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Censure d’un article sur la censure !

Le CSC : Outil d’ouverture médiatique ou instrument de censure ?

samedi 22 novembre 2008

Au lendemain du discours du chef de l’Etat à l’occasion du 21 ème anniversaire du 7 novemmbre 1987, l’hebdomadaire l’Expression a demandé à Ahmed BRAHIM, premier secrétaire du mouvement Ettajdid, sa réaction à ce discours. M. Brahim a donné son texte à la rédaction de la revue mercredi 12 novembre pour qu’il puisse paraître vendredi 14. Après avoir, dans un premier temps, reporté d’une semaine la publication de cette déclaration, la direction de la revue a finalement décidé, sans explication, de ne pas la publier. Ci-dessous le texte intégral de la réaction du premier secrétaire d’Ettajdid.


Le CSC : Outil d’ouverture médiatique ou instrument de censure ?

Il y a dans le discours prononcé par le chef de l’Etat le 7 novembre dernier bien des points qui méritent commentaire mais, faute de place, je m’en tiendrai ici à ce qui, dans ce discours, concerne les élections présidentielles et législatives de l’automne 2009. Sur ce point, il y a dans ce discours l’affirmation d’une volonté d’assurer à ces élections « toutes les conditions de réussite, pour illustrer le degré de maturité atteint par notre peuple et le niveau d’évolution qui caractérise la vie politique dans notre pays, sur la voie de la démocratie et du pluralisme » et de tout faire « pour qu’elles se déroulent dans un climat de transparence, de respect de la loi et de comportement civique élevé. »

A tout cela, on ne peut que souscrire totalement en posant, toutefois, la question de la traduction dans les actes de ces intentions, c’est-à-dire en demandant par quels moyens politiques et juridiques concrets les prochaines élections vont pouvoir se dérouler d’une manière radicalement différente des précédentes et répondre aux conditions minimales d’objectivité, de transparence et de crédibilité.

Dans l’état actuel des choses, force est de constater, malheureusement, que rien ne permet de penser que l’on a tiré les leçons des expériences du passé. Bien au contraire, tout semble indiquer que ce sont les partisans de l’immobilisme et les thuriféraires de l’hégémonisme qui donnent le ton et préparent dans un parfait dédain de l’opinion une réédition pure et simple de ces expériences négatives : une campagne électorale unilatérale qui mobilise tous les moyens de l’Etat, monopolise tous les médias officiels et confisque tous les espaces publics en faveur de quelque chose qui tient plus du plébiscite que d’élections dignes de ce nom.

Au lieu d’ouvrir dès aujourd’hui les moyens d’information nationaux à tous les partis et à tous les candidats concernés par les prochaines échéances électorales afin que le peuple puisse connaître et comparer les programmes en compétition, puis se prononcer pour les uns ou pour les autres, on fait de ces médias une chasse gardée du parti au pouvoir et de son candidat. Les seules rares exceptions n’ont d’ailleurs aucune portée significative, puisque ceux qui en bénéficient appartiennent à des partis notoirement plus ou moins satellisés. Les partis soucieux de leur liberté de choix et déterminés, comme l’est notre mouvement, à jouer avec sérieux et responsabilité leur rôle d’opposition et de proposition, sont pratiquement exclus de la radio et de la télévision depuis le siècle dernier. Si bien que, si cet ostracisme arbitraire se poursuit, les candidats de l’opposition véritable devront attendre les quelques moments fugaces de passage à l’antenne prévus par le code électoral durant les quelques jours de la « campagne » pour tenter de faire connaître aux électeurs leur programme.

Le Conseil Supérieur de la Communication, dont la mission devrait être d’élargir les espaces du pluralisme et qui, pour ce faire, devrait être lui-même assez neutre et représentatif des diverses sensibilités, a été pourtant constitué de manière à empêcher notre mouvement d’y être représenté, ce qui fait en réalité de ce Conseil un organisme presque entièrement monolithique.

Bien plus, voilà qu’on veut confier au Président du Conseil Supérieur de la communication ou à son représentant mandaté, le soin « d’évaluer les enregistrements et de s’assurer de l’absence de toute transgression des textes de loi en vigueur » et de décider unilatéralement de supprimer des interventions des candidats aux présidentielles et aux législatives à la radio et à la télévision les passages qu’il juge « contraires à l’esprit de la loi ». Le Président de ce Conseil a même la latitude de prendre la décision immédiate « de s’opposer à la diffusion de l’enregistrement » dans sa totalité au cas où le candidat n’accepterait pas ce genre de censure !!

Nous sommes ici face à une mesure qui dévoie le Conseil de la Communication de ce qui devrait être sa mission, et qui risque de faire de notre pays le seul pays du monde, à ma connaissance, qui institue la censure a priori des interventions des candidats. Il s’agit là d’une tentative de légalisation, au nom de l’« esprit des lois »,d’une pratique dont nos candidats ont été victimes en 2004, puisque le manifeste de notre candidat aux présidentielles ainsi que les interventions de cinq de nos têtes de liste aux législatives avaient été à l’époque interdits de diffusion !

Cette mesure implique en outre que le président du CSC, lui-même ancien ministre et proche du RCD, puisse charger un des membres de même tendance ou un des représentants des autres partis - représentés au Conseil sur la base de leur proximité du pouvoir - de censurer les candidats de « l’opposition qui s’oppose » ou simplement leurs concurrents !

Elle constitue enfin un précédent grave dans la mesure où elle peut conduire, au nom du même souci de respect de « l’esprit de la loi », à flanquer le comité de rédaction de chaque journal indépendant ou d’opposition d’un représentant du Conseil Supérieur de la Communication avec toute latitude de supprimer tout ou partie dudit journal !!

Je ne pense pas que le pays ait besoin aujourd’hui de ce genre de mesure ad hoc, dont la seule signification pertinente est le renforcement de la fermeture et du blocage. Une telle mesure ne sert ni la crédibilité des prochaines élections, ni celle de nos institutions. Je dirai même qu’elle est contraire à l’intérêt bien compris du pouvoir.

Je lance donc un appel solennel pour une réflexion sérieuse sur la portée et les conséquences de la mesure annoncée, réflexion qui devrait conduire à son retrait et à son remplacement par de vraies mesures concrètes en faveur de l’ouverture médiatique. Ce que notre pays, son élite et sa jeunesse attendent, c’est un changement radical de mentalité dans la façon de voir la vie politique et d’envisager les prochaines élections : un changement qui rompe avec l’hégémonisme et la frilosité, et qui ouvre enfin les horizons pour une démocratisation véritable trop longtemps reportée !

Ahmed BRAHIM

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