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Agression de Gaza : Une guerre technologique ?

dimanche 1er février 2009

Mohamed Larbi BOUGUERRA

A l’heure où on annonçait la fin de l’agression forcenée et barbare qui a crucifié Gaza pendant trois interminables semaines, on apprenait que « les pays arabes ont du mal à enrayer l’illettrisme et que « l’analphabétisme touche près de 40% des personnes âgées de plus de 15 ans » dans ces pays, soit près de 60 millions d’adultes, selon un rapport de l’UNESCO rédigé à Tunis le 07 janvier 2009 » écrit Grégoire Allix dans « le Monde » du 20 janvier 2009.

Or, l’agression israélienne a été menée avec les moyens les plus « up to date », le dernier cri de l’industrie de la Mort où l’informatique et la nanotechnologie s’allient pour faucher la vie de « l’ennemi » souvent avant qu’il ne mette à exécution son projet et sans exposer l’adversaire israélien, bardé de senseurs, de capteurs et d’appareils de vision nocturne.

Guerre technologique certes mais au cours de laquelle la barbarie et la haine – très primitives- se sont librement exprimées, sous la conduite du seul « Etat démocratique » de la région, celui –là même qui viole si allègrement les résolutions de l’ONU et bombarde impunément ses écoles et ses centres d’assistance aux réfugiés. Sous le regard et l’assentiment du monde « civilisé ». Albert Einstein disait : « Le monde est dangereux à vivre non pas tant à cause de ceux qui font le mal mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. »

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Nettoyage ethnique :

L’emploi du phosphore blanc et de ses horribles brûlures sont maintenant bien connus mais les médecins norvégiens ont aussi découvert des traces d’uranium appauvri (UA) là où la soldatesque sioniste est passée à Gaza. On sait que le Congrès américain a donné son accord, en septembre 2008, pour céder à Israël 1000 bombes GBU 39, des « Smart bombs », des bombes intelligentes, très précises, guidées par GPS, de petite taille, bon marché et capables de perforer des bunkers profonds. Celles-ci ont été livrées à Israël en novembre 2008 : la préméditation de l’agression est donc flagrante et il est vain de faire porter la responsabilité du déclenchement des hostilités aux Palestiniens. La petite taille de ces engins permet d’augmenter le nombre d’unités embarquées sur les avions de combat F-15 et F-16 d’où le déluge de feu du premier week-end de l’agression et le grand nombre de cibles visées. Le dard de ces engins (penetrator) est à l’uranium appauvri U 238 pour multiplier leur force de pénétration. L’uranium appauvri est un terrible poison chimique et radiologique. C’est un alliage plus solide que le tungstène, qui brûle lors de l’impact et répand un aérosol à 90% de particules métalliques extrêmement ténues, nanométriques (dimensions de quelques milliardièmes de mètre ), invisibles, qui se jouent de tous les filtres et finissent dans les poumons des personnes exposées. L’UA a été utilisé en Irak à la fin de la guerre du Golfe de 1991 par les forces yankees et coalisées et on relève depuis une pléthore de cancers, de leucémies, de malformations congénitales, de maladies du système immunitaire. Ces effets sont particulièrement bien documentés dans les cas de l’Irak (Voir Robert Fisk, « La grande guerre pour la civilisation. L’Occident à la conquête du Moyen-Orient (1979-2005) », Editions La Découverte, Paris, 2007, p. 717-735). et de l’Afghanistan et les revues spécialisées ont publié des photos absolument insoutenables de nouveaux- nés horriblement malformés en Irak. Certains voient dans le largage, par l’armée israélienne, des bombes GBU 39 à l’UA de fabrication américaine sur Gaza un « nettoyage ethnique »lent, invisible et insidieux de la population palestinienne qui est ainsi automatiquement contaminée dans sa descendance et dans son environnement.
On est là en présence d’un indéniable crime contre l’humanité.

La technologie à la rescousse :

L’arsenal technico-militaire américano-israélien utilisé contre la population désarmée de Gaza a comporté d’autres moyens sophistiqués. On a ainsi employé :
- la vidéosurveillance intelligente contre Gaza telles les caméras couplées à la biométrie pour la reconnaissance des visages mis au point par la société américaine Visionics
- Les avions sans pilote (drones) qui sont depuis longtemps dans le paysage non seulement de Gaza mais aussi aux frontières avec le Liban, la Jordanie, la Syrie sur le Golan. Depuis la fin du premier trimestre 2006, la française EADS et les Industries aéronautiques israéliennes (IAI) travaillent ensemble pour développer « un système intérimaire de drones à longue endurance ».
- Les frelons bioniques qui sont des robots minuscules capables de détecter et de tuer dans des zones difficiles d’accès et ce, par la grâce de ses composants nanotechnologiques. Rappelons que la nanotechnologie permet de manipuler la matière atome par atome et que, par exemple, dans 2 grammes d’hydrogène ou 12 grammes de carbone, il y a 6x 1023 (soit 6 suivi de 23 zéros) atomes d’hydrogène ou de carbone .
- Les DIMES (explosifs à métal inerte dense) qui, à 2 mètres, coupent en deux un corps et à 8 mètres, ils sectionnent les jambes qui apparaissent comme brûlées par des milliers de piqûres rapportent les médecins norvégiens de l’hôpital Shifa à Gaza.

On notera que le 19 et 20 janvier 2009 s’est tenu à Toulouse un séminaire franco-israélien sur les nanotechnologies sous l’égide de la Chambre de Commerce France-Israël Midi –Pyrénées. Mais, entre gens bien, il est déplacé d’évoquer les applications militaires bien que tout le monde sache de quoi il s’agit quand on parle d’homme-machine, de société de contrainte, d’interface homme- machine de visualisation 3D, de sécurité des technologies de l’information, ou de RFID (ou Identication par radiofréquence) qui permet d’identifier un objet, de suivre son cheminement, de connaître ses caractéristiques à distance grâce à un émetteur radio sans ligne de vue directe et même à travers certains matériaux voire la neige (puces et mouchards intelligents)(voir par exemple le site « Pièces et main d’œuvre » sur la Toile).
Secret de polichinelle : dans les laboratoires, chacun sait que la nanotechnologie, çà sert à faire la guerre (on parle- « en termes galants » comme dirait Molière- d’« applications duales »). Mais, comme pour l’empereur romain Vespasien, l’argent des programmes de recherche des technopoles n’a pas d’odeur pour certains scientifiques.

La technologie intéresse au plus haut point la machine de guerre sioniste. En novembre 2006, Ehud Olmert a donné sa bénédiction à la création d’un bureau spécial chargé de superviser des armes hypersophistiquées utilisant la nanotechnologie, a indiqué le quotidien israélien Yédiot Ahoronot. C’est pourquoi les meilleurs spécialistes israéliens du Technion (Israel Institute of Technology) de Haïfa courent le monde et les congrès à la recherche de coopération « académique » (eh oui !) liant recherche-armée-industrie à Grenoble, à Toulouse, dans la Silicon Valley…pour développer des « perles de connaissance », des mini-senseurs dispersés en territoire ennemi pour collecter des informations et autres armes secrètes frisant la science-fiction.
Avec un tel arsenal, on comprend l’ampleur des dégâts (35 000 personnes sans abri) et les milliers de morts et de blessés parmi les femmes et les enfants. Pour ne rien dire des atteintes psychologiques et des handicaps à vie !

Que prépare-t-on encore ?

Michel Chossudovsky du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d’économie à l’Université d’Ottawa au Canada relevait le 14 janvier 2009 qu’une très grosse cargaison d’armes, composée de 3000 tonnes de munitions, doit être envoyée des Etats Unis vers Israël. Il s’agit là, de par sa taille et sa nature, d’une expédition particulièrement « insolite ». Deux voyages vont avoir lieu du port d’Astakos en Grèce vers le port d’Ashod en Israël pour acheminer 325 conteneurs de 6 mètres enregistrés comme « munitions » et provenant de Caroline du Nord aux Etats Unis. Ils doivent arriver en Israël au plus tard les 25 et 31 janvier 2009. Ainsi, l’armée de l’air israélienne recevra « 500 bombes perce-bunker d’une tonne, 2500 bombes ordinaires d’une tonne, 1000 bombes de 500 kg et 500 bombes de 250 kg. Il y aura des versions aéroportées, des systèmes de guidage, des bombes d’entraînement et des détonateurs. Elles sont guidées par un satellite militaire israélien » écrit Chossudovsky. Est-il nécessaire de préciser que tous ces engins de mort font partie d’un accord américano- sioniste datant de 2004 et qu’ils sont payés par l’aide américaine ?

De plus, nous apprend cet auteur, le Pentagone a envoyé début janvier 100 militaires US pour aider à installer un nouveau système radar d’alerte précoce en bande X qui « permet l’interception dès le lancement sur le territoire ennemi au lieu du territoire ami ». Ce radar intégrera la défense antimissile israélienne dans le réseau mondial des Etats Unis qui comprend des satellites, des navires du « Système d’interception guidée électronique avancée » patrouillant en Méditerranée, en Mer Rouge, dans le Golfe….Israël est bel et bien sous cet angle, un protectorat américain !

C’est cet Etat qui, grâce à cet arsenal sophistiqué a ravagé Gaza « comme on ne l’a jamais vu » (Ban Ki Moon). Il a visé les enfants, l’avenir de la Palestine, délibérément et, dans la même logique génocidaire, les écoles et les universités. Si les Arabes veulent sortir vainqueurs de cette confrontation, il leur faut d’abord reconstruire ces lieux du savoir et éliminer l’analphabétisme et il faut qu’ils retiennent aussi qu’Israël consacre 4,5% de son PIB à la recherche et qu’il compte la plus forte densité mondiale de personnels de recherche et développement (13,8%)….même si tout ce beau monde a deux ou plusieurs passeports !

Les guerres de demain feront d’abord appel à la matière grise et nous ne saurions l’emporter avec 60 millions d’analphabètes !

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