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C’était peut être trop beau mais on commençait à y croire

dimanche 8 février 2009

Par Hichem Skik

Oui : nous vous préparions à fêter le premier anniversaire de la parution de la formule hebdomadaire d’Attariq Al Jadid, (le 7 février 2008), et nous nous disions, comme ça, entre nous, que, cela s’était plutôt bien passé du côté des rapports avec les Autorités …

Tout le long de cette année, en effet, nous n’avions quasiment pas subi les tracasseries « habituelles » :
- ni au niveau de l’impression (on avait, naguère, quelques difficultés à trouver un imprimeur qui accepte le risque d’ « avoir des ennuis »),
- ni au niveau de la distribution (certes, le journal n’a, parfois, pas été distribué dans telle ou telle ville faisant l’objet d’un article ou d’une lettre de lecteur, mais cela a été plutôt rare…et moins grave que la non distribution pure et simple d’un numéro, comme cela nous était parfois arrivé auparavant ; de même, les « retards » dans l’acheminement par la poste n’ont pas été trop fréquents…),
- ni au niveau de la vente (certains vendeurs continuent bien à ne pas exposer le journal, à le mettre derrière le comptoir, mais il nous ne sommes pas tout à fait sûrs que ce soit sous la pression d’une autorité…).

Et, surtout, nous n’étions pas peu satisfaits du fait que nous n’avions fait l’objet, pendant ces douze mois, d’aucune mesure administrative ou judiciaire de saisie ou de suspension ! Nous étions même, il faut l’avouer, quelque peu fiers de voir (croyions-nous !) que notre souci d’accomplir notre travail d’information et de critique d’une manière sérieuse, responsable et objective avait (pensions-nous !) aidé à « élever » le seuil de tolérance des Autorités qui (nous semblait-il !) acceptaient ainsi de « jouer » un tant soit peu le jeu de la liberté d’expression, même si c’est dans certaines limites…

C’est dans cet état d’esprit que, ce fameux samedi 31 janvier, nous avons été, en ouvrant les journaux ou en allant acheter Attariq, abasourdis par la nouvelle de la saisie du dernier numéro.

Oui, vous avez bien lu : c’est par les journaux-qui ont publié, en chœur, une dépêche de l’Agence officielle TAP- et par les marchands de journaux que nous l’avons appris !

Et c’est par la même dépêche que nous avons appris que « d’après des sources informées », on nous reprochait d’avoir reproduit le procès-verbal de l’interrogatoire par le juge d’instruction de M. Béchir Lâabidi, un des principaux accusés des événements du bassin minier.

Ce n’est pas le lieu d’examiner le caractère juridiquement infondé de cette mesure (on lira, à ce sujet, l’important article du Professeur Sana Ben Achour dans ce numéro) : je me contenterai ici de faire un certain nombre de remarques d’ordre général.
- 1/ Est-il admissible que, jusqu’à ce jour, la seule information que nous ayons reçue concernant un événement aussi grave pour la vie d’un journal par un communiqué de l’Agence officielle ? (A propos : quand a été prise la décision de saisie pour que l’Agence ait le temps de diffuser son communiqué pour que les quotidiens du samedi – imprimés donc le vendredi soir- soient à même de la publier, sachant que le numéro d’Attariq a été livré à la société de distribution vendredi au cours de l’après midi ?)
- 2/ Il faut signaler qu’avant de publier ce procès-verbal, nous avons consulté quatre avocats : ils ont été unanimes à affirmer qu’il n’y avait là rien d’illégal !
- 3/ A supposer même que l’article 63 puisse faire l’objet de plus d’une interprétation : pourquoi donc l’interprétation officielle est-elle toujours celle qui est la plus restrictive, la plus répressive ?
- 4/ Même avec cette interprétation répressive, on devrait, normalement, nous faire un procès, dans lequel nous risquions une amende de 120 d à 1.200 Dinars. Pourquoi donc cette saisie, qui n’est prévue dans le code que pour une« publication de nature à troubler l’ordre public » ?

L’ordre public aurait-il été troublé par un procès-verbal portant sur une affaire déjà jugée en première instance ?

En tout état de cause, un tel « trouble » n’aurait, dans le pire des cas, affecté que les lecteurs d’Attariq – qui, il faut le reconnaître, ne sont pas des milliers, alors qu’un grand « trouble » afflige, depuis plus d’un an, les cœurs et les esprits de milliers de citoyens au sujet des événements douloureux du bassin minier, en particulier les habitants de la région, les familles des prévenus, les prévenus eux-mêmes ! N’aurait-il pas fallu se soucier, et en priorité, de ce trouble là -hélas bien réel, lui - ?
- 5/ Ceux qui ont pris la décision de saisie et de poursuite ont-ils fait un simple calcul de bénéfice – risque avant de la prendre ? Sont-ils sûrs, aujourd’hui, que les dégâts provoqués par la saisie ne sont pas plus importants que ceux qu’on a prêtés à la publication de P.V ?

Qui, aujourd’hui, n’a pas entendu parler de la saisie d’Attariq ? En Tunisie, tous les journaux, la télé …l’on portée à la connaissance de tous les citoyens – y compris ceux qui ne connaissaient même pas l’existence de notre journal !

A l’étranger, les principales agences de presse, un grand nombre de chaînes de télévision satellitaires…y ont donné un large écho, l’ont commentée – en des termes généralement peu flatteurs pour la liberté d’information en Tunisie - ont interviewé le Directeur du journal etc. etc. !

Qui est responsable de cette « campagne contre la Tunisie » ?
- 6/ Pour le journal, les dégâts- matériels et, surtout, moraux, sont considérables.

Mais le plus grave, c’est que la saisie va mettre sérieusement en cause la légitimité de notre démarche et de notre ligne éditoriale, délibérément posée, sereine dans sa fermeté.

Il sera désormais facile de nous opposer l’inefficacité d’une telle attitude, voire sa mollesse etc., face à l’intransigeance officielle.
Cependant, sûrs que nous sommes de notre droit et de la justesse de nos options-qui ne sont pas tactiques- nous sommes décidés à maintenir notre approche éditoriale, contre vents et marées.

Une réaction aussi brutale, injuste et contre-productive comme la saisie de notre journal ne nous rend certes pas la tâche facile, mais le nombre de témoignages de solidarité et de sympathie que nous avons reçus- de Tunisie et de l’étranger, de la part de lecteurs, d’amis, d’organes d’information et d’organisations- nous convainc que dans la lutte pour la liberté d’expression, nous ne sommes pas seuls.

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