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Les leçons de déontologie de M. M.

samedi 10 mai 2008

Baccar Gherib

Le niveau médiocre atteint, depuis plusieurs années, par l’organe du gouvernement en langue française La Presse fait l’objet d’une parfaite unanimité aussi bien parmi les gens de la profession que parmi ses lecteurs. D’ailleurs. La situation de ce journal a récemment poussé quelques-uns de ses journalistes les plus chevronnés à publier sur un vrai cri de détresse quant à l’atmosphère étouffante dans laquelle ils sont obligés de travailler et, notamment, la censure omniprésente avec laquelle ils doivent composer.

Or, comme on pouvait s’y attendre, rien n’a changé depuis qu‘a été tirée cette sonnette d’alarme. Le journal La Presse continue tranquillement son bonhomme de chemin et nous rappelle tous les jours que, n’en déplaise à certains esprits chagrins, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et il produit, ce faisant, comme lui seul sait le faire, des chefs-d’œuvre de langue de bois.

Cette situation est connue de tous. Elle est désespérée. Et les lecteurs, vaccinés, n’y prêtent plus attention, pressés qu’ils sont de consulter les annonces et la rubrique nécrologique. Dès lors, pourquoi s’y arrêter ? Pourquoi risquer de tirer ce journal du musée dans lequel il végète et où il fait la joie des amateurs d’antiquités et autres vieilleries ?
On l’aurait, volontiers, laissé à son long « sommeil dogmatique » – qui ne sera probablement pas dérangé pour si peu – n’eût été la parution, le 1er mai dernier, sur les colonnes de ce journal, d’un article sorti tout droit du musée, armé de son armure, de sa hache et de sa technique obsolète, dans lequel l’auteur, M. M., donne la leçon à « certains médias français » coupables sans doute d’avoir rompu l’unanimisme qui, seul, réconforte.

Sous le titre vengeur et dénonciateur « Le masque est tombé », notre héros se révolte, en effet, contre la couverture médiatique, faite outre-mer, de la visite du président français en Tunisie. Il s’indigne, il exprime son noble courroux et il s’étonne qu’on ne puisse pas « poursuivre par la justice » ces journalistes qui en ne faisant pas une couverture correcte de cette visite ont non seulement fait « fi de la déontologie journalistique » mais ils se sont aussi placés « en dehors de la loi ». Rien que ça !

Seulement, notre redresseur de torts ne nous en dit pas plus sur les méfaits de ces médias. Il ne cherche pas à éclairer notre lanterne. Il reste, jusqu’au bout, fidèle au style de la maison qui cherche à dénoncer tout en évitant soigneusement de révéler au lecteur les faits précis à l’origine de la dénonciation. On doit se contenter d’allusions à la malveillance de ses pseudo-journalistes qui seraient, à l’en croire, à la fois nostalgiques d’un « ancien ordre colonial » et adeptes d’un « gauchisme primaire », racistes et coupables d’une « fixation haineuse » contre la Tunisie.

On le voit, notre ami est un très éminent adepte de la langue de bois. Il ne fait pas, à coup sûr, partie de la poignée de journalistes qui ont lancé le cri d’alarme pour sauver leur journal et qui ont souligné que ce type d’articles dessert les intérêts qu’il croit défendre.

Mais le comble de l’ironie, c’est que notre gardien de la déontologie journalistique a été – les avocats s’en souviendront – l’auteur, l’été 2006, d’un article publiant une fausse information relative au vote du rapport financier et moral du conseil de l’ordre des avocats. Et il ne me souvient pas qu’il se soit excusé ni auprès des lecteurs ni auprès des avocats ! Mais peut-être que dans le musée où il se trouve, la déontologie a un autre sens que celui que nous lui connaissons aujourd’hui…

Baccar Gherib

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