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Le 26 Janvier 1978 (I) : Devoir de mémoire, devoir d’analyse

dimanche 20 avril 2008

Trente ans viennent de s’écouler depuis ce « Jeudi noir », cet épisode dramatique de notre histoire récente, mais les commémorations – s’il en eût – de la part de la société civile tunisienne, sans parler de l’UGTT elle-même, ne furent pas à la hauteur de l’événement, de sa symbolique, de ce qu’il a représenté pour ceux qui l’ont vécu et ce qu’il représente pour nous, aujourd’hui.


Baccar Gherib

Certes, les témoignages des acteurs de l’époque sont bienvenus – et notre journal leur a accordés la place qu’il méritent – mais ils doivent aussi être accompagnés par un effort d’analyse et de compréhension qui situe les événements du 26 Janvier, par delà des épisodes anecdotiques, dans le temps long de l’histoire. Alors, ils apparaîtront comme le moment paroxystique d’une longue évolution des rapports entre les deux partenaires de la lutte pour l’indépendance et de l’édification de l’Etat moderne que furent l’UGTT et le néo-destour.

En effet, le drame du 26 Janvier n’est, en dernière analyse, que le résultat de la confrontation entre une société civile dynamique qui se transformait et exigeait plus de participation à la gestion de la chose publique et un pouvoir sclérosé non désireux sinon incapable d’évoluer. Rappelons, à cet égard, quelques données de l’époque traduisant le dynamisme de l’UGTT en particulier et celui de la société civile en général1.

Peu avant la crise, l’UGTT compte 600 milles adhérents (contre 40 milles au début des années 70), le tirage d’echaab atteint les 80 milles exemplaires, 80% des travailleurs sont jeunes et éduqués. Par ailleurs, en 1977 se développe une presse libre de haut niveau autour d’erra’y, maghreb, etc., et la ligue des droits de l’homme est fondée ! Dans le même temps, le rythme des grèves connaît une très forte croissance, il passe de 150 en 1972 à 301 en 1975 pour atteindre 452 en 1977, et ce à cause des effets de la mise en œuvre de la « nouvelle économie politique » de Nouira. Ce réveil syndical fait dire à M. Kraiem que les années 70 voient « un changement dans le rapport de forces entre classe dominante et classe dominée en faveur de cette dernière »2.

Ce dynamisme du mouvement syndical qui a su intégrer l’apport de jeunes élites provenant essentiellement de la gauche portait en son sein la promesse d’une société civile tunisienne dont l’histoire n’a été, hélas, que celle d’un « avortement permanent »3. Car, au sein du régime bourguibien cohabitaient, à l’époque, un courant libéral penchant pour le dialogue avec l’UGTT, et un courant conservateur cherchant la mise au pas de cette dernière. Or, c’est le courant conservateur qui a fini par s’imposer, obtenant de Bourguiba le limogeage du ministre de l’intérieur et donnant ce portefeuille au ministre de la défense quelques jours avant le drame.

De ce point de vue, le 26 Janvier 1978 représente le troisième épisode, sans doute le plus douloureux, qui, dans les années 1970, a illustré la sclérose du régime bourguibien, après la réaction au congrès de Monastir en 1971 et la déclaration de la présidence à vie en Mars 1975.

Baccar Gherib

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