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colloque :

Droit, pouvoir et religion

lundi 23 février 2009

ASSOCIATION TUNISIENNE DE DROIT CONSTITUTIONNEL

الجمـعـيــــــــــة التــونسـيــــــــــــــة للقانـــــــون الدسـتـــــــــوري

Tunis, 5, 6 et 7 mars 2009

ARGUMENTAIRE

On ne peut faire du droit, et encore moins du droit constitutionnel, loin des passions. Le droit constitutionnel est, en effet, le droit du pouvoir, objet de toutes les convoitises et celui des droits et libertés objets de toutes les attentions. On ne peut, non plus, parler de religion sans passion, parce que la foi est loin de relever du rationnel. Elle est, par excellence, le domaine de toutes les émotions, et elle est érigée en chasse gardée car au sacré on ne touche pas !

Est ce à dire qu’un discours serein, lucide, sur le droit constitutionnel et le phénomène religieux est aujourd’hui impossible en raison de la charge émotionnelle irréductible dont ce discours est porteur. Est ce à dire que ce discours est politiquement incorrect, en raison des susceptibilités qu’il peut heurter, alors que aussi bien les espaces publics que privés sont investis par les violences les plus extrêmes, qu’elles soient véhiculées par le verbe ou par les actes, à l’heure où les frontières se brouillent entre sociétés sécularisées et sociétés confessionnelles voire multiconfessionnelles ?

Nous ne le pensons pas et croyons, au contraire, que l’heure est à l’urgence parce qu’il faut verbaliser nos peurs si l’on veut arriver à les dépasser, à les gérer. Nous pensons aussi que ce débat reste nécessaire, malgré la profusion de travaux et rencontres sur la question, qu’il ne sera pas redondant, car tout n’a pas été dit, à supposer que la question puisse être épuisée.

Le discours du droit constitutionnel sur le phénomène religieux et celui sur le droit constitutionnel de la religion appellent une attention particulière car si le droit constitutionnel peut saisir le phénomène religieux, lui‐même peut être saisi par ce dernier.

Dans la première hypothèse, le droit constitutionnel, en tant que protecteur des droits et libertés, est convoqué afin de protéger les individus contre l’immixtion de l’État, en tant que puissance publique, dans ce qui relève de leur liberté individuelle et notamment de leur liberté de conscience. Mais le droit constitutionnel est également convoqué afin de protéger les individus les uns contre les autres et garantir le respect de leurs droits et libertés réciproques. Le brouillage des limites entre sphère publique et sphère privée et le conflit entre valeurs dans une même société, placent, aujourd’hui le droit constitutionnel face à de nouveaux défis.

Dans la seconde hypothèse, c’est le religieux qui investit le droit constitutionnel et, par là même, le pouvoir politique. C’est lui qui le fonde, le façonne et le conditionne, ce qui ne manque pas de le rendre intouchable au grand dam des démocrates. Quel statut et quel rôle va avoir le droit constitutionnel ainsi que son objet, l’État et le pouvoir politique, dans ce cas ?

Mais ce ne sont pas là les seuls défis, il ne faut pas oublier que la foi ne se limite pas aux seules religions transcendantales. Il est des sacralités autrement plus violentes, celles qui ont fondé le pouvoir politique moderne et qui peuvent être aussi exclusivistes et intolérantes que les premières.

C’est à la réflexion sur ces questions que cette rencontre est dédiée, et nous avons voulu qu’elle ne soit pas menée à huis clos, c’est‐à‐dire par les seuls juristes. Nous avons tenu à y associer des politologues, des sociologues des spécialistes de la religion qu’ils soient théologiens ou historiens, afin, non seulement, que notre rencontre bénéficie des vertus de l’interdisciplinarité mais qu’elle soit aussi la voix d’une démarche intersubjective.

Documents joints

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