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Femmes et République : un combat pour l’égalité et la démocratie

dimanche 7 décembre 2008

C’est à l’occasion de son 8eme congrès que l’ATFD a édité un livre intitulé « Femmes et République : un combat pour l’égalité et la démocratie ». Prévu initialement pour la célébration du cinquantième anniversaire de la République Tunisienne, ce livre collectif se veut « livre bilan » et « bilan délibérément critique » d’un régime politique dans lequel l’accès des femmes à de nombreux droits a précédé d’une année l’accès du pays à une Constitution et à la République.

Cela vaut d’être dit afin de signifier que les droits acquis par les femmes avec le Code du Statut personnel de 1956 constituent l’un des fondements essentiels de la République Tunisienne. Or, cinquante ans plus tard, où en sommes nous de ces droits, s’interrogent les auteures du livre et surtout, où en est la condition de la femme tunisienne d’aujourd’hui ? « Renoncements et hésitations sont nombreux et lourds de conséquences sur l’avenir commun de la République et des femmes » note-t-on dans l’introduction, et ceci en dépit de certaines avancées, provoquant « l’inquiétude que des femmes engagées dans le champ associatif pour la promotion de l’égalité ont de leur situation politique, économique, sociale et culturelle ». C’est sans doute cette inquiétude qui pousse l’ATFD à établir non « un énième rapport sur les femmes mais un bilan contextualisé, reflétant un parcours, une expérience de terrain et une réflexion de groupe ». Dès le début du livre, on est donc tenté de se poser la question suivante : ce bilan critique porte-t-il, ainsi que l’indique le titre de l’ouvrage, sur la condition des femmes tunisiennes cinquante ans après la proclamation de la République ou bien porte-t-il sur la condition des militantes associatives autonomes dans le cadre d’un régime politique où tout est conçu pour briser l’autonomie et la réflexion critique ? Le plan de l’ouvrage semble bien refléter une démarche réflexive qui irait dans le sens de la seconde hypothèse.

Du politique au privé

En effet, c’est en commençant par le rapport des tunisiennes à la politique - qui occupe toute la première partie du livre – que les auteures commencent leur bilan critique. Or, le contenu de ces premières pages ne reflète-t-il pas, en réalité, davantage le combat démocratique et pour l’égalité des militantes de l’ATFD et des féministes engagées que celui des tunisiennes qui, comme nous le savons, souffrent particulièrement d’un déficit de citoyenneté ? Par ailleurs, la politique est-elle aujourd’hui la préoccupation principale des tunisiennes : une réponse à cette question est d’ailleurs donnée dans le dernier chapitre : « l’ATFD a mené une enquête en 2003 portant sur « les attentes subjectives des femmes » qui a montré leur intérêt pour les relations amicales, amoureuses ou sexuelles. Cet intérêt dépasse de loin celui qu’elles peuvent porter aux questions politiques ou à l’économie » (p :131)

La seconde partie consacrée aux droits économiques et sociaux et particulièrement le droit à l’instruction, au travail et à la formation professionnelle ainsi qu’à la santé reflète davantage les problèmes actuels vécus essentiellement par les travailleuses ou celles qui aspirent à le devenir quoique l’accent soit lourdement mis sur les actions engagées par l’association plutôt que sur les luttes menées par les femmes au quotidien ;

Enfin, c’est seulement en dernière partie qu’il est question de l’espace privé et, dans cette partie, en avant dernier chapitre, des violences subies par les femmes et en dernier chapitre des femmes et de la sexualité, chapitre qui se basant sur une enquête de terrain et ses conclusions est, à notre sens, le plus pertinent de l’ouvrage. Cette relégation est d’autant plus surprenante que le Centre d’écoute des femmes victimes de violence occupe une position centrale dans les activités de l’ATFD, que toute l’approche féministe un peu partout dans le monde puise sa spécificité d’avoir identifié l’espace privé et la famille comme lieu ou se construit l’oppression des femmes par le contrôle de leur sexualité, d’avoir posé le « on ne nait pas femme on le devient » comme point de départ d’une condition qui fait de la femme un être inférieur et soumis.

Ambigüités

Ce livre présente l’ensemble des actions et des activités organisées par l’ATFD durant presque deux décennies, celles dont elle a été à l’initiative ou auxquelles elle a participé. C’est beaucoup de choses qui ont été faites pour une association somme toute assez petite et assez jeune et le bilan apparaitrait globalement positif si on faisait abstraction d’un certain malaise éprouvé à la lecture du livre, malaise dû à : une oscillation entre un discours d’expertes – sur le droit, sur l’économie, sur la démocratie – et une compilation d’actions militantes, oscillation qui amène à poser la question : « à qui donc est destiné cet ouvrage ? » ; un bilan critique du politique et du social mais peu d’évaluation des choix opérés par l’association – ou alors très timidement, quand il s’agit de faire vaguement allusion à des critiques faites par des adhérentes sur la « surpolitisation » rapidement résolues par un rapide paragraphe sur le « recentrage » assez peu convaincant ; un chapitre sur « le voile » qui tombe d’une façon assez incongru à la fin de la première partie(chapitre 5), après le rapport aux médias (chapitre 4) alors que le phénomène, vu son ampleur et son importance, aurait mérité un meilleur traitement ; enfin une relation à l’histoire du mouvement des femmes autonome des années 80 dont l’ATFD se revendique qui mériterait d’être davantage explicitée : en rappelant, par exemple, que ce mouvement, qui fut le premier dans notre pays a être multiforme et pluriel, avait aussi été le premier à poser la nécessaire laïcité pour plus d’égalité et de liberté, à dévoiler la séparation du public/et du privé comme origine et expression de la condition des femmes, à « débusquer » au-delà des aspects positifs du CSP ses déficits et ses archaïsmes, à demander la levée des réserves sur les conventions internationales, à s’ inscrire dans la revendication citoyenne pour le droit des femmes à dire leur mot sur les affaires de la cité et à revendiquer… Il aurait aussi été intéressant pour le lecteur de présenter l’annexe 3 comme ce qu’elle a été : une déclaration signée, après le 7 novembre, par un grand nombre de militantes féministes venant de tous les espaces existant à cette époque et de militantes indépendantes pour exprimer leurs attentes face à une situation politique nouvelle .

Les militantes de l’ATFD ont toutefois contribué à enrichir, par l’approfondissement des problématiques posées durant les années 80 et par l’ouverture d’autres chemins de réflexion et de lutte, le débat sur la condition des femmes et les actions à mener et à faire des revendications pour l’amélioration de la condition des femmes un élément incontournable de tout projet démocratique. C’est ce dont ce livre essaie de rendre compte et, à ce titre, il est d’un intérêt certain.

Neila Jrad

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