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Manifester pour Gaza :

Etre ou ne pas être… citoyen !

lundi 5 janvier 2009

Internet, en général, et le réseau social Facebook, en particulier, représentent sans aucun doute une nouvelle donne pour le débat, la diffusion des idées et, surtout, l’action collective, notamment, les manifestations. Car il devient très facile, grâce à ce réseau, de s’entendre entre des centaines, voire des milliers d’« amis » de Facebook sur le lieu et l’heure d’une manifestation en vue de défendre une cause donnée, comme on l’a vu un peu partout dans le monde.

Et, comme prévu, la tragédie vécue par les civils palestiniens à Gaza a suscité sur le Facebook tunisien un formidable élan de sympathie et de solidarité et a fini par déboucher à Tunis, lundi et mardi derniers, sur deux manifestations (mort-nées) pour Gaza.

Au delà de l’intérêt que revêt cette « première », elle nous permet d’approfondir la réflexion sur la perception que les jeunes Tunisiens ont de l’engagement politique. Car il est évident qu’en Tunisie, on ne manifeste pas. Ou, plus précisément, et comme l’a si judicieusement souligné -Z-, le bloggeur censuré par l’ATI, la Tunisie est le seul pays du monde où l’on manifeste, non pas pour exprimer sa colère, mais au contraire pour manifester sa joie et sa fierté – comme ça a été le cas des manifestations de « reconnaissance » à Gafsa et à Kasserine du printemps dernier. Organiser une manifestation spontanée, dans ces conditions, relève de la gageure.

Sans doute, les promoteurs de cette initiative se sont-ils dits que défiler pour Gaza ne poserait aucun problème – entre autres aux autorités – étant donné l’unanimité dont jouit le soutien à la cause palestinienne parmi tous les Tunisiens. Mais il fallait peut-être avoir à l’esprit que ce n’est pas tellement la cause défendue par les aspirants manifestants qui risque de déranger que l’exercice du droit à manifester en lui-même.
Ainsi, ce n’est pas parce que l’objet de la colère n’est pas la politique interne – la question du bassin minier, par exemple – que l’acte de manifester irait de soi. Mieux encore, c’est le pouvoir de manifester sa colère en rapport avec les affaires internes qui donne plus de portée et de crédit à un engagement en faveur de la cause palestinienne.

Autrement dit, on risque d’être difficilement audible au delà des frontières si on ne l’est pas à l’intérieur, comme on ne risque pas d’être citoyen du monde si on ne l’est pas chez soi… Ce qui explique, d’ailleurs, la colère récurrente des peuples arabes contre le « silence officiel arabe ».
Pour conclure, Facebook est un excellent moyen pour diffuser l’information, susciter des débats et créer des synergies, mais le passage d’une mobilisation virtuelle à une autre dans la rue est sans doute plus difficile à réaliser qu’on ne le croit. Il n’en demeure pas moyen que cette mobilisation représente un premier pas dans le long et difficile combat pour la citoyenneté.

Boubaker Jridi

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