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mouvements de protestation et de révolte de la population du Bassin minier de Gafsa :

Prémices d’un procès inéquitable

mardi 16 décembre 2008

Jounaidi Abdeljaouad

Tunis, 5-12-2008

Le procès des militants Adnène Hadji, Béchir Labidi et leurs camarades arrêtés suite aux mouvements de protestation et de révolte de la population du Bassin minier de Gafsa, s’est ouvert jeudi 4 décembre 2008 en présence d’observateurs tunisiens et étrangers venus exprimer leur soutien aux victimes de la répression et à la juste cause des habitants de cette région déshéritée, malgré les richesses qu’elle produit.

Etaient présents des représentants de la CGT et « Sud-Solidaires » (France), de la FDT et de l’ODT (Maroc) et du SNAPAP (Algérie), des responsables syndicaux nationaux et régionaux de l’UGTT (Mohamed Shimi et Hassine Abbassi du BE, Amara El Abbassi et Naceur Lajili des UR de Gafsa et Kairouan), les secrétaires généraux du SGES et du SGEB, mais aussi une importante délégation de l’Initiative Nationale pour la Démocratie et le Progrès (comprenant notamment Ettajdid, le PSG et le PTPD), de l’ATFD, de la LTDH et d’autres organisations de la société civile tunisienne.

La plupart de ces personnalités ont dû subir, dès leur départ de Tunis à l’aube du 4 décembre, de nombreux contrôles policiers sur la route de Gafsa, avant de pouvoir accéder au Palais de justice suite aux démarches pressantes entreprises par les avocats de la défense et du Président de la LTDH auprès du Procureur de la République.

Quant aux accusés, ils sont au nombre de 38 dont certains, comme Mohieddine Cherbib, vivant en France, étaient considérés « en état de fuite ». Les principales accusations sont gravissimes et n’ont rien à voir avec la réalité. Elles ne reposent sur aucun fait véridique concret, mais essentiellement sur des aveux arrachés par la violence et les sévices subis dans les locaux de la police, et dont les traces ont été constatées par le juge d’instruction lui-même et consignées dans son rapport.

« Les séquelles sont là ! Une expertise médicale s’impose ! » insistent les avocats. Mais la cour fait la sourde oreille en ignorant cette demande légitime et en refusant d’entendre les témoins cités, y compris les personnes coupables de torture, dont les noms apparaissent dans les rapports d’instruction.

Pour les prévenus et leur défense, mais aussi pour toute justice indépendante et non soumise à un pouvoir exécutif peu respectueux des règles de procédure légales, seul un procès-verbal d’interrogatoire sans contrainte physique ou morale est valable.

Les aveux obtenus, souvent fantaisistes et grotesques, frisant même le ridicule, sont peu crédibles aux yeux de ceux qui cherchent vraiment à connaître la vérité, toute la vérité, surtout quand ils sont attribués à des militants syndicaux et des citoyens honnêtes et intègres, connus pour être partisans du dialogue, et qui ont réussi, malgré tous les obstacles, à éviter les débordements, à maintenir la colère des habitants de Redeyef, en particulier, dans les limites d’une action pacifique et responsable, avec des revendications raisonnables et constructives, et à engager sur cette base des négociations avec les pouvoirs publics.

Ces aveux devraient être considérés comme nuls et non avenus et le tribunal ne devrait pas en tenir compte si, véritablement, il est capable de délibérer en toute indépendance dans ce genre de procès politique.

Car c’est bien d’un procès politique qu’il s’agit, puisqu’il met en accusation un mouvement légitime contre les inégalités, la corruption et le chômage et qu’il criminalise la solidarité avec ce mouvement, alors qu’il serait plus indiqué de criminaliser la torture, les tortionnaires et leurs commanditaires, au moment même où l’on fête le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Les avocats, dans ce procès, ne sont pas des défenseurs classiques dans je ne sais quel procès de « droits communs ». Ce n’est pas seulement une impulsion de sympathie ou un élan d’humanité qui les ont conduits à défendre leurs « clients », mais bien plus que cela, un enthousiasme débordant qui montre à quel point les 92 avocats volontaires ont pris parti pour les victimes jusqu’à se ranger du côté de ce qu’ils considèrent comme les porte-parole d’une population pliant sous le joug de l’injustice et de profondes inégalités sociales.

Pourtant, rien n’est fait pour faciliter le travail de la défense. Tout est fait, au contraire, pour l’entraver ! Y compris le changement illégal du lieu de détention de Gafsa à Kasserine pour rendre encore plus difficile l’exercice du droit de visite pour les familles des détenus et leurs avocats. Pour surmonter ces obstacles et assurer la défense de tous les détenus du Bassin minier, les avocats se sont mobilisés et ont fait face à toutes les difficultés avec courage et compétence. Ils ont tenté sans fléchir de lever les entraves, dénoncer les abus, mettant en doute l’équité du procès, indépendamment de la bonne disposition apparente des juges.

Ils ont relevé, faits à l’appui, les graves irrégularités commises par la police dans la préparation du procès, comme la séquestration illégale et non déclarée de certains détenus pendant plusieurs jours pour permettre aux « enquêteurs » de mener leurs « interrogatoires » musclés en toute impunité et d’obtenir des « aveux » trop complets pour être crédibles.

Lors de la séance de jeudi 4 décembre, les avocats de la défense ont brillé par leur connaissance parfaite des lois de ce pays, mais ils ont surtout frappé l’assistance par leur grande humanité quand ils sont intervenus à tour de rôle pour présenter leurs demandes préliminaires de libération des prisonniers et de report du procès.

Au cours d’une plaidoierie particulièrement touchante d’un jeune avocat, Maître Naceur Laouini, qui a demandé la levée pure et simple de « l’embargo policier » imposé depuis de longs mois aux habitants de Redeyef, et qui a lancé aux juges un appel vibrant pour libérer les prévenus et leur permettre de célébrer « comme nous tous » la fête de l’Aïd Al-Idh’ha chez eux et auprès de leurs proches, ce ne sont pas seulement les mères, épouses et filles des détenus qui se sont effondrées en sanglots en pleine audience, mais il y avait aussi ce « policier inconnu » en uniforme qui n’a pas pu retenir ses larmes devant cette charge d’émotion !

Insensibles, les juges, à ce flot d’humanité, malgré une empathie évidente ? Nul ne saurait le dire ! Sensibles au contraire à cette belle unanimité des avocats, et désireux de satisfaire à leurs demandes légitimes malgré une impassibilité apparente ? Difficile à dire ! Malheureusement, les faits sont là : après délibération, tout en accordant la liberté provisoire à huit détenus, le tribunal refusa la libération pour les principaux détenus.

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protestations des femmes de redayef

Est-ce se bercer d’illusions que de s’attendre à un procès équitable et à un verdict juste de la part d’un tribunal qui ne semble pas jouir d’une entière liberté de mouvement ? Faut-il s’adresser à ceux qui détiennent le pouvoir de décision pour leur dire : « Ne commettez pas l’erreur de condamner ces innocents en lesquels toute une population digne et fière se reconnaît, et qui ont le soutien des forces de progrès et de démocratie dans ce pays ! Imaginez l’effet que cela ferait auprès de tous les hommes et femmes épris de justice et de liberté, en Tunisie et dans le monde ! Ne sous-estimez pas leur capacité de mobilisation et ne surestimez pas les mérites d’une solution sécuritaire à court terme !

Ayez le courage et la sagesse d’abandonner la voie répressive et de vous attaquer aux vrais problèmes, en empruntant celle du dialogue et de la concertation dans le sens de l’apaisement et d’une véritable justice sociale fondée sur une répartition équitable des fruits du labeur des travailleurs de notre pays ! »

Jounaïdi Abdeljaoued

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