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GUERRE CONTRE GAZA :

AGRESSEUR ET COMPLICES

samedi 24 janvier 2009

Ahmed Ounaïes,

Tunis, 14 janvier 2009

Un point de divergence persiste entre le Sud et le Nord de la Méditerranée relativement à la responsabilité du déclenchement de la guerre de Gaza. Il faut clarifier ce point essentiel parce qu’il renvoie à une divergence de doctrine.

Pour nos partenaires européens, le mouvement Hamas en porte la responsabilité parce qu’il a volontairement pris la responsabilité de lancer sur les villes israéliennes, à partir de Gaza, des roquettes menaçant la vie et les biens de citoyens israéliens. De ce fait, Israël se prévaut du droit de défendre ses citoyens contre les actes terroristes de Hamas.

Pour nous, la puissance occupante porte l’entière responsabilité des violences dans les territoires occupés. D’abord parce que la résistance est inhérente à l’occupation. Lorsque les pays européens subissaient l’occupation, de 1940 à 1945, ils avaient tous opposé aux forces d’occupation une résistance nationale violente et meurtrière. A l’appui de leur combat, les autres pays demeurés libres leur fournissaient tous les moyens d’assistance y compris les armes. Quand l’Afghanistan était occupé par les forces soviétiques, la résistance nationale afghane a été soutenue pendant près de 10 ans par les puissances occidentales qui lui fournissaient ouvertement les armes les plus évoluées. La résistance était alors légitime et qualifiée d’héroïque. Pourquoi serait-elle illégitime et terroriste quand la victime de l’occupation est le peuple palestinien ?

D’autre part, l’occupation israélienne est aggravée par une politique de confiscation des terres et d’expansion coloniale qui consiste à chasser les indigènes de leurs terres et de leurs demeures et d’y implanter des colons venus d’ailleurs. Nous partageons, avec les pays européens, une longue histoire de cet ordre : nous connaissons fort bien la terrible réalité de l’ordre colonial, sa cruauté, son caractère brutal, discriminatoire et déshumanisant. Nous avons ensemble traversé des épreuves sanglantes d’une intensité inoubliable et nous avons ensemble surmonté ces épreuves politiquement et philosophiquement.

La cause est entendue. Faut-il tout recommencer ? Tout reprendre ? Nos partenaires européens, s’ils sont de bonne foi, ne peuvent pas ignorer ni sous estimer le facteur colonial dans l’affrontement israélo palestinien et dans la genèse de la violence en Palestine.

Enfin, les droits du peuple palestinien sont reconnus et validés par des résolutions très claires du Conseil de Sécurité, des jugements de la Cour Internationale de Justice et des décisions du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies. Le peuple palestinien ne demande pas plus que la reconnaissance de ses droits et la mise en œuvre de la légalité internationale. Le plan de paix arabe auquel il souscrit garantit les droits légitimes d’Israël. C’est Israël qui s’y refuse indéfiniment et impunément.

Quelles sanctions peut craindre Israël en violant, en particulier, les droits du peuple palestinien ? Il est clair que la résistance nationale palestinienne ne saurait suppléer les sanctions internationales, mais du moins la résistance est-elle légitime. Elle constitue la réponse logique et prévisible à l’agression de la puissance occupante qui est, de surcroît, la puissance coloniale. Si nos partenaires tiennent à ignorer cette réalité fondamentale, ils se définissent à nos yeux en toute responsabilité : ils sont les complices de l’agresseur.

Quel rôle jouent-ils dans l’action juridique et politique pour créer les conditions d’une paix juste et conforme à la légalité internationale ? Ni au sein du Quartet, ni au Conseil de Sécurité, ni à la Cour Internationale de Justice, ni dans les autres instances des Nations Unies, encore moins dans les instances communes du Partenariat Euro Méditerranéen, nos partenaires européens ne s’élèvent à la mesure de la justice et de l’impartialité que dicte leur qualité de partenaire commun des deux parties. A ce titre, le record de nos partenaires est plus que troublant.
Le 12 janvier 2009, nos partenaires européens se sont abstenus en bloc dans le vote de la résolution du Conseil pour créer une Commission d’enquête sur les violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international par Israël, la puissance occupante, contre le peuple palestinien. La résolution demande également au Secrétaire Général des Nations Unies d’enquêter sur les attaques contre les installations de l’UNRWA à Gaza. La résolution était néanmoins approuvée par la majorité du Conseil. Auparavant, le 6 juillet 2006, nos partenaires européens votaient en bloc contre une résolution du Conseil qui décide l’envoi en mission urgente à Gaza du Rapporteur spécial sur la situation des Droits de l’Homme dans les territoires palestiniens occupés. La résolution etait heureusement approuvée à la majorité du Conseil.

Le 8 décembre 2008, le Conseil des Relations Extérieures de l’UE a décidé de ‘‘rehausser’’ les relations avec Israël à la faveur du prochain plan d’action en 2009. Ce statut permettra à Israël de participer à plusieurs institutions réservées aux Etats membres, notamment le Comité Politique et de Sécurité. La décision tombe le 35e jour du blocus de Gaza et après une semaine marquée par de nouveaux assauts de colons armés contre des familles palestiniennes à Hébron, suivant les pratiques hideuses du colonialisme. La décision est également prise en dépit de l’appel du Premier Ministre Palestinien Salem Fayadh pour lier l’octroi de ce statut au respect par Israël ‘‘des lois internationales et des droits de l’homme, y compris le gel des colonisations’’.

Nos partenaires européens s’étaient abstenus en bloc, au cours de l’année 2004, de plaider devant la Cour Internationale de Justice une quelconque position sur la légalité du mur de séparation qu’Israël édifie sur les territoires palestiniens occupés. L’Avis de la Cour, émis le 9 juillet 2004, déclare que « l’édification du mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au droit international. » Nos partenaires ne voulaient pas mettre la tradition juridique européenne au service de la paix dans leur propre voisinage.

Rappelons que le 14 avril 2005, le Conseil d’Association UE / Israël s’était tenu à Jérusalem en dérogation de la doctrine de l’UE qui, jusque là, avait soutenu sans faille les résolutions du Conseil de Sécurité sur la question, notamment la résolution 478 qui interdit de considérer Jérusalem comme la capitale d’Israël. L’UE a-t-elle pris des garanties préalables avant d’assumer cette incroyable dérogation ? Israël ne s’est guère embarrassé de prendre Jérusalem pour base afin de torpiller le processus de paix inauguré à Annapolis les 27 - 28 novembre 2007 : le 4 décembre, sept jours après Annapolis, le gouvernement israélien lance un appel d’offres pour construire 300 logements en extension de la colonie édifiée à Jérusalem Est sur la colline d’Abou Ghuneim ; et le 19 décembre, deux jours après la Conférence des Donateurs à Paris, Israël lance encore un plan de construction de 10.000 logements au sein même de Jérusalem Est. L’UE n’a pas le droit d’ignorer les résolutions fondamentales qui déterminent les conditions de la paix et de la guerre dans son voisinage.

Si le Président Sarkozy, en particulier, impute la responsabilité de la guerre de Gaza à la résistance palestinienne, il renie la France combattante, celle que nous respectons et qu’il prétend honorer à travers les martyrs de la résistance française. Il renie aussi une histoire commune qui lie la France à l’Afrique du Nord, à la Syrie et au Liban. En toute responsabilité, il se range dans le camp de l’agresseur et se destitue lui-même en qualité de Président de l’Union pour la Méditerranée.

A. Ounaïes, 14 janvier 2009

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