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Foot et politique !

dimanche 2 novembre 2008

Slim Ben Taleb.

Beaucoup a été dit et écrit sur les rapports entre le foot et la politique. Pour certains, les hommes politiques ne s’intéressent au foot que dans la mesure où les spectateurs sont des votants potentiels. Ainsi, se montrer au stade et serrer quelques mains pourraient faire gagner des élections aux hommes politiques. D’autres dans le domaine de la recherche se sont intéressés aux rapports entre la politique et le football, dans la mesure où ce dernier est perçu comme un reflet de la société, de ses contradictions et de ses tensions. Analyser le football permet alors de mieux comprendre les dynamiques sociales et les inquiétudes de notre temps.

Dans cette chronique, je n’ai pas l’intention d’ouvrir un dossier aussi complexe ou de partager avec vous mes idées sur le foot ! Je voulais tout simplement partager avec vous une expérience rare dans le foot qui mérite d’être citée. Comme vous le savez, en Europe et d’une manière générale, les engagements politiques des sportifs vont rarement avec les oppositions démocratiques ou les partis de gauche. D’une manière générale, les sportifs sont en faveur des pouvoirs en place et ne s’aventurent que rarement dans une démarche d’opposition. Par ailleurs, les supporters, également, sont rarement politisés et ceux qui le sont ne cachent, malheureusement, pas leurs engagements dans l’extrême-droite. Ainsi, nous avons vu dans beaucoup de stades européens les supporters scander des slogans fascistes et siffler les joueurs de couleur, sans parfois que cela ne suscite la moindre réprobation de la part des arbitres ou des forces de l’ordre.

Pour ces raisons, le cas de l’équipe de football allemand de Sankt Pauli est singulier ! Il s’agit à ma connaissance du seul club de foot au monde qui n’hésite pas à afficher son engagement politique à gauche. En effet, ce club qui fait le bonheur de ses supporters et constitue un des clubs en vue dans la Bundesliga, a inscrit dans ses statuts son caractère "antifasciste et antiraciste". Par ailleurs, et dans ces temps de marchandisation du sport, ce club a une structure de fonctionnement démocratique, au moment où tous les grands clubs ont opté pour un statut commercial - certains ont d’ailleurs été introduits en bourse, faisant clairement du profit et du gain leurs principales préoccupations. Or, le club de Sankt Pauli est géré par une association de 7 000 adhérents qui élisent un comité directeur et un président.

Cette association exerce un contrôle strict sur la gestion du club. Alors, la question qui se pose est de savoir si le Président de ce club pas comme les autres ressemble à ses supporters ou si nous avons affaire à un Berlusconi, Abramovic ou autres nababs qui s’offrent des clubs de foot aussi prestigieux que le Milan AC, Chelsea ou Manchester City pour noyer leurs ennuis durant le week-end ! La réponse est immédiate et a le mérite de la clarté, car Corny Littman, le président de ce club de foot si curieux, est à l’image de ses troupes. Il s’agit d’un activiste gay, comédien et élu vert. Il est aussi le propriétaire de deux théâtres dans la ville. A un club étonnant, un président anti-conformiste !

Mais, les relations du président Littmann avec son public passe par des moments difficiles. La raison est que le club a besoin d’argent, car depuis qu’il se distingue tous les week-ends dans la Bundesliga et qu’il défie les grands clubs d’Allemagne, dont le Bayern Munich, le Werder Brême et autres Schalke 04, il a dû payer plus de primes aux joueurs et, surtout, il lui a fallu engager d’autres joueurs pour briller plus ! Alors, le président Littmann a cru bien faire en décidant de donner un coup de jeune au stade, avec la construction d’une nouvelle tribune chic et l’aménagement de certaines loges pour les VIP, avec un programme de marketing afin de renflouer un peu les caisses du club désespérément vides.

Or, ces innovations ont été à l’origine d’une révolte menée par les ultras et les plus fidèles à l’image radicale du club ! Et les critiques ne cessent de fuser dans la petite ville de Sankt Pauli contre le président ! A la sortie du stade un supporter de souligner "vous avez vu cette nouvelle tribune ? Du verre, du béton, ce n’est pas le stade que j’ai connu. Cela rassemble à une banque. L’esprit de Sank Pauli est mort, et le football est mort, putain de capitalisme de merde !". Un autre supporter de renchérir "on veut tuer notre identité, nous, les prolos. Le football, c’est notre vie, supporter notre club, c’est ce qu’il nous reste le week-end après notre semaine de merde…putain de nouvelle tribune, putain de tribune" !

Alors, le camarade Littmann de se défendre. Il répète partout "que les fans refusent un contrat de naming pour la tribune, je veux bien mais qu’ils m’apportent une alternative qui puisse ramener 4 millions d’euros dans les caisses du club. J’ai en face de moi des gens qui se prétendent de gauche et qui refusent tout changement au nom du respect de l’identité du club. Je n’ai jamais vu autant de conservatisme" ! Et le président d’insister "Nous sommes un club professionnel et on veut gagner des titres, donc il faut augmenter les recettes" !

Mais le camarade Littmann a beau répondre aux critiques, il a beau chercher à convaincre ses supporters ! Rien n’y fait ! La révolte gronde du côté de Sankt Pauli ! Parions que les supporters fidèles à l’héritage ouvrier du club dresseront bientôt des barricades et mettront en place des soviets qui remplaceront une direction qui a dévié et qui a renié ses engagements passés ! Auquel cas la direction d’Ettajdid devrait envisager dès maintenant l’envoi d’une délégation pour apporter notre soutien total et inconditionnel à cette révolte annoncée et à cette volonté de rendre le football à la classe ouvrière !

Slim Ben Taleb

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