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Crise économique

Immanuel Wallerstein et la fin du capitalisme

dimanche 7 décembre 2008

Nous estimions, dans un article précédent consacré aux débats du moment sur l’état de santé du capitalisme et ses perspectives futures, que le temps est désormais propice au retour en force des théories hétérodoxes en économie : celles qui pensent en dehors des dogmes et des schèmes de l’analyse néoclassique et libérale et qui se distinguent par l’intérêt qu’elles accordent à l’histoire, aux institutions et aux conflits pour mieux appréhender l’économique.

La conjoncture actuelle fait, en effet, en sorte que l’hétérodoxie bénéficie de plus d’espace et de plus d’écoute et d’attention non seulement de la part de la communauté scientifique, mais aussi de la part des médias. Et c’est dans ce cadre qu’il faut inscrire la récente interview (le 11 novembre 2008) accordée par Immanuel Wallerstein au journal Le Monde.

Chercheur au département de sociologie de l’université de Yale et ex-président de l’Association internationale de sociologie, I. Wallerstein est connu par les économistes pour ces travaux sur l’histoire du capitalisme, conçu comme un système – monde à travers les échanges économiques internationaux, et sur la notion de capitalisme historique, à distinguer d’un capitalisme théorique, plus ou moins abstrait. Son approche est certes influencée par celle de Marx, mais elle est aussi tributaire de celle de Fernand Braudel – à travers ce qu’il appelle le temps de la longue durée – et de celle des théoriciens de la dépendance et de leur analyse en termes de centre et périphérie.

Dans cette interview, Wallerstein estime que nous sommes depuis plus de trente ans dans une phase B (déclinante) d’un cycle Kondrattieff qui suit la phase A (de croissance) la plus longue de l’histoire du capitalisme – les Trente Glorieuses. Sauf que, il ne faut pas, cette fois, s’attendre à l’amorce d’une phase A d’un nouveau cycle Kondrattieff. Car, on est entré, semble-t-il, dans la phase terminale du système capitaliste. Ce dernier aurait, en effet, de plus en plus de mal à « faire système ». Il aurait aussi épuisé toutes les possibilités d’accumulation réelle.

Car, depuis sa naissance dans la seconde moitié du XVIe siècle, le capitalisme « se nourrit du différentiel de richesses entre un centre où affluent les profits et des périphéries (pas forcément géographiques) de plus en plus appauvries ». Le rattrapage économique de l’Asie de l’Est, de l’Inde et de l’Amérique latine constitue, à cet égard, un véritable défi pour la logique d’expansion du capitalisme mondial créé par l’Occident. Et ce, d’autant plus que « les trois courbes mondiales des prix de la main-d’œuvre, des matières premières et des impôts sont partout en forte hausse depuis des décennies ».

La conjonction de toutes ces données fait en sorte que, pour Wallerstein, la crise actuelle n’est pas annonciatrice d’une nouvelle mutation du capitalisme, mais, fort probablement, de sa fin. Car elle ressemblerait, à l’en croire, à celle qui a vu « l’effondrement du système féodal en Europe, entre les milieux du XVe et du XVIe siècle ». C’est là que se sont construites, « par tâtonnements successifs et de façon inconscientes, des solutions inattendues dont le succès finira par ‘faire système’ en s’étendant peu à peu, sous la forme du capitalisme ».

Cependant, la phase actuelle qui va voir une lutte « entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va remplacer le capitalisme » – et c’est là où il se démarque nettement de l’héritage marxiste – ne va pas nécessairement déboucher sur « un modèle plus égalitaire et redistributif », comme le socialisme. On risque, en effet, de voir s’installer « un système d’exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme » !! Cette note inquiétante sur laquelle se termine l’interview concerne spécialement les Etats-Unis « qui sont en passe de devenir le pays le plus instable politiquement », surtout que les Américains « sont tous armés… ».

Baccar Gherib

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