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Climat : De Bali à Poznan, en attendant Copenhague :

les pays riches mènent en bateau le reste du monde

dimanche 21 décembre 2008

Mohamed Larbi Bouguerra

Du 1er au 13 décembre 2008, se tient à Poznan, en Pologne, la réunion des Nations Unies sur le changement climatique qui doit préparer l’accord devant remplacer le Protocole de Kyoto. Cet accord devrait être discuté à Copenhague du 30 novembre au 11 décembre 2009. De son côté, le 12 décembre 2008, l’Europe – autre acteur de poids de cette problématique avec la Chine et les Etats-Unis – s’est penchée sur la question à Bruxelles. L’année 2009 sera décisive pour le changement climatique global.

En 2001, ont été adoptées les règles d’application du Protocole de Kyoto qui définissent objectifs et délais pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) des pays industrialisés.

Emma Duncan écrit dans la célèbre revue anglaise « The Economist » : « Si on ne parvient pas à s’entendre, cela signifie que le genre humain abandonne la lutte pour sauver la planète. »

La menace pèse sur tous les humains :

La menace est réelle et urgente : elle appelle une diminution drastique des émissions de GES.

La réunion de Poznan aura le mérite de révéler si le monde – et plus particulièrement les pays industrialisés – est sérieux sur la question des émissions de ces gaz.

Les pauvres subissent d’ores et déjà les aléas climatiques : les précipitations accusent une variabilité croissante et l’intensité des cyclones tropicaux et des inondations les rend encore plus vulnérables comme on l’a vu dernièrement au Bangladesh, en Chine, au Brésil, au Maroc. De plus, la Syrie a vécu sa pire sécheresse depuis 40 ans et perdu près de la moitié de sa récolte de blé.

Il est connu qu’à la réunion de Bali, les économies émergentes – qui sont montrées du doigt du fait de leur croissance et de leurs émissions – ont déjà accepté de mettre en œuvre des mesures de remédiation. Elles savent parfaitement qu’il est de leur intérêt de ne pas polluer d’abord et de nettoyer, de dépolluer par la suite. Elles savent également qu’elles ont besoin de fonds et de technologie pour investir dans l’économie à bas niveau de carbone. Ces économies émergentes pourraient, bien évidemment, éviter les méthodes de production émettrices de grandes quantités de carbone. Mais cela a un coût : c’est une lapalissade. En fait, c’est aussi là que gît toute la difficulté.

Un militant chinois a pu déclarer à Poznan : « Les pays riches ont pu se développer dans le passé émettant ainsi beaucoup. Mais pouvons-nous consommer autant d’énergie que vous l’avez fait ? Non, parce qu’il n’y a plus assez de place pour davantage de carbone. »

Pour le Centre de la Science et de la Technologie (CSE) de Delhi en Inde, la question qui est posée à Poznan est parfaitement claire : les pays riches industrialisés, qui sont à l’origine des énormes émissions qui se trouvent déjà dans l’atmosphère, trouveront-ils les moyens de payer les victimes de leurs excès économiques ? Ces pays riches trouveront-ils les fonds nécessaires pour assurer la transition vers des économies à bas niveau de carbone ?

Pour les chercheurs indiens, les réponses baignent hélas dans les faux-fuyants, la tergiversation et les feintes. De fait, les discussions sur le climat sont dans l’impasse car les pays riches, s’agissant du changement climatique, ne veulent absolument pas assimiler la première leçon à ce sujet : partager l’espace atmosphérique afin que la croissance soit équitablement répartie.

Pour une vision commune :

Quand on se rencontre, comme à Poznan, pour discuter de ce type de questions, il faut avoir une vision commune pour combattre le changement climatique. Ce qui ne saurait se réaliser que si on est préparé à partager les ressources communes de l’atmosphère de cette terre. L’équité est la condition préalable pour un accord réel sur le climat.

Sans coopération, un accord global ne fonctionnera jamais. Il faut que le monde accepte le concept d’émission égale par tête d’habitant. C’est ainsi que les riches réduiront les leurs et que les pauvres ne dépasseront pas leur quota climatique.

La vision commune débouche ainsi sur le fait que la question climatique est liée à la croissance économique. De fait, en dépit d’années de longues négociations et en dépit des objectifs inscrits dans le Protocole de Kyoto, aucun pays n’a été capable de découpler sa croissance de l’augmentation de ses émissions de GES. Jusqu’ici, aucun pays n’est en mesure de montrer comment on parvient à une économie à bas niveau de carbone. Entre 1990 et 2006, les émissions de gaz carbonique des pays industrialisés ont augmenté de 14,5%. A Poznan, un membre de l’Académie chinoise des sciences sociales a fait une proposition de « budget carbone » et calculé le total des émissions de carbone de la planète entre 1900 et 2050 tenant compte du fait qu’à cette date, l’humanité devrait avoir divisé par deux ses émissions par rapport à la situation actuelle. Il trouve un quota par habitant de la planète de 2,33 tonnes de gaz carbonique. Il arrive à la conclusion que les pays occidentaux devraient transférer une grande quantité de « budget carbone » aux pays du Sud et relève que les Etats-Unis atteignent dans ces calculs un chiffre record de 20 tonnes par tête !

La plupart des spécialistes sont d’accord aujourd’hui pour dire que l’humanité doit viser une augmentation maximum de la température globale de l’ordre de 2°C. Pour ce faire, la concentration en gaz carbonique ne doit pas dépasser 450 ppm (partie par million). Or, nous sommes actuellement à 430 ppm. On voit ainsi qu’il y a peu de place à la tergiversation et aux discours creux comme vient de le faire l’Union Européenne à Bruxelles en décidant des « dérogations » en faveur des cimenteries et des aciéries polonaises les plus polluantes. Il n’en demeure pas moins que le partage des ressources, du budget et des dégâts constitue une question cruciale.

Le changement climatique revient en fait à partager la croissance entre les nations et les peuples.

Laissons de côté les émissions historiques passées. Il n’en demeure pas moins qu’entre 1980 et 2005, les émissions totales d’un seul pays – les Etats-Unis d’Amérique – ont été presque le double de celle de la Chine et plus de sept fois celle de l’Inde. Si l’on ramène ces chiffres au nombre d’habitant, l’injustice est encore plus criante.
Le changement climatique nous enseigne bien plus que tout autre chose que nous sommes embarqués sur le même esquif, cette Terre unique qui est à tous les humains. Si hier, les pays riches ont rejeté des quantités excessives de gaz carbonique, les pays émergents vont faire de même aujourd’hui. Mais la coopération n’est pas possible en absence d’équité et d’impartialité. Il faut espérer que la réunion de Poznan, si on veut parvenir à un accord, arrivera à faire adopter ce principe : les riches doivent réduire leurs émissions afin que les pauvres puissent croître et mettre fin à la misère qui est le lot de milliards d’humains. Il faut arrêter de tourner autour du pot et de faire des distinctions oiseuses entre pays du Sud : pays avancés, pas assez avancés et moins avancés car le Groupe des 77 (G77) ne comprend pas que les PVD : on y inclut Singapour, l’Arabie Saoudite et la Corée du Sud. Il faut arrêter de dire que « la compétitivité des entreprises » ne saurait s’accommoder des contraintes imposées à leurs émissions.

La planète est en danger

Les négociations n’ont que trop duré. Les pays en développement ne sont pas irresponsables. Ils savent qu’ils doivent trouver des stratégies à bas niveau de carbone mais sans renoncer à leur droit au développement. Ils savent que l’argent public ne doit pas servir seulement à stimuler l’économie mais il doit servir à encourager les transports publics, l’infrastructure urbaine et les nouvelles technologies énergétiques. En un mot, il doit servir à créer une économie équitable et durable car seul importe le bien-être des peuples et de la planète, non celui des entreprises multinationales et de leurs actionnaires, comme semblent le croire l’Union Européenne et les Etats-Unis.

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