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L’action citoyenne dès… l’université !

mercredi 31 décembre 2008

Encore une circulaire ministérielle qui restera dans les annales de l’enseignement supérieur ! Il est vrai que, d’un seul coup, le ministre règle deux grandes failles de tout notre système éducatif : la mémoire et l’environnement. Effectivement, une de nos tares nationales est le rapport à la mémoire. Nous avons cette fâcheuse tendance à oublier très rapidement tous ceux qui ont fait notre patrimoine, notre grandeur et notre essence. Comme gêné par la réussite de l’autre, le Tunisien s’attache plus aux rituels religieux, non impliquants et ne revenant qu’à une divinité supérieure à tous les humains. Il oublie donc tous les « Héros » et les « Vaillants » qui ont réfléchi la cité, combattu les ennemis, pris des risques, sacrifié leurs vies, résisté à l’obscurantisme, produit des connaissances, défendu des causes, bataillé pour des acquis, mené de front de vraies luttes pour que la Tunisie soit à son niveau actuel. Le Tunisien croit que c’est grâce aux forces du moment, du hasard ou encore de cette même divinité que son pays se situe relativement bien sur l’échiquier des pays du Sud. Effacer les hommes n’est qu’une sinécure devant l’oubli des événements, des dates, des faits, des icônes et bien d’autres balises qui fondent l’Histoire d’un pays de 3000 ans d’existence.

La deuxième tare sur laquelle a pointé et bien visé la circulaire est le rapport à la nature et à l’environnement d’une façon générale. Constatant que le Labib national est complètement dépassé par les comportements non civiques et individualistes de ses concitoyens, le ministre a tenté de lui prêter main forte pour relancer l’action verte et de portée publique.

La dernière grande innovation 2008 a donc été de créer une placette au sein de chaque institution universitaire, portant une plaque commémorant le 50e anniversaire de la création de l’université tunisienne. Cette placette doit donc contenir un élément vert et doit être bien entretenue. Afin de parfaire le décor, un groupe d’étudiants dévoués devrait se réunir tous les mercredis après-midi pour l’entretien de la placette. Et la cerise sur le gâteau : un prix de la meilleure placette sera décerné au printemps 2009.


À défaut de trouver une solution au chômage des jeunes diplômés, Monsieur le Ministre contribue à coup de circulaires à résorber le chômage des maçons, découpeurs de marbre et autres scribes.

Grâce à ce coup de génie (faire installer des plaques vertes commémoratives du 50ème anniversaire de l’université tunisienne), le ministre donnera l’occasion à tous les universitaires de se recueillir sur leurs illusions perdues.


Comme si le ridicule de la production ne suffisait pas, l’observation du zèle de certains responsables quant à l’application de la circulaire (n° 28) est à porter aux palmarès de l’inventivité burlesque. Il a fallu pour certains trouver un espace central et visible, quitte à condamner… des arbres ou un espace commun. Il a encore fallu trouver les matériaux nobles, les créateurs et les entrepreneurs pour réaliser l’ouvrage tant attendu. Tous ceci en moins d’une semaine. Imaginez que chaque institution, à l’instar de nos boulevards de l’environnement, va avoir sa placette de marbre ! Je reste sans voix devant une université sans voie. Une réelle efficacité doublée d’une efficience sans faille… Quand je pense que pour acheter une cartouche d’encre pour l’imprimante du labo, ils nous imposent des mois d’attente, je dis bravo aux responsables !

Que dire ? Quand on sait que les placettes en marbre et les surfaces gazonnées sont dans la top 10 de la liste des priorités des institutions, deux hypothèses viennent à un esprit sain : soit que l’université offre déjà toutes les conditions matérielles décentes pour une production universitaire de « qualité » et s’occupe, donc, dorénavant, des accessoires intelligents ; soit qu’elle est complètement dépassée par la liste des besoins élémentaires et qu’elle se rabat donc sur les fins budgétaires faciles et à effet visible et immédiat.

Comme le dit si bien un proverbe de chez nous : « Manger des bonbons, c’est tout ce qui manque à l’étranglé !! » Merci encore, Monsieur le Ministre !

O.K.

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