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L’Union européenne, Israël et les arabes !

mercredi 31 décembre 2008

Slim Ben Taleb.

Nul doute que le conflit entre Israël et la Palestine a été un des principaux points de discorde tout au long du processus de Barcelone. Et, pour certains, il a été véritablement la raison de cet échec et de l’incapacité de l’Union Européenne et des pays du Sud de la Méditerranée à construire une véritable coopération et à faire de l’espace méditerranéen un espace de paix, de co-développement et de fraternité.

Cet échec est d’autant plus important que les pays de la rive Sud misaient beaucoup sur l’implication de l’Europe dans ce conflit et espéraient qu’elle puisse contrebalancer l’appui sans faille des Américains à Israël dans les négociations dans la région. Mais l’Europe n’a pas été en mesure de jouer ce rôle dans le cadre du processus de Barcelone, discréditant peu à peu ce projet qui a été progressivement marginalisé par tous !

Le projet de l’UPM (Union Pour la Méditerranée) était différent par rapport à celui de Barcelone dans la mesure où il a voulu, dès le départ, se concentrer sur des projets concrets afin de renforcer la coopération entre les deux rives et en faire une réalité. Les concepteurs pensaient évacuer ainsi les questions politiques, et notamment la paix au Moyen Orient qui étaient au centre de l’échec de Barcelone. Mais après l’euphorie des débuts et surtout du sommet de Paris, ce qui a été jeté par la fenêtre est revenu par la grande porte. En effet, la politique et la question du conflit au Moyen Orient que les responsables européens pensaient avoir relégué est revenu sur le devant de la scène. Ainsi, lors de la dernière réunion de Marseille, les responsables européens se sont rendu compte qu’une question apparemment marginale – la présence de la Ligue Arabe dans les réunions de l’UPM – pouvait compromettre le succès de tout le projet.

Et les pays de la rive Sud d’espérer de nouveau que la partie européenne use de tout son poids pour amener Israël à changer de politique et à s’engager sérieusement dans un processus de paix ! Ceci était d’autant plus important que Gaza vivait un blocus que tout le monde juge inacceptable et qu’il fallait desserrer cette main de fer qui la prive de l’essentiel dans le domaine de la santé, de l’éducation et de l’énergie. Ce territoire est en train de vivre un drame humain qui a amené l’expert de l’ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens, Richard Falk, à demander, dans son dernier rapport, la mise en œuvre de "la norme reconnue de la responsabilité à protéger une population civile punie collectivement par des politiques qui s’assimilent à un crime contre l’humanité". Condamnation on ne peut plus claire des politiques de punition collective pratiquées depuis plusieurs années par Israël contre les populations civiles. D’ailleurs, certaines ONG, des personnalités et des militants en faveur de la paix n’ont pas hésité à défier les autorités israéliennes en organisant des convois de bateaux remplis de vivres et de produits de première nécessité pour rompre le blocus.

Par ailleurs, les pays de la rive Sud espéraient également que l’Europe allait user de tout son poids et de toute son influence pour qu’Israël s’engage de manière sérieuse dans des négociations de paix.

Les pays de la rive du Sud avaient donc beaucoup d’espoirs dans leurs partenaires du Nord et dans leur capacité à "raisonner" Israël. Or, la réponse vient de tomber, cinglante pour les pays qui pensent que l’Europe pouvait être neutre dans ce conflit. En effet, les ministres des affaires étrangères, réunis sous la présidence française les 8 et 9 décembre derniers, viennent d’adopter un texte intitulé "Council Conclusions Strengthening of the EU bilateral relations with its Mediterranean partners - upgrade with Israël". Ce texte adopté sous l’influence de la présidence française, cherche à rehausser le niveau des relations entre l’UE et Israël et accorde à cette dernière un statut qu’elle n’a jamais eu par le passé et que l’Europe n’accorde qu’à de grands pays comme la Chine, la Russie ou l’Inde.

Ce nouveau statut donnera à l’Etat d’Israël des privilèges inimaginables dont la tenue régulière de réunions de Chefs d’Etat et de gouvernements de l’Union avec Israël. Le premier sommet devrait d’ailleurs avoir lieu bientôt sous la présidence tchèque. Il devrait aussi se traduire par la tenue de réunions régulières entre les ministres des affaires étrangères. Israël sera également associé de manière étroite, consulté de manière régulière sur toutes les questions stratégiques, politiques ou sécuritaires. Ce nouveau statut sera également à l’origine de consultations et d’échanges suivis entre les deux parlements.

Ce changement de statut constitue, sans nul doute, un changement majeur dans les rapports entre Israël et l’UE et dans la politique de l’Union au Moyen Orient. De l’observateur neutre qu’elle a toujours été, l’Europe devient l’allié stratégique d’Israël. Ce qui affaiblira sa position vis-à-vis de ses alliés traditionnels dans le monde arabe. Mais ce changement d’attitude, déjà condamné par l’Egypte et l’Autorité palestinienne, rendra le projet de l’UPM encore plus incertain.

Slim Ben Taleb.

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