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Crise direction syndicale/ Universitaires : Faut-il ou non quitter l’UGTT ?

lundi 23 février 2009

Le protocole d’accord salarial entre le BE de l’UGTT et le ministère de l’Enseignement supérieur, signé à l’insu des universitaires et de leurs représentants syndicaux, suscite un débat qui oppose les universitaires syndicalistes sur la question : faut-il ou non quitter l’UGTT ?

Pour les uns, il n’y a plus rien à espérer des structurelles syndicales actuelles, et certains envisageraient même de créer des structures autonomes qui seraient plus efficaces et qui se déploieraient dans la pluralité syndicale ; pour les autres, l’unité syndicale est une nécessité dictée par l’histoire du mouvement social tunisien, et la crise de confiance qui entame le crédit de sa direction est conjoncturelle. Car, l’histoire de la centrale syndicale montre que sa direction, peut, tout autant, être amenée à adopter des « profils bas » quand la conjoncture politique et sociale lui est défavorable, comme elle peut aussi rebondir et défendre nos revendications, à l’instar des positions qui furent les siennes pendant les années 1977.

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Pour sa part, le bureau de la Fédération générale de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique se trouve - par cette initiative - dans une position extrêmement difficile et déploie tous ses efforts pour remédier à la crise. C’est ainsi que son secrétaire général, Sami Aouadi, aurait, - d’après un document qui circule sur le Web - adressé une lettre au Secrétaire général de l’UGTT, dans laquelle il attirerait son attention sur le fait que le secteur de l’enseignement supérieur est le plus lésé par les termes de cet accord. Il exprimerait ainsi son refus à la fois de cet accord et de la manière dont il a été signé, en ignorant complètement la structure fédérale elle-même. Dans ce document, Sami Aouadi, demande au BE de l’UGTT de ne pas valider cet accord.

Compte tenu des réactions enregistrées, nous avons tenu à reproduire - fidèlement - les points de vue contrastés des uns et des autres, sans chercher à trancher ni à orienter.

M. B. J. et L. Ch.


- Moncef Ben Slimane (ex-SG du SGESRS - démissionnaire).

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Le BE de l’UGTT nous laisse, quand même, deux choix !
- 1- il faut lire le comportement du BE sur la dernière décennie. Ce qui s’est passé n’est ni une affaire ponctuelle ni isolée. Les stratégies et les méthodes du bureau peuvent se métamorphoser, mais il a toujours voulu faire de nous un syndicat sous-tutelle….
- 2- les actions de rééquilibrage et d’équité sociaux sont de plus en plus limitées au niveau national, ce qui a impliqué la chute tendancielle des fonctionnaires et donc des universitaires vers des positions sociales de plus en plus modestes.
- 3- il y a eu un certain nombre d’erreurs et de modes de gestion interne du syndicat de l’Enseignement Supérieur et surtout une proximité avec le BE de l’UGTT qui n’était ni saine ni opérante… ceci a aidé à affaiblir les capacités de réaction et de mobilisation du syndicat (action du 12 janvier… par exemple) et a autorisé le BE à exploiter les failles pour nous frapper là où ça fait mal.

Dans cette crise, la « désaugmentation » ne constitue pas le problème fondamental. La frappe est foncièrement symbolique…. C’est la signature : il y a eu bafouage de l’éthique syndicale… Si, en décembre1999, la manipulation était aux premières loges, en janvier 2009 l’humiliation est de mise.

En définitive, la bureaucratie syndicale ne nous laisse que deux choix : entériner la gifle, se soumettre et accepter d’être encore menés en bateau par des spécialistes de la manigance et des fausses promesses… ! Ou briser les carcans du dogme du syndicat unique, sans précipitation, avec un débat serein, mais sans trop d’atermoiements ni d’hésitation démobilisateurs….


- Wafa Khlif : enseignante-universitaire syndicaliste

Simplement dégoûtée !

Je suis dans l’enseignement supérieur depuis plus de 10 ans ! J’ai toujours été adhérente à l’UGTT. Un soldat bien assidu, car convaincu de la valeur de la cause. J’ai inlassablement répondu par l’action, même si la communication ne s’est pas toujours faite dans les meilleures conditions de canaux et de persuasion.

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Ma seule volonté était de gagner l’estime de toutes les parties prenantes à travers une représentation institutionnelle forte et historiquement respectée. Un soldat acharné, armé de pugnacité et prêt à toutes les résistances. En 1999, j’avais marqué un point d’arrêt, une première brèche dans ma conviction s’est creusée… je ne pouvais pas croire que cette institution pouvait avoir des causes cachées, des tours de passe-passe dignes de politiciens véreux. Mais, très vite, on m’a convaincue que l’institution devrait dépasser les erreurs humaines et que nous œuvrons tous (l’UGTT comme une unité) pour un monde meilleur ! Et j’y ai cru !

Mais ce que j’ai vu le samedi 31 janvier, ce que j’ai ressenti, ce que j’ai pu comprendre lors de la prise de parole du bureau exécutif par l’un de ses représentants était là, le coup de massue. Le goût du déjà-vu était trop prononcé. Dans son regard, ses gestes et ses paroles, on pouvait clairement lire notre place de syndiqués, relégués aux tâches ingrates de la pensée et de la réflexion, mais complètement dénigrés lors des négociations. Je sais maintenant que l’UGTT ne pourra plus servir à me défendre contre les vagues de circulaires, la multiplication des passerelles théoriques, les restrictions aberrantes, les illusions qualités, des étudiants sans enseignants, des enseignants sans étudiants, des programmes sans contenus….. et autre infantilisation masquée.
Je ne regrette pas mes luttes et sacrifices, ils m’ont bien apporté pour mesurer, maintenant, mon dégoût absolu. L’espace syndical ne me permet plus d’assumer mon rôle de soldat confiant et défiant.


- Dr. Khalil Ezzaouia, Secrétaire général du syndicat des médecins et des pharmaciens hospitalo-universitaires

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Quitter l’UGTT ?

Je pense que le contexte dû à l’accord signé par la direction de l’UGTT a fait resurgir le débat sur la place des syndicats des cadres au sein d’une centrale dirigée par des ouvriers et des cadres moyens issus dans leur majorité de la fonction publique.

Je ne suis pas d’accord sur le fait d’envisager de quitter l’UGTT. Je comprends tout à fait la frustration et la colère des militants du syndicat de l’enseignement supérieur ; mais la lutte doit continuer de l’intérieur. Cette tendance à quitter une structure dès qu’un désaccord, si important soit il, apparaît est devenu un mal qui touche le milieu associatif et politique.

Il est révélateur du manque de débat démocratique et du refus de part et d’autre de faire les concessions nécessaires afin de maintenir le consensus et la cohésion minimale.

La pluralité syndicale ne peut se concevoir et surtout être efficiente que si le pays vit un véritable pluralisme politique avec une alternance régulière de gouvernement.

Une clarification sur la place et les modalités de lutte des syndicats des cadres au sein de l’UGTT doit être l’axe principal des débats avec la direction de la centrale.

Le seul gagnant d’un divorce entre les cadres et l’UGTT serait le pouvoir.
Il ne faut pas tomber dans ce piège.


Habib Kazdaghli et Habib Mellakh

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Oui à la mobilisation, non à la démission et à la résignation

Depuis la signature par une délégation du BE de l’UGTT, d’un protocole d’accord avec le gouvernement prévoyant des « augmentations spécifiques » pour les secteurs de l’enseignement supérieur et de la santé, le torchon brûle entre les enseignants et la Centrale syndicale. Cet engagement, dont les signataires ne semblent pas avoir mesuré la gravité, a été pris au mépris de la volonté de la base, bafouée par l’UGTT, puisque le point de vue des instances représentatives des universitaires (Bureau national et conseil sectoriel) sur la question des augmentations spécifiques a été superbement ignoré, et que l’accord a été conclu sans leur avoir été soumis. Il a soulevé, en conséquence, notre indignation et notre colère légitimes d’universitaires choqués par la résurgence de pratiques qu’on croyait révolues. Exprimant leur ras-le-bol, certains syndicalistes, ont mis fin à leur adhésion à l’UGTT.
Mieux encore, des appels sont lancés, directement ou indirectement, pour inciter les collègues à quitter la centrale syndicale.

Il s’agit là de signes révélateurs d’une situation explosive et précurseurs d’une nouvelle crise, dont il faut éviter le déclenchement à un moment où notre syndicat est parvenu à dénouer la grave crise de la fin de l’année 1999, résultant de la signature, à l’époque, par le secrétaire général du SGESRS, d’un accord liant l’augmentation des salaires à l’augmentation de la charge horaire d’enseignement. Aujourd’hui, comme en 1999, c’est l’autonomie de la décision syndicale qui est remise en question par la bureaucratie syndicale. Nous assistons à une atteinte identique à l’éthique syndicale et aux lois qui régissent toute organisation démocratique, lois auxquelles le syndicat de l’enseignement supérieur s’est toujours fait un point d’honneur de se conformer. Faut-il rappeler que la crise n’a pu être dépassée que grâce à une résistance tenace qui a permis aux universitaires d’avoir un syndicat représentatif et militant pour la défense de l’université publique et des intérêts de la profession ? Ne devrions –nous pas continuer sur la même lancée en reprenant les luttes qui nous ont permis d’avoir des acquis précieux, forts d’un atout que nous n’avions pas en 1999 : un syndicat représentatif et autonome.

Face à cette situation grave et difficile, créée par l’accord malvenu, signé par le BE de l’UGTT, et tout en partageant les sentiments de révolte et d’indignation exprimés par les camarades syndicalistes, nous pensons qu’il serait simpliste de réduire la donne et de mettre les collègues devant une terrible alternative dont les termes seraient la démission ou la résignation. De par leur métier et leurs expériences militantes, les universitaires se doivent d’être plus inventifs et imaginatifs dans la recherche de solutions, alliant à la fois leur attachement à la défense de leurs intérêts présents et futurs et la préservation, voire le renforcement, de leurs acquis syndicaux. La démission serait le meilleur cadeau qu’on puisse donner à ceux qui ont bafoué les règles les plus élémentaires de la démocratie syndicale. La désertion priverait les collègues d’un cadre organisationnel qui, malgré les défaillances et les intrigues, a su être aux côtés des universitaires dans des moments cruciaux de leur lutte pour leurs droits légitimes. Dans les luttes engagées par le passé, le soutien de l’UGTT ne fut-il pas l’argument de taille qui a su sécuriser les plus réticents parmi nous ? Le départ des universitaires ne priverait-il pas la tendance syndicale démocratique au sein de l’UGTT d’un apport qualitatif dans la bataille menée, avec des hauts et des bas, depuis des décennies pour ancrer les pratiques de l’autonomie et de démocratie syndicales ?

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Le recours par la centrale syndicale à des pratiques qui ont entaché, par le passé, sa gestion syndicale ne doit pas nous pousser à la résignation. Ce nouvel épisode des relations souvent orageuses entre notre syndicat et le BE de l’UGTT doit renforcer notre unité, nous inciter à une plus grande mobilisation, à plus de résistance au sein même de nos propres institutions et dans le cadre de nos syndicats de base, à une prise de conscience des facteurs qui ont rendu possible cette nouvelle « bavure ». Il est peut-être opportun, dans les circonstances que nous vivons, de nous rendre compte des pratiques désastreuses qui se sont installées parmi nous, de nous remettre en question et d’avoir le courage de poser des questions taboues à différents niveaux du syndicat. Entre désertion et résignation, l’heure est à la mobilisation, à la discussion libre et franche entre les collègues, loin de tout corporatisme étroit, au renforcement des positions du bureau national pour qu’il négocie et arrive à convaincre la direction de l’UGTT de revenir sur sa décision et de reporter la signature définitive de l’accord avec le gouvernement après la tenue des assemblées des instances syndicales concernées par les accords. Forts de nos acquis passés et d’une vraie mobilisation, nous y parviendrons.

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