attariq aljadid

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Les crises du capitalisme

dimanche 14 décembre 2008

Voila déjà près de trois mois que les différents gouvernements des grands pays capitalistes continuent à alimenter en milliers de milliards de dollars le trou noir de la finance, sans qu’il n’y ait le moindre signe de l’approche promise du bout du tunnel. Bien au contraire, plus le trou avale des milliards plus les fissures de l’économie réelle s’élargissent, provoquant l’effondrement progressif de pans entiers de l’activité économique à l’échelle mondiale. Il ne se passe plus de jour sans que de nouvelles entreprises de tailles et de renommées mondiales de différents secteurs (automobile, aéronautique, constructions navales, électronique, acier…) n’annoncent des fermetures de sites ou des réductions d’activité, jetant des centaines de milliers de travailleurs dans le chômage et la misère.

Crise financière ou crise de surproduction ?

La crise est présentée par certains comme une crise financière provoquée par la crise américaine des sub-prime .Cette dernière serait elle même le résultat de crédits immobiliers à risque élevé accordés par certaines institutions financières (comme Freddie Mac et Fannie Mae) à des citoyens aux revenus limités, sans autre garantie que l’hypothèque des logements objets de ces crédits. On nous dit, par ailleurs, que la majorité de la clientèle ayant bénéficié de ces crédits n’aurait pas été éligible à ce financement n’eut été la baisse progressive du taux directeur de la FED, ramené en 2001 de 6,5 à 1%. On oublie toutefois d’ajouter que les autorités financières américaines n’ont pas pris cette décision par philanthropie, mais dans le but de repousser l’échéance d’une récession qui s’annonçait déjà à cette époque (2001) et permettre aux capitaux en surplus de s’investir.

La crise de surproduction, au sens marxiste du terme, était donc déjà là en 2001 et s’est exprimée par la disponibilité de capitaux en surplus qui ne trouvaient plus de possibilité d’investissement répondant à une demande « solvable ».

La décision de La FED n’était donc venue que pour créer une demande « solvable » fictive, permettant de retarder les conséquences de la crise économique réelle.

Cette demande « fictive » au niveau de l’économie réelle, transférée au niveau financier, a donné tous ces titres et valeurs « adossées » et donc cette bulle qu’on a continué à gonfler, comme beaucoup d’autres, et qui ne pouvait que finir par éclater, laissant à nu une économie réelle tournant à vide depuis des années et continuant à produire des biens sans valeur pour le système, car ne répondant à aucune demande solvable.

Que cette crise ne soit pas venue « comme un coup de tonnerre dans un ciel serein », que les crises sont devenues ces vingt dernières années de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes, la plupart des analystes le reconnaissent. Ils placent toutefois l’origine de cette crise au niveau du marché financier et expliquent l’impact sur l’économie réelle par une perte de confiance des banques et des investisseurs, confiance dont le retour pourra être assuré par des interventions ponctuelles des Etats et leurs garanties.
Ils s’obstinent à repousser l’explication scientifique d’une crise de surproduction inhérente au système capitaliste lui-même, agissant à l’état chronique depuis des années, et qui, malgré les replâtrages et les traitements palliatifs, continue à s’exprimer par ces crises aigues, de plus en plus fréquentes, de plus en plus violentes et aux conséquences catastrophiques.

Actuellement, tout le monde s’accorde à dire que la crise actuelle est la plus grave depuis celle de 1929 et à l’instar de ce qui s’est passé alors aux Etats unis, tous les gouvernements des grands pays capitalistes promettent de mettre en œuvre tous les moyens budgétaires, institutionnels et de contrôle pour la dépasser au plus vite.

Pour mieux comprendre la situation et pouvoir juger de l’efficacité des remèdes proposés, un retour sur la crise de 1929 s’impose.

La crise de 29, le New Deal et la guerre.

Le début « officiel » de la grande crise des années 30 est le krach financier de Wall Street, un certain jeudi 24 Octobre 1929 L’effondrement des valeurs de la première place boursière a été rapidement suivi de l’effondrement progressif de l’économie réelle des grands pays capitalistes, entraînant la destruction de fait d’une grande partie des moyens de production, la montée en flèche du chômage et une baisse catastrophique du niveau de vie des travailleurs. Seule l’Union soviétique, pays socialiste dont l’économie échappe à la loi du marché, est restée à l’abri de cette crise et a continué son essor économique avec des taux de croissance annuels atteignant les 15 et même 20%.

Dans les pays capitalistes, tous touchés gravement, à des degrés divers, par la dépression, les réponses à cette crise ont été différentes en fonction des rapports des forces politiques et sociales 

La guerre, comme conséquence de la crise de 1929

Sans entrer dans les détails de l’évolution de la situation dans les différents pays capitalistes d’Europe, nous pouvons affirmer qu’elle a été caractérisée par :
- l’incapacité des Etats, et ce jusqu’à la guerre, de dépasser la crise ou même d’en atténuer les conséquences.

- la montée en flèche et la radicalisation des luttes de classes, qui dépassèrent le cadre économique pour poser la question du pouvoir politique. Ces luttes ont abouti aux Fronts populaires, comme en France et en Espagne (dans une première étape) et à l’arrivée au pouvoir de partis fascistes comme en Allemagne et en Italie.
le recours des bourgeoisies au chauvinisme, à la xénophobie et à l’anticommunisme.

- l’exacerbation des contradictions inter-impérialistes et des luttes pour les zones l’influence (espace vital) et formation de blocs antagoniques.
l’option des bourgeoisies et du grand capital pour leurs intérêts de classe au détriment des intérêts « nationaux » qu’ils se targuaient de défendre. Le meilleur exemple a été fourni pour la bourgeoisie française qui par peur de la classe ouvrière et par haine du communisme n’hésita pas à choisir délibérément la défaite, appliquant jusqu’au bout son slogan : « Hitler et l’occupation plutôt que le communisme ».

Il est donc clair que la guerre était la conséquence de la crise du système capitaliste, crise inhérente au système et signe de l’épuisement de ses capacités historiques. Cette crise, la grande bourgeoisie n’a pu la dépasser que par la guerre, cette guerre qui lui permet de soumettre les peuples, de les réduire à l’esclavage, d’investir dans les industries de l’armement, c’est-à-dire dans la destruction.

Cette destruction est, pour le capital, une « chirurgie esthétique » qui lui permet de rajeunir et de continuer sa course au profit sur les cadavres des millions d’être humains sacrifiés pour son sauvetage et sur les cendres des énormes richesses créées par les travailleurs et dont l’humanité a tant besoin.

Le socialisme, seule alternative

L’histoire du capitalisme, les effets destructeurs et catastrophiques de ses crises nous incitent aujourd’hui à ne pas sous-estimer les conséquences possibles de la crise actuelle, et ce d’autant plus que sa gravité, sa durabilité et son caractère systémique sont de plus en plus reconnus. Se contenter de dire que le capitalisme a toujours dépassé ses crises, qu’il a, contrairement au socialisme, prouvé sa viabilité, qu’il se revigore par les crises, non seulement relève de l’irresponsabilité, mais peut témoigner d’une indifférence criminelle devant les souffrances et les horreurs imposées aux peuples durant un siècle et demi de domination de ce système.

Aujourd’hui, plus que jamais, après la généralisation du capitalisme à l’ensemble de la planète, après « la mondialisation » capitaliste à outrance et l’épuisement des « espace vierges » à occuper, la guerre peut représenter la seule issue à l’impérialisme. Tous les ingrédients sont là pour le confirmer : aiguisement des contradiction inter-impérialistes, esquisse de formation de blocs, montée de l’autoritarisme, de la xénophobie, renaissance du fascisme…

Dans ces conditions, il est plus urgent que jamais de chercher l’alternative, de remettre en cause les illusions, de reconnaître que l’échec de la première expérience du socialisme ne signifie pas l’échec du socialisme en tant que tel, que l’histoire n’a jamais avancé de façon linéaire mais avec des méandres, des retours plus ou moins prolongés en arrière, mais dans un mouvement général où un développement progressif finit toujours par se faire jour. La remise à l’ordre du jour de l’alternative socialiste est une urgence. Il y va de la crédibilité et surtout de la responsabilité historique des forces se réclamant du progrès et de démocratie.

Abdelwaheb Belhaj

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