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Quand Ahmed Ben Salah sort de ses gonds !

dimanche 1er février 2009

Larbi CHOUIKHA

Samedi dernier, l’espace Art-Libris, qu’anime avec brio notre ami Raouf Dakhlaoui, a accueilli l’ancien super-ministre de Bourguiba, Ahmed Ben Salah, venu présenter son dernier ouvrage « Pour rétablir la vérité. Réformes et développement en Tunisie 1961-1969 ».

Comme à l’accoutumée, la séance de dédicace a été précédée d’un débat très fécond au cours duquel plusieurs intervenants ont osé « titiller » l’homme politique en s’en prenant au bilan de son expérience des années 1960. Un gros cigare à la main, alerte et lucide malgré ses 82 ans, cachant à peine sa colère, il ressasse à l’assistance qu’il n’était ni responsable des échecs de cette expérience et des souffrances endurées, ni même impliqué dans la dure répression des années de plomb de Bourguiba : « d’ailleurs, je n’étais pas ministre de l’intérieur ! », martèle-t-il à l’adresse d’une assistance toute médusée et dubitative.

Et, face aux questions embarrassantes qui fusaient, il s’exclame à l’endroit des personnes, récalcitrantes à ses yeux, : « Mais c’est un second procès que vous voulez me faire, aujourd’hui ! ». Et comme pour s’en convaincre encore, il égrène la liste des satisfécits qu’il avait reçus de l’étranger au moment de son éviction, comme celui de l’ancien ministre du général De Gaule, Michel Debré, de la Banque Mondiale, de certains universitaires français… Il nous rappelle qu’après son limogeage, aucune voix dans le pays ne s’était élevée en sa faveur, alors que ses partisans et courtisans étaient légion, et du coup, il évoque la pétition signée par 45 universitaires audacieux qui avaient volé à sa rescousse pour réclamer un procès équitable et juste et l’ouverture d’un débat national sur ces années de l’expérience des coopératives.

Et voilà que l’inépuisable Salah Zghidi, un des signataires de cette pétition, prend la parole pour rappeler au ministre que les pétitionnaires étaient tous des militants de gauche et non des partisans à lui, et que plusieurs d’entre eux avaient été torturés, condamnés, persécutés pour leur engagement militant, du temps de toute sa gloire, sans que lui, ni aucun de ses collègues du gouvernement, ne se fût indigné ou même ému publiquement ! Et le comble de l’histoire c’est que celle-ci se répète… dans les mêmes conditions, avec la même myopie, et les mêmes réflexes qui animent nos dirigeants, pour aboutir en fin de compte aux mêmes remords. Quel triste sort que de se savoir condamné à l’amnésie politique !

Plus de cinquante années d’indépendance, vingt ans après les grands bouleversements mondiaux qui ont fait voler en éclats toutes les certitudes et les vérités toutes faites ainsi que l’infaillibilité des leaders, les schèmes, les habitudes et les réflexes qui habitent l’élite dirigeante demeurent les mêmes. Et c’est ce qui fait que les valeurs d’humilité, de doute, d’autocritique, mais aussi les principes portant sur le droit à la différence, à la critique, au respect des opinions contraires… ne constituent pas encore des pratiques bien ancrées et bien pensées.

Reconnaissons, toutefois, que le dirigeant politique Ahmed Ben Salah se distingue de ceux de sa génération par une qualité indéniable : porteur d’un projet de société qui l’a toujours habité, il a le courage de ses idées et est convaincu de leur justesse, il se défend avec opiniâtreté, même après sa condamnation et sa fuite à l’étranger, et aujourd’hui encore, devant les jeunes générations. Et c’est précisément pour cela qu’il mérite notre respect !

1 Message

  • Quand Ahmed Ben Salah sort de ses gonds ! Le 5 février 2009 à 17:37, par Caféine

    Si je résume l’histoire de la Tunisie de cette période, je dirais que le pays ressemblait à un champs de batailles que se livraient une poignée de « chefs », et le peuple, dindon de le farce, encaissait les dégâts collatéraux. Aujourd’hui ces chefs à la retraites sont devenus philosophes, historiens ou écrivains à l’occasion. Mais tous se sont refaits une virginité en prenant à leur compte la célèbre phrase « je suis responsable mais pas coupable ». Après on peut baisser le rideau, circulez il n’y a plus rien à voir...C’était une pitoyable farce ou un horrible cauchemar ?

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