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Les Tunisien(ne)s , l’amour et le sexe.

mercredi 31 décembre 2008

Au-delà de la facilité avec laquelle l’intitulé de cet article a été choisi, il était difficile de trouver un alibi « convenable » pour écrire l’article lui-même. L’intérêt que devrait susciter les questions du rapport avec le corps, du désir, de la séduction, de l’épanouissement individuel, de la vie de couple étant naturel, évident, voire même vital pour beaucoup d’entre nous dans une sphère strictement personnelle ou privée, le fait d’y toucher par l’écriture ou d’en parler en public est une autre paire de manches. La question sexuelle est grevée de tabous, d’interdits, de conservatismes, de dispositions pénales répressives, de clichés et d’idées reçues…

En la matière, des idées reçues, il en existe tellement ! Selon l’une d’entre elles, (c’est la saison !) le froid hivernal devrait pousser les tunisiens et les tunisiennes à serrer les rangs au fond de leurs couches. Est-ce une raison pour se serrer très fort sous la couette ? En l’absence d’études sérieuses sur la question, du moins en ma disposition, je me suis intéressé à la « chose » sans avoir pour prétention d’embrasser, de haut en bas, la problématique de notre érotisme national en berne, de la qualité de notre sexualité et du bonheur individuel qui en est la conséquence. Ce qui va suivre ne sera qu’une tentative pour l’effleurer avec la délicatesse et l’attention que requiert un sujet pareil. Un sondage inopiné et extrêmement dénué de valeur scientifique, relayé par l’observation des habitudes de certains concitoyens, m’a permis de relever, sans trop de peine, que par ces temps de grisaille économique, beaucoup de couples éprouvent toutes les peines à boucler des fins de mois de plus en plus pénibles et houleuses.

Ces derniers mois, bon nombre de nos concitoyens, des deux sexes et ce ne sont pas les plus pervers, ont « fantasmé » sur les délices de « Sidi Romdhan » ainsi que sur les parties les plus garnies en chair du mouton de l’Aid. Des « désirs » qui affectent des finances, un bonheur conjugal et des velléités romantiques déjà malmenés par les difficultés du quotidien. Le « je t’aime chéri », le « Azizi -ou Azizti- hani rawahet » et autres « Mahlek » ont laissé place à un « fok âalya » ou « 9ilni » ou « yekhi leflous win ? » ou au fatidique et assassin « Jebet el khobez wel hlib ? ». Je vous fais l’économie des jurons où la Majesté est fortement lésée lorsque les échanges prennent une tournure plus engagée et fortement agressive.

La volonté de coexister pour bon nombre de couples unis par les liens du mariage n’est due qu’au poids social du divorce ou à la nécessité d’élever et de faire grandir les enfants. La sexualité dans ce cas se réduit à son expression primitive : … Je vous épargne les détails les plus sulfureux. Sans le savoir, nos concitoyens sont adeptes d’une « position » dont la double vocation est de faire oublier que le sexe rime avec le plaisir et de confirmer la supériorité « positionnelle » de l’homme sur la femme.

Ceci n’empêchera pas d’autres Tunisien(ne)s de faire preuve d’une ouverture d’esprit et d’un sens de l’imagination qui peuvent surprendre. Les chaînes satellitaires, la nature humaine qui nous anime, le journal du hard de « Canal + », notre chehili national qui nous oblige à nous habiller léger, les histoires de la toujours jeune et prête à l’aventure Abir, le comte Sacher-Masoch et son compère le marquis de Sade y ont été pour quelque chose. Comment expliquer l’intérêt bisexuel – comprendre : des deux sexes- pour les salons de beauté, les différentes crèmes, l’épilation définitive, les sourires malicieux qu’inspirent les combinaisons binaires des chiffres 9 et 6 à certains d’entres nous ainsi que l’apparition des vendeurs à la sauvette de Viagra et de Cialis destiné à nos étalons craignant la panne mécanique ?

Le corps est revenu au galop, mais en silence, dans un contexte social hypocrite et schizophrène, où le non-dit demeure la règle. La dure vérité n’est jamais prononcée, sinon à moitié. Ces mots qu’une femme n’osera pas prononcer après avoir passé l’après-midi à rêvasser devant Mouhanad à la télévision. Que faire ? Que dire à un mari mutant vers la forme tunisienne de « Homer Simpson », le bide dégoulinant, les chaussettes usées et passant l’essentiel des soirées accroché aux matchs de football et aux émissions sportives ? La question se pose dans des termes différents pour certains hommes face au manque d’initiative de l’épouse ou de la concubine, sinon devant les effets que produisent l’âge, les grossesses, une nourriture moyennement équilibrée et la ménopause sur le corps, plus délicat, des femmes. Il existe toutefois une différence notable. Généralement, la possibilité de se donner « un peu d’air frais » nécessite un pas moins difficile à effectuer pour les hommes. La société ne tolère pas la femme adultérine. Elle est beaucoup plus indulgente avec les hommes volages.

Je ne vais pas trop noircir le tableau et je n’abonderai pas sur le fait que dans nos campagnes, sans vouloir généraliser ou tomber dans les clichés faciles de la nuit de noces et de la célébration moyenâgeuse de la défloraison de la mariée, la sexualité est un apprentissage quotidien, souvent difficile, au même titre que l’amour. Le constat diffère lorsqu’il s’agit d’évoquer ceux des « nôtres » qui ont fait le choix de se faire pousser une « jolie » barbe piquante et celles qui s’enveloppent le corps par des couches interminables de vêtements ou qui s’habillent en scaphandrier pour se faire belles sur la plage. Dans la majorité de ces situations, on parle plus de procréation. La sexualité retrouve sa fonction exclusivement reproductive. « L’appel » est signifié par une injonction adressée à la femme de venir au lit et de dormir tôt. Les exceptions existent, je l’admets. Pour beaucoup de pauvres filles, le voile peut servir, selon les cas, à camoufler une « erreur » passée, à protéger une sexualité non assumée et à jouir, en cachette, d’une certaine liberté.

Je terminerai, sans avoir abordé tous les aspects de la question, en signalant qu’il est encore possible pour deux personnes de s’aimer dans ce pays, sans être trop torturés, et de pratiquer l’exercice suprême dans sa géométrie variable. Mais pour ça il faut s’enfermer dans un appartement ou dans une chambre d’hôtel. Pour les couples non mariés, à défaut pour la femme, nonobstant l’âge de la majorité, de pouvoir présenter une carte d’identité nationale dûment flanquée de la mention « épouse de », il est nécessaire de montrer un minimum d’assurance devant un réceptionniste trop zélé pour avoir droit à une chambre double. Vous n’avez pas d’autres choix. Les bancs publics ne vous appartiennent pas. Au lieu de s’occuper des bandits et des malfrats, le regard « oblique » et inquisiteur de la police vous observe et veille au grain ! Vous n’êtes pas des touristes !

Anouar Ben Naoua

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