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Victoire historique de B. Obama.

« Change we can ! »

samedi 8 novembre 2008

[vert fonce]Le verdict des urnes est clair et sans appel : le sénateur métis de l’Illinois, Barak Obama sera le 44ème président des Etats-Unis d’Amérique, le premier président de couleur de toute l’histoire de l’Oncle Sam. Et si l’on ne retient de la dernière consultation électorale que cet aspect, elle aura largement tenu ses promesses ![/vert fonce]

Mais par delà la charge symbolique, l’enjeu est de taille planétaire. Il l’est d’autant plus que jamais la situation internationale n’avait été aussi chaotique et désespérante, et la responsabilité des Etats-Unis autant clairement mise à l’index, y compris par ses alliés les plus proches.

Déroute du parti républicain

Le parti du président sortant, G. Bush, a fondé sa stratégie politique sur deux piliers : le néolibéralisme en matière de politique économique et le néoconservatisme sur le plan politique.

Le premier a conduit le pays, après un semblant de prospérité économique, au désastre de la crise financière qui a ravagé son économie et déstabilisé l’ensemble de l’économie mondiale ; le second s’est exprimé par une politique de va-t-en guerre contre un ennemi insaisissable, dénommé terrorisme international, que l’administration s’est empressée d’identifier après les événements du 11 septembre 2001 dans le régime des talibans en Afghanistan et celui de Saddam Hussein en Irak.

L’échec cuisant de la politique de Bush dans ces deux pays, son incapacité à honorer ses engagements, maintes fois réitérés, de parvenir à un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens fondé sur le principe « 2 Etats pour 2 peuples », ont fini par le décrédibiliser auprès de l’opinion publique américaine et internationale.

Contrairement aux objectifs pompeusement affichés, les interventions musclées contre les « Etats terroristes » ou supposés tels, se sont vite transformées en occupation brutale de la pire espèce coloniale. Au lieu des libertés démocratiques et de la prospérité économique promises, les peuples, en Irak comme en Afghanistan, ont subi des atrocités inqualifiables. Les scènes infâmantes, dans les prisons d’Abou-Ghrib en Irak et de Guantanamo, qui ont parcouru le monde entier ces dernières années, ont entaché durablement l’image de la démocratie américaine telle qu’elle a été conçue en pratique par l’administration républicaine.

Obama : nouveau symbole du rêve américain

Le jeune sénateur a surgi sur la scène politique au moment propice. Ce métis de père Kényan et de mère blanche était quasiment inconnu il ya 10 ans, et même quand il a pris la parole lors de la convention démocrate en 2004. Elu sénateur depuis 4 ans, il décide de se porter candidat aux élections présidentielles de 2008 et affronte aux primaires l’ancienne première dame Hilary Clinton. Sa ténacité, sa combativité et son charisme lui font gagner cette première épreuve et le mettent en confrontation avec le candidat républicain plus âgé et plus aguerri que lui. Il sillonne le pays, met sur pied un énorme dispositif de propagande, mobilise les jeunes, les minorités ethniques autour d’un mot d’ordre précis Change we can « le changement nous (le) pouvons ».

Il prend le contre pied de la politique impopulaire de G. Bush sur le double plan intérieur et international. John Mc Cain, qui croyait au début mettre à profit la jeunesse et l’inexpérience de son concurrent, surtout en politique internationale, tenta de camper le rôle de l’homme fort qui était le seul capable de faire face aux défis extérieurs menaçant son pays, et de coller à la politique de Georges Bush. Cette manœuvre périlleuse a été totalement anéantie par la survenue de la crise financière en pleine campagne électorale, qui a démontré l’incohérence, voire l’absence de toute stratégie de sortie de crise chez le camp républicain tombé en déliquescence.

Satisfaction et attentes

La victoire historique de B. Obama suscite des attentes et soulève des espoirs aux Etats-Unis et dans le monde entier. Son programme prévoit en effet un certain nombre de mesures qui pourraient améliorer sensiblement les conditions de vie des couches moyennes et populaires, notamment par la généralisation de la couverture sociale et la réduction des impôts sur les bas salaires. Il prône un interventionnisme régulateur dans le secteur financier, à même de prévenir les pratiques spéculatives à l’origine de la dernière crise financière et un moratoire sur la dépossession des ménages en difficulté de paiement de leurs crédits hypothécaires.

Sur le plan international, le nouveau président, qui s’est déjà distingué par son refus de voter pour la guerre contre l’Irak, est partisan de la résolution des conflits par le dialogue, ce qui augure d’une approche différente par la nouvelle administration du dossier iranien et des relations bilatérales avec la Russie.

Les observateurs s’attendent également à une attitude américaine plus souple sur les questions majeures relatives à la ratification de la convention de Kyoto sur l’environnement et aux négociations multilatérales dans le cadre de l’OMC.

Une question majeure reste à éclaircir : le nouveau président, dont une partie des parents proches vit aujourd’hui au Kenya, sera-t-il suffisamment sensible aux souffrances des peuples les plus pauvres du continent africain et, dans l’affirmative, aura-t-il les moyens de sa nouvelle politique ?

Les promesses électorales étant une donnée généralement différente de la politique applicable et appliquée, il conviendra d’attendre les prochaines semaines, voire les prochains mois pour en savoir plus. Pour l’heure les peuples du monde entier entendent profiter du relâchement de la tension internationale et continuer de répéter avec Obama son slogan électoral « change, we can ! ».

Abdelaziz Messaoudi

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