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La guerre contre Gaza : Bilan

samedi 7 février 2009

Ali Mahjoubi

Malgré l’ampleur des dégâts et des destructions que provoque l’invasion de Gaza qui n’épargne, au mépris des conventions internationales, ni habitation ni lieux de culte ni même écoles et hôpitaux, provoquant plus de 1300 morts dont le tiers est constitué par des enfants, et près de 5500 blessés, les dirigeants sionistes sont loin de réaliser les objectifs par lesquels ils justifient la guerre, c’est-à-dire l’arrêt des tirs de missiles du Hamas et l’éradication de ce mouvement, considéré comme terroriste.

Les tirs se poursuivent jusqu’à aujourd’hui * et Hamas s’en est sorti, diminué certes, mais plus populaire et plus représentative des aspirations du peuple palestinien. Il gagne même en légitimité à la faveur des manifestations organisées non seulement dans les pays arabes et musulmans, mais aussi dans les pays occidentaux, pour dénoncer les crimes de guerre commis par les sionistes et exprimer leur sympathie et leur soutien à la résistance palestinienne.

Cette guerre provoque même une modification des rapports de forces en Palestine, sur le compte de l’autorité palestinienne et donc en faveur de Hamas qui s’impose, au lendemain du cessez- le feu, comme un interlocuteur incontournable pour toute solution au conflit israélo-arabe. Le gouvernement sioniste se trouve même obligé de négocier, par l’intermédiaire de l’Egypte, avec ses représentants les modalités de la trêve, et Hamas ne semble pas transiger sur la fin de l’embargo et donc l’ouverture de tous les points de passage, y compris celui de Rafah - et exiger même des garanties pour prévenir leur fermeture éventuelle. Ses dirigeants civils et militaires font même montre, après la fin de la guerre, d’une fermeté sur les principes et d’une détermination à continuer le combat contre l’ennemi sioniste qui, malgré l’ampleur de sa force de frappe, ne semble pas avoir entamé leur foi dans la résistance.

Et s’il est vrai que la victoire, dans toute entreprise militaire, consiste à réaliser les objectifs qui lui sont assignés, on peut considérer qu’Israël n’est pas sorti victorieux de la campagne menée contre Gaza. Bien au contraire, cette guerre peut, à long terme, être lourde de conséquences sur l’avenir de l’entité sioniste. Elle s’est soldée d’abord, comme l’a bien souligné le journal israélien Haaretz, par « l’échec au niveau moral qui a souillé gravement l’image d’Israël à travers le monde, chose si dangereuse ».

Pour de larges secteurs de l’opinion publique internationale, Israël n’est plus, désormais, ce petit pays démocratique, pacifique, et respectueux des droits de l’homme, mais plutôt une entité colonialiste qui ne lésine pas sur les moyens pour assurer sa domination sur le peuple palestinien, quitte à tuer des enfants, des vieillards et des femmes et à commettre par conséquent les pires crimes de guerre. Ce qui amène 350 associations humanitaires et organisations juridiques de par le monde à demander à la Cour Pénale Internationale de La Haye de lancer des mandat d’arrêt contre les dirigeants sionistes pour les crimes contre l’humanité commis, sous leur instigation, contre la population de Gaza.

De plus, par sa politique expansionniste, agressive et raciste, Israël se comporte paradoxalement, à l’égard du peuple palestinien, à l’instar du régime nazi vis-à-vis des juifs et n’hésite pas, tout comme l’Allemagne hitlérienne, à violer le droit international. Ce qui provoque l’indignation de l’historien André Noushi, juif de naissance, qui, dans une lettre envoyée en pleine guerre à l’ambassadeur d’Israël en France, souligne : « il n’est plus possible de sa taire devant la politique d’assassinat et d’expansion impérialiste d’Israël. Vous vous conduisez exactement comme Hitler s’est conduit en Europe avec l’Autriche, la Tchécoslovaquie. Vous méprisez les résolutions de l’ONU comme lui celles de la SDN et vous assassinez impunément des femmes, des enfants…comment les juifs qui ont tant souffert peuvent-ils imiter leurs bourreaux hitlériens ? ».

Cette politique colonialiste, raciste et discriminatoire, dévoilée par la guerre, est soulignée, bien avant ce dernier conflit, par l’ancien président américain Jimmy Carter, dans son livre « Palestine, la paix pas l’apartheid » comme suit : « Un système d’apartheid, où deux peuples occuperaient la même terre, mais seraient complètement séparés, les Israéliens dominant totalement et réprimant la violence en privant les Palestiniens de leurs droits fondamentaux…ceux-ci étant complètement encerclés par des murs, des clôtures, des points de contrôle, et vivant en prisonniers sur le peu de terre qu’on leur laisse ». Pour Carter, cette logique d’apartheid empêche tout développement économique en Palestine et condamne ses habitants à la misère et au désespoir.

Israël apparaît donc, à la faveur de cette guerre, sous sa véritable nature, c’est-à-dire comme un état colonialiste, expansionniste agressif et raciste, qui n’hésite pas à violer les principes qui garantissent les droits de l’Homme et la liberté des peuples de disposer d’eux-mêmes. Il perd ainsi une bonne part du capital de sympathie acquis, depuis sa fondation en 1948, auprès de larges secteurs de l’opinion publique occidentale, restée sans le coup de l’holocauste, c’est-à-dire des crimes commis contre les juifs par les nazis, que la propagande sioniste a su admirablement entretenir. Du coup, c’est le peuple palestinien qui apparaît comme la victime des exactions sionistes et sa résistance à l’occupation israélienne acquiert ainsi une véritable légitimité. Hamas cesse, aux yeux d’une bonne fraction de l’opinion publique occidentale, d’être perçu comme un courant terroriste, pour se situer naturellement dans le cadre des mouvements de libération nationale.

Ceci peut, à la longue, amener les puissances occidentales, dont les régimes démocratiques ménagent nécessairement des sentiments de leurs citoyens, sinon à changer totalement leurs positions vis-à-vis du conflit israélo-arabe, du moins à les équilibrer - d’autant plus qu’en échouant à deux reprises, en 2006 sur Liban et en 2009 à Gaza, à éradiquer respectivement Hizb-Allah et Hamas considérés comme les alliés de l’Iran et donc des ennemis irréductible des intérêts occidentaux au Moyen-Orient, Israël perd de sa performance à protéger ces intérêts et les grandes puissances se trouvent même obligées d’intervenir directement pour pallier ces insuffisances.

Dans ces conditions, le soutien substantiel qu’apporte l’Occident à l’entité sioniste dans les domaines politique, militaire, économique et financier, se trouve improductif et risque fort de perdre progressivement de son ampleur.

Bien plus, les perspectives d’avenir ne semblent pas favorables à Israël mais militent plutôt pour la cause palestinienne.

C’est ainsi que l’évolution démographique en Israël entrave considérablement le projet sioniste de constitution d’un Etat juif basé sur des considérations ethniques. En effet, compte tenu de la distorsion du taux d’accroissement démographique entre les Arabes et les Juifs vivant en Israël, ces derniers finiront par constituer une minorité dans ce pays. A eux seuls, les Arabes restés en Palestine après l’occupation sioniste, et estimés à 180.000 en 1949, se trouvent aujourd’hui sept fois plus nombreux. A ce rythme, le nombre de ces « citoyens israéliens » peut dépasser, d’ici moins d’un demi-siècle, celui des Juifs, dont l’accroissement est tributaire surtout de l’émigration, qui diminue de plus en plus. Tout ceci sans compter la population de Cisjordanie et de Gaza, qui se multiplie davantage. Dans ces conditions, pour se maintenir au pouvoir, la minorité juive se trouver obligée de renoncer aux valeurs démocratiques pour leur substituer un régime d’apartheid. Les sionistes se mettront alors, à l’instar de l’Afrique de Sud, au ban de la communauté internationale avant d’être acculés à se plier à la loi de la majorité arabe.

De la même façon, les tendances de l’évolution économique à travers le monde ne jouent pas en faveur d’Israël. De nombreux observateurs décèlent des signes probants d’une modification des rapports de forces à l’échelle de notre planète. Ils pensent qu’au rythme de l’accroissement économique qui connaît le Chine depuis la fin des années soixante-dix, celle-ci risque fort de dépasser les Etats-Unis d’Amérique et de devenir, dans moins d’un demi-siècle, la première puissance mondiale. Et rien n’indique que cette puissance asiatique - qui n’a ni dettes ni états d’âme vis-à-vis d’Israël, et qui a elle-même souffert des menées impérialistes- manifeste des égards particuliers ou couvre les exactions de l’Etat sioniste, qui constitue objectivement le prolongement de l’expansionnisme occidental en Orient.

Est-ce à dire que les sionistes - dont la politique intransigeante, agressive dominatrice et raciste à l’égard des Palestiniens ne fait qu’aggraver les tensions et les animosités et renforcer les courants radicaux dans toute la région aux dépens des tendances réconciliatrices et modérées- sont incapables de ménager l’avenir de leur entité, et donc dépourvus d’intelligence politique ? Et pourquoi leurs alliés et protecteurs occidentaux n’interviennent-ils pas pour amener Israël à accepter, conformément aux résolutions 242 et 338 de l’O.N.N, d’évacuer les territoires occupés en 1967 et de vivre en paix sur les 4/5 de la Palestine historique, en échange de la reconnaissance des vingt-deux pays arabes et donc de son intégration dans la région ? Il est vrai que le Général De Gaulle n’a pas manqué de prévenir les dirigeants sionistes que la guerre joue, à long terme, contre leurs intérêts. Recevant, au mois de mai 1967, le ministre israélien des affaires étrangères, il le met en garde contre les conséquences de la guerre qu’Israël s’apprête alors à mener contre les Arabes. Cette guerre, lui dit-il en substance, ne va pas durer longtemps, et vous allez aisément la gagner étant donnée la disproportion entre vos forces militaires et celles de vos voisins arabes. Mais, outre les ressentiments que provoque nécessairement la défaite parmi les populations de ces pays, l’occupation de nouveaux territoires ne peut qu’attiser la résistance contre la domination sioniste et creuser ainsi davantage la fossé entre Palestiniens et Israéliens. Alors qu’Israël, qui constitue un corps étranger au Moyen-Orient, a plutôt intérêt à mener une politique pacifique et réconciliante pour pouvoir s’intégrer dans son environnement géographique et assurer ainsi sa survie dans cette région.

Loin de tenir compte de ces propos prémonitoires, les sionistes persistent, au contraire, dans leur politique agressive et expansionniste. C’est peut-être ce qui avait amené le Général De Gaulle à confier à son fils Philippe que les juifs s’avèrent être des génies dans tous les domaines, sauf en politique : « Chaque fois qu’ils s’y mêlent, c’est la catastrophe ! » avait-il conclu.

Ali Mahjoubi


* article écrit quelques jours avant le cessez-le-feu

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