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Réplique d’un philosophe à un détracteur

dimanche 1er février 2009

Un quotidien de la place a publié dans son édition du 17 novembre 2008 un article portant la signature (usurpée, semble-t-il) du directeur du département de philosophie de la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis. Dans cet article, l’auteur s’en prend violemment à ses collègues et porte contre eux des accusations, que les concernés ont jugées infâmantes et sans fondement. C’est le cas de notre ami Amor Cherni, longtemps professeur à la Faculté de Tunis – dont il a dirigé le département de philosophie – et actuellement professeur à l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand. Nous publions ci-dessous de longs extraits de la réponse qu’il nous a fait parvenir.


[…]

A vrai dire, ce cas illustre bien l’aboutissement de la crise de notre Université, crise que nous avons vu naître, s’installer et se développer et contre laquelle nous étions nombreux à nous battre sans succès. On pourrait d’ailleurs la résumer en deux mots : l’Université fatale ! C’est que ce temple du savoir et de l’intelligence, est devenu, sous nos cieux, une damnation des dieux, un rocher de Sisyphe, pour les enseignants autant que pour les étudiants. Car, il était devenu nécessaire (on ne sait en vertu de quoi), que tout porteur d’un chétif diplôme appelé « bac » s’adonnât, malgré lui et sous l’assignation de ce nouvel oracle qu’est la machine informatique, à des études pour lesquelles il n’avait ni préparation, ni motivation. C’est ainsi que le Département de Philosophie, que j’avais l’honneur de diriger, était devenu un centre d’accueil pour les élèves des écoles privées, lesquels élèves n’avaient même pas le niveau du 1° cycle du secondaire. Le résultat était qu’ils mettaient sept à huit ans, parfois plus, pour achever une maîtrise, qui ne devait leur servir à rien par la suite. Je ne serais donc pas du tout étonné que le tragi-comique papier provienne de l’un de ces anciens ou actuels malheureux étudiants, qui nous en veut parce qu’il a dû voir sa vie brisée. Il est clair, en tout cas, qu’il s’agit d’un acte de désespoir, d’une sorte de suicide intellectuel et qui espère entraîner après lui le déluge.

Si tel était le cas, et je suis presque sûr qu’il en est ainsi, on ne pourrait avoir pour une âme en si grande peine que de la compassion. Or, la meilleure compassion que l’on eût pu avoir pour une telle âme eût été de l’empêcher de commettre les dégâts qu’elle a commis.
[…]

Au delà donc du geste lui-même, je soupçonne personnellement une volonté de nous nuire à nous, à notre métier et même à nos enfants. Qu’avons-nous fait (…) pour mériter un tel procès et un tel jugement par contumace ? Même la Cour de Sûreté de l’Etat a eu l’obligeance, une fois n’est pas coutume, de me convoquer, en son temps, à mon procès, et je m’y étais vaillamment présenté !

Mais, en fait, que nous reproche ce courageux auteur ? Notre dynamisme et notre acharnement au travail pour sortir notre pays de la « médiocrité » dont il offre lui-même l’une des plus convaincantes illustrations. Que certains d’entre nous, consacrent leur temps et leurs efforts, non à leurs familles ou à leurs loisirs, mais à la promotion et à la présence de notre discipline dans des institutions nationales, on ne peut que les en remercier et les applaudir. Que d’autres aillent rafraîchir leurs humeurs (…) dans les Campus, contre un peu de chaleur philosophique apportée à nos futurs juristes, cela ne peut que nous faire honneur, tant à nous qu’à nos collègues du Campus, qui ont reconnu leurs compétences et sollicité leur collaboration. Qu’il y ait parmi nous des hommes et des femmes qui « envahissent les tables rondes », au lieu d’investir les cafés et les salles de jeu, cela ne peut que témoigner de leur probité intellectuelle et de leur générosité pédagogique. Qu’il y en ait enfin qui vont « chercher les lumières » dans des universités étrangères, cela ne peut que signifier leur modestie et leur amour du savoir. Je ne parlerai pas de ceux et de celles dont la fréquentation des bibliothèques, c’est-à-dire de leurs « lieux naturels », ne suscite d’étonnement que chez ceux qui n’ont aucune idée du travail intellectuel.

J’aurais été heureux, Monsieur, de trouver, au lieu de cette triste bile d’un faux Aristarque, une sévère critique ou un compte rendu circonstancié de nos travaux publiés tant à Tunis, qu’à travers le monde. J’aurais voulu y voir la présentation de l’un de nos derniers ouvrages donnés au public dans notre pays ou à l’étranger. Vous auriez contribué à combattre le mal au lieu de l’aggraver... Vous auriez aidé l’Université et le pays à se relever (…) Malheureusement, au lieu de contempler ces belles roses que nous produisons et soignons jour et nuit, à l’honneur de notre pays et de notre Université, vous êtes allé fouiller dans les poubelles de Tunis (…)

Amor Cherni Pr

Université Blaise Pascal à Clermont-Ferrand

Université de Tunis

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