état de cause, ce que je souhaite aujourd’hui, c’est que l’opposition démocratique engage immédiatement des discussions sérieuses, approfondies et responsables en vue de dégager rapidement une position commune sur les conditions pour des élections crédibles, le cas échéant sur une candidature commune et, surtout, sur un programme démocratique, progressiste et moderniste commun qui entraîne l’adhésion active d’une partie importante de notre peuple - en particulier de la jeunesse. J’appelle donc tous nos partenaires, partis et indépendants, à entamer sans délai de telles discussions : pour ce qui nous concerne, à Ettajdid, nous y sommes tout à fait prêts.

* Interview réalisée par Néjib SASSI

(Source : « Le Temps Lundi » (Hebdomadaire – Tunis), le 24 mars 2008)

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