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Le livre au service de l’occupation

mardi 4 mars 2008

Le livre au service de l’occupation ?

Dans moins de deux semaines commence à Paris le Salon International du livre dont les organisateurs ont décidé cette année de le mettre au service de la célébration du soixantième anniversaire de la fondation de l’Etat d’Israël, promu « invité d’honneur », et de glorification de la littérature israélienne d’expression hébraïque représentée par une quarantaine d’écrivains ayant en commun leur attachement quasi absolu et globalement acritique à la notion d’Etat juif. Cette manifestation intervient au moment où les pourparlers entre le gouvernement Olmert et l’Autorité palestinienne semblent gravement hypothéquées par l’intransigeance insolente d’un occupant sûr de lui et dominateur, où Gaza continue d’être soumise à l’étranglement et toute la population palestinienne d’être en butte à l’agression et à l’oppression quotidiennes et où, en France même Nicolas Sarkozy n’en finit pas de surprendre l’opinion intérieure et internationale par ses déclarations inconditionnellement pro-israéliennes.

Dans l’Italie voisine, la Foire Internationale du Livre de Turin qui doit avoir lieu en mai prochain a d’ores et déjà été mise sous le signe de l’amitié avec Israël alors qu’il était initialement question de la consacrer à la culture égyptienne. Le fait même qu’à Paris comme à Turin, c’est la littérature d’expression hébraïque qui est à l’honneur montre bien l’engagement militant des organisateurs en faveur de la « pureté raciale » de leur Etat chéri. Sinon, pourquoi avoir feint d’ignorer la littérature extrêmement riche des Palestiniens d’au delà de la « ligne verte », officiellement citoyens israéliens et qui représentent près du cinquième de la population ? Un Samih El Qasim, un Emile Habibi, un Taoufik Ziad ou même une partie non négligeable de l’oeuvre de Mahmoud Darouich ne sont-ils pas assez importants pour faire partie de ce que les responsables du Salon parisien appellent par antiphrase la « diversité culturelle » ?

C’est dire les l’importance des points que la diplomatie israélienne et les lobbies sionistes sont en train de marquer, alors que les Palestiniens vivent le 60ème anniversaire de la première Nekba abandonnés à leur sort et que la Ligue arabe, l’Alecso et les divers gouvernements arabes sont dans un état de passivité, d’indifférence et de démission défaitistes proches, parfois, de la complicité pure et simple avec le fait accompli colonial.

Pourtant, aussi bien la Foire de Turin que le salon de Paris ont suscité et suscitent de plus en plus de protestations émanant d’intellectuels européens et même israéliens contre l’instrumentalisation qui est ainsi faite de la Culture et des Lettres par la propagande israélienne pour normaliser la politique de spoliation des terres, de violation des droits nationaux du peuple palestinien et de ce qu’il faut bien appeler un système d’apartheid.

Dans le monde arabe, en revanche, si l’on excepte des tentatives isolées de tirer la sonnette d’alarme, c’est l’immobilisme qui a dominé jusqu’à une période toute récente où on a vu monter une vague grandissante de décisions de boycott et d’appels à la non participation : en Algérie, au Maroc, au Liban, les ministres de la culture ont annoncé le retrait de leurs délégations ; en Egypte, en Jordanie et ailleurs, les unions d’écrivains et d’intellectuels se mobilisent.

Dans ce contexte, la Tunisie semble briller par son absence de réaction, à part une déclaration timide de l’officielle union des écrivains. La question de la Culture est-elle si neutre ? La participation à une manifestation de ce genre, devenue hautement politique, peut-elle se réduire à l’envoi de paquets de livres et à l’ouverture de stands pour leur commercialisation ? Autant d’interrogations qui doivent trouver réponse, dans un sens ou dans un autre. L’important est de sortir de la torpeur dominante et de décider de la meilleure manière de faire front à l’offensive idéologique des chantres du sionisme. Il y va de la crédibilité de notre culture, de nos intellectuels et de notre pays.

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