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Le 26 Janvier 1978 (II) : La rupture d’une alliance stratégique

dimanche 20 avril 2008

On ne peut saisir la gravité et la portée de la crise du 26 Janvier qu’en retournant sur la nature et la signification de l’alliance stratégique qui a été conclue entre le néo-destour et l’UGTT dès la lutte pour la libération nationale et qui s’est poursuivie après l’indépendance dans l’édification de l’Etat tunisien moderne.


Baccar Gherib

En effet, il suffit de rappeler les événements du 5 Août 1947 à Sfax et le sacrifice suprême, le 5 Décembre 1952, de son leader Farhat Hached, pour mesurer le lourd tribut payé par le mouvement ouvrier tunisien à l’indépendance du pays et l’arme redoutable qu’il a représenté face à l’occupation. Ce faisant, il a fortement affirmé sa double vocation sociale et nationale.

Mieux encore, l’UGTT a été « créancière d’Habib Bourguiba en personne »1 lorsqu’elle a participé à lui assurer la victoire aux dépens du camp youssefiste lors du congrès de Sfax en Novembre 1955. De même, en élaborant en 1956 son célèbre rapport économique, la centrale syndicale a apporté au néo-destour la vision économique qui lui faisait défaut et, en lui donnant ses meilleurs cadres, le rendit à même de mettre en œuvre la stratégie de développement nécessaire à la lutte contre la pauvreté.

Cependant, il est clair qu’au sein du parti certains voyaient d’un mauvais œil cet allié fort, doté d’une légitimité à la fois historique et populaire. Et la première tentative de le dompter eut lieu au milieu des années 60 et se solda par la détention de Achour et l’exil volontaire de Tlili. Ainsi, l’institution des « cellules professionnelles » est une autre façon de lutter, sur le terrain, contre cet allié devenu encombrant.

De ce point de vue, le drame du 26 Janvier 1978 représente une tentative radicale d’en finir non seulement avec le spectre d’un peu probable parti travailliste mais surtout avec une organisation devenue incontournable dans toutes les stratégies d’une lutte ouverte pour la succession.

Ainsi, comme l’a souligné M. Kraiem2, le parti n’a pas hésité à sacrifier son allié au terme d’un long compagnonnage, ébranlant ce faisant le socle progressiste de leur alliance. Car, « cet affrontement violent a affaibli les deux partenaires laïcs et modernistes et a encouragé l’éclosion du mouvement islamiste qui a pensé que l’heure de la revanche historique a sonné »3. Et ce n’est sans doute pas un hasard que, contrairement au MDS, au PUP et au PCT, le MTI ait été à l’époque le seul mouvement d’opposition à ne pas s’être montré solidaire avec l’UGTT dans la terrible épreuve qu’elle traversait.

Dès lors, et au-delà des effets politiques et à court terme du 26 janvier, il serait pertinent d’en analyser les conséquences idéologiques et à long terme. Ceci nous aidera sans doute à mieux comprendre l’état de la société tunisienne d’aujourd’hui.


- 1 Selon l’expression de Chedli Ayari dans son ouvrage, Le système de développement tunisien, CPU, 2003, p 132.

- 2 M. Kraiem, ennidhâm elbourguibiy wa alharaka annaqâbiyya : alwifâq almostahîl, in ro’â ommâliyya, UGTT et Friedrich Ebert, 2004, p 153.

- 3 Ibid p 154

Baccar Gherib

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