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La flambée des prix internationaux des produits alimentaires : Ses effets et sa gestion en Tunisie

mardi 29 avril 2008

Mahmoud Ben Romdhane

-  Les céréales et les huiles végétales importées : une facture en croissance très rapide

Les effets de la flambée des cours internationaux des produits alimentaires de base sont plus prononcés en Tunisie, où la nourriture céréalière est à base de blé que dans les autres régions où elle à base de riz ou de maïs. La raison en est que c’est cette denrée qui a vu son prix s’accroître de la manière la plus spectaculaire.

Evolution du prix à l’importation des céréales : Pour voir le tableau des prix cliquer ici
Flambée des prix du blé

Entre 2005 et le début de cette année 2008, les prix ont été multipliés par 3,69 en ce qui concerne le blé dur, par 2,56 en ce qui concerne le blé tendre et par 2,4 en ce qui concerne l’orge.

Quant aux huiles végétales entièrement importées, leur coût moyen à l’importation est passé de 944 dinars par tonne en 2005 à 1 200 dinars par tonne en 2007, soit une augmentation de l’ordre de 27 % au cours des deux dernières années.

-  La politique mise en œuvre

Face à cette situation, la politique mise en œuvre s’est déclinée en trois grandes orientations : une première consistant à amortir le choc à travers une subvention aux produits en question, une seconde consistant à encourager la production nationale à travers l’augmentation des prix à la production, une troisième, enfin, consistant à répercuter sur les prix à la consommation une partie de la facture.

- a) La subvention

Depuis le milieu des années quatre-vingts, la politique d’assistance a connu une réorientation : aux subventions aux produits de base, s’est substituée, dans une très large mesure, une politique de ciblage à travers des subventions accordées aux familles dites nécessiteuses. Cette politique a bénéficié d’un environnement international favorable : une tendance plutôt baissière des prix agricoles ou, en cas de hausse, des augmentations modérées.

Dans ce contexte, la Caisse générale de compensation n’a plus joué le rôle qu’on lui connaissait : son budget n’a plus représenté qu’une partie infime du PIB (0,2 à 3 pour cent). Au cours des années 2000, l’intervention de la Caisse s’est située aux alentours de 250 millions de dinars (MD), les deux tiers de ce volume compensant les céréales et 25 pour cent les huiles végétales. Mais la hausse brutale des cours de ces produits agricoles et l’absorption du choc par la compensation ont donné lieu à une augmentation rapide de l’intervention de la Caisse en 2007, dont le montant a atteint 600 MD. La poursuite de la flambée des cours et leur absorption par la même Caisse devraient faire passer ce montant à 1 milliard de dinars en 2008 (soit 2,5 pour cent du PIB, un taux correspondant à celui de la fin des années 1970-début des années 1980), dont 850 MD seront réservés aux seules céréales. Ces derniers mois, le soutien aux produits de base atteint 210 millimes par kg de pâtes et de couscous, près de 200 millimes par kg de semoule et 100 millimes par gros pain.

- b) L’augmentation des prix à la production

Pendant de nombreuses années, les prix à la production des céréales n’ont pas connu de revalorisation : il faut attendre 2005 pour assister à une augmentation de un dinar par quintal pour tous les produits céréaliers (soit, en pourcentage, à peine 4 pour cent) après leur stagnation durant cinq années successives.

La revalorisation suivante aura lieu en 2007, mais elle est de faible ampleur par rapport à l’évolution des cours mondiaux. La revalorisation remarquable concernera l’année en cours. Elle se fera en deux temps, un premier pour annoncer l’augmentation des prix à la production, la seconde pour annoncer l’octroi d’une prime exceptionnelle pour la saison au titre de la « prompte livraison » de la récolte aux structures de collecte de l’Office des Céréales à hauteur de 15 dinars par quintal pour le blé dur, 10 dinars pour le blé tendre et 10 dinars pour l’orge. Cette annonce en deux temps est faite pour ne pas avoir à annoncer un « prix à la production » difficile à rabaisser une fois décidé, d’une part, pour reconstituer rapidement les stocks et ne pas avoir à importer durant la période de soudure, d’autre part.

- Evolution comparée des prix à la production et des prix à l’importation des céréales : Pour voir le tableau, cliquez ici
Flambée des prix du blé

Cette revalorisation peut apparaître spectaculaire car elle supérieure à 50 pour cent pour toutes les céréales et atteint même 100 pour cent pour l’orge ; elle est cependant faible au regard des prix à la production qui demeurent beaucoup plus bas que ceux à l’importation. Une crainte est d’ailleurs exprimée par certains opérateurs : celle de voir les céréales tunisiennes quitter le pays pour être vendues dans les pays voisins si le différentiel entre les cours internationaux et les prix à la production reste élevé.

Outre cette revalorisation, des crédits complémentaires ont été promulgués pour inciter les agriculteurs à effectuer les travaux de traitement et acheter les engrais : 88 dinars à l’hectare dans la région n° 1 (où la moyenne des précipitations est supérieure à 450 millimètres) et à 71 dinars à l’ha dans la région n° 2 où ces dernières sont inférieures à 450 millimètres.

- c) L’augmentation des prix à la consommation

Après des années de stabilité, des augmentations de prix des produits céréaliers sont annoncées le 12 août 2007 : 60 millimes par kg du couscous et des pâtes alimentaires, de 25 et de 30 millimes du kg de semoule et de macaroni, réduction de 50 grammes du poids du pain et de 30 grammes de la baguette. L’huile de graine connaît un mouvement similaire et il en est de même du lait et des produits laitiers. D’autres augmentations embrassant tous ces produits surviendront au début de 2008.

Evolution des prix moyens de détail des produits alimentaires de base :
Pour voir les détails, cliquez ici
Flambée des prix du blé.

Depuis l’été 2007, les ménages tunisiens, en particulier les plus pauvres d’entre eux perçoivent une détérioration progressive et rapide de leur pouvoir d’achat. Et il ne s’agit pas seulement de perception, mais de réalité car au cours des douze derniers mois février 2007 à février 2008, l’indice général des prix a augmenté de 5,7 pour cent, les produits céréaliers de 9,4 pour cent et les produits laitiers de 14,6 pour cent. C’est beaucoup pour tous les citoyens moyens, beaucoup trop pour les pauvres.

Au total, même si les mesures de protection des consommateurs et d’encouragement à la production nationale ont, dans une large mesure été prises, il reste que les prix à la consommation ont subi une augmentation sérieuse et que les ménages tunisiens en souffrent. Et ils en souffrent d’autant plus que les augmentations des salaires et des revenus des catégories sociales pauvres ou moyennes apparaissent insignifiantes, dans un contexte pourtant marqué par une croissance économique soutenue.

« A quelque chose, malheur est bon » dit l’adage. A la faveur de cette grande crise de l’alimentation, le temps est venu de redonner à notre agriculture l’importance qu’elle mérite et à n’accepter à la déprotéger que très modérément et après mûre et mûre réflexion. Les événements de ces deux dernières années démontrent avec éclat que la page de la politique du délaissement de nos agriculteurs, de leurs organisations professionnelles et de notre agriculture dans son ensemble, doit être tournée. La tentation qui a saisi nos dirigeants durant la dernière période doit être bannie. Un nouvel avenir s’ouvre devant nous. Il nous faut y mettre de l’imagination.

M. B. R.

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